RÉGIONS:

Des avocats boycottent un procès et protestent contre la torture d'activistes

Un manifestant tient une photographie d’Abduljalil Alsingace à l’extérieur du tribunal lors d’une audience en octobre.
Un manifestant tient une photographie d’Abduljalil Alsingace à l’extérieur du tribunal lors d’une audience en octobre.
Tandis que la police antiémeute encerclait la semaine dernière un tribunal de la capitale de Bahreïn, Manama, et que des hélicoptères survolaient l'endroit afin de faire avorter les manifestations d'appui à 25 activistes bahreïnis des droits de la personne, blogueurs et dirigeants religieux qui subissaient un procès, les avocats de la défense furieux ont quitté la salle d'audience pour protester contre la torture des détenus, selon ce que rapportent le Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR), le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI) et Reporters sans frontières (RSF). Les autorités bahreïnies continuent de harceler et d'arrêter tous ceux qui expriment leur appui aux détenus.

Au procès, le 9 décembre, l'avocat de la défense Jalila Al-Sayed a déclaré, « nous nous retirons parce que le tribunal ne tient aucun compte de nos appels pour la tenue d'une enquête sur les allégations de torture. Nous considérons désormais ce procès comme inique et contraire aux normes internationales et nous refusons de nous en faire les complices. » Ce retrait contraint les autorités à désigner une nouvelle équipe chargée d'assurer la défense des accusés, et le procès est ajourné au 23 décembre.

Dans cette offensive tous azimuts contre les militants d'opposition, les 25 défendeurs sont poursuivis sur plus de dix chefs d'accusation différents, dont terrorisme et diffamation; l'accusation originelle de complot en vue de renverser le gouvernement a été abandonnée. Certains des chefs d'accusation entraînent une peine de prison à vie, a fait savoir un des avocats. Les membres du BCHR, de Human Rights Watch, de la Société des jeunes de Bahreïn pour les droits de la personne (Bahrain Youth Society for Human Rights) et la militante des droits des femmes Ghada Jamsheer ont été empêchés de façon répétée d'assister aux audiences. De plus, le procureur public impose depuis le 27 août un interdit de publication aux médias qui couvrent l'affaire, selon ce que rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

L'ANHRI a dépêché le 9 décembre une équipe d'observateurs au procès, composée de Matthew Moriarty, un avocat du Royaume-Uni, et de Ahmed Mansoor, un militant des droits originaire de la région.

Les détenus, parmi lesquels se trouvent d'éminents blogueurs comme le Dr Abduljalil Alsingace et Ali Abdulemam, qui ont créé BahrainOnline en 1999, ainsi que le Dr Mohammed Saeed, qui est membre du bureau du BCHR, ont déclaré lors de leur comparution le 28 octobre avoir été torturés. Les blogueurs ont aussi déclaré que les interrogateurs ont menacé de violer des membres de leur famille et de leur faire perdre leur emploi. Lors d'une audition en novembre, le détenu Mohamed Habib Al-Miqdad a déclaré que tous les défendeurs avaient été soumis à la torture, à des chocs électriques ou à des insultes humiliantes. Après avoir dénoncé ces violations, celles notamment d'avoir été forcés de rester debout pendant des jours, d'avoir été suspendus et privés de sommeil, les détenus ont été de nouveau gravement tabassés, indiquent les groupes locaux de défense des droits et les membres de l'IFEX.

De plus, toute personne qui conteste la brutalité du régime à l'égard des détenus est visée. Le président du BCHR, Nabeel Rajab, a été détenu pendant plus d'une heure à l'aéroport le 2 décembre tandis qu'il s'apprêtait à se rendre en Grèce. Il a été menacé, son ordinateur portable et son téléphone mobile ont été confisqués, et tous ses dossiers et ses renseignements sur ces pratiques ont été copiés. La semaine dernière, Rajab a été expulsé d'un café Internet afin de l'empêcher d'envoyer sur Facebook et Twitter des mises à jour de procès, mais son compte Twitter continue d'être une excellente source en direct de nouvelles pendant les procès. Ces derniers mois, les autorités ont accentué leurs efforts pour le discréditer par des campagnes de dénigrement.

Dans une autre affaire distincte, le BCHR a rapporté que quatre jeunes hommes subissaient également un procès en décembre pour avoir tenu une affiche avec les photos de victimes de torture. Les autorités affirment que la bannière constituait une incitation à la haine du régime. Un des militants, Hassan Abdullah Al-Qassim, a également été condamné à un an de prison en octobre pour avoir distribué des documents révélant des violations des droits de la personne commises par les autorités et des photos de détenus torturés.

Dernier Tweet :

Want to get the latest news on free expression? Subscribe to IFEX’s newsletters: http://t.co/FwG61BClB4