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RÉGIONS:

Étude de cas : La campagne de Reporters sans frontières (RSF) à l'occasion des Jeux Olympiques de Beijing 2008

En 2001, au moment où le Comité international olympique (CIO) annonçait que Pékin serait la ville hôte des Jeux Olympiques de 2008, la Chine détenait 14 journalistes et cyberdissidents. Malgré les promesses faites par les représentants chinois à l'effet que les Jeux Olympiques mèneraient à l'amélioration de la situation des droits de l'homme et que la liberté de la presse serait garantie, près de 100 personnes étaient détenues en juillet 2008 pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression, un mois à peine avant le début des Jeux.

Reporters sans frontières (RSF) s'est opposé à la candidature de Pékin comme ville hôte des Jeux et a mené une campagne énergique contre ce choix, depuis l'annonce de 2001 jusqu'aux Olympiques de 2008 et après. En cours de route, le message de RSF a suscité un vif intérêt au sein de la communauté internationale : « Dénoncer l'écart entre les valeurs humanistes du Mouvement olympique et l'état lamentable des libertés en Chine, et tout particulièrement le recours à la torture et à la censure et la situation du Tibet. »

Quel est le secret de RSF pour réussir à mener une campagne aussi soutenue ?
La couverture de presse mondiale assurée par l'utilisation d'une plate-forme multimédia a joué un rôle important dans cette campagne. RSF a émis un dossier de presse et fait du lobbying publiquement auprès de personnages politiques tels que Jacques Rogge, président du CIO. L'organisation a également su utiliser Internet pour diffuser son message de façon imaginative et rapide à travers le monde. La manifestation virtuelle de RSF « À l'extérieur du Stade Olympique de Pékin », qui a eu lieu lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux, a attiré plus de 18 000 manifestants en ligne.

RSF a également investi « massivement » afin de faire du logo de cette campagne une image mondialement reconnaissable, qui mime le symbole officiel des Jeux en remplaçant les anneaux olympiques par des menottes. Cette image iconique véhiculait habilement le message de la campagne et a vite été associée à l'ensemble des activités de campagne de RSF - une autre réussite majeure de l'initiative.
« La Chine, pour faire entendre son message, a déployé des moyens colossaux avec lesquels aucune organisation ne peut rivaliser. Il fallait donc transmettre à tous les niveaux possibles notre message axé sur l'absence de liberté d'expression en Chine », a déclaré Vincent Brossel, directeur du bureau asiatique de RSF.

RSF a également organisé plusieurs événements clés destinés à provoquer un intérêt immédiat à l'échelle internationale, notamment des manifestations qui ont ponctué le parcours du relais de la flamme olympique. Le relais « a permis de mobiliser des citoyens à l'échelle internationale autour d'une cause commune. Des centaines, voire des milliers de personnes ont manifesté dans la rue aux côtés de RSF, un événement presque sans précédent dans l'histoire de l'organisation », selon M. Brossel.
Pendant que la torche voyageait à travers le monde, des manifestations publiques prenaient de l'ampleur à Paris, New York, Montréal, Lausanne, Saigon, Hong Kong et Pékin. La colère internationale a atteint son paroxysme lorsque trois membres de RSF incluant Robert Ménard, ancien secrétaire général de l'organisation, ont été mis aux arrêts lors de la cérémonie d'allumage de la flamme olympique à Olympie, en Grèce. Ils avaient réussi à dévoiler l'affiche de la campagne devant des caméras de télévision.

Même si RSF a accumulé des recettes considérables grâce à la vente de t-shirts et de produits dérivés, la campagne a coûté cher. Surtout depuis que l'organisation a perdu l'appui financier de sociétés commanditaires, lesquelles ont subi d'intenses pressions de la part du gouvernement chinois afin qu'elles n'endossent pas le message de RSF. Le CIO et certains gouvernements étrangers ont réagi de manière similaire, et les attaques à l'endroit de RSF dans la presse chinoise officielle laissaient planer la menace d'une interdiction complète des activités de RSF en Chine.
RSF soutient que ces défis valaient la peine d'être relevés : la campagne « Pékin 2008 » a déclenché une discussion internationale sur la liberté d'expression en Chine, portant cet enjeu à l'attention du grand public.

« Que ce soit avant ou pendant les Jeux, on n'a jamais autant parlé de la situation de la liberté d'expression en Chine », ajoute M. Brossel.

De surcroît, en raison de l'attention internationale généralisée et inédite que la campagne de RSF as su attirer et grâce aux efforts des nombreux individus qui ont adopté cette cause, les autorités chinoises ont dû limiter leurs tentatives de suppression de la liberté de parole. À titre d'exemple, Pékin a décidé en août 2008 de débloquer l'accès à certains sites Web, notamment ceux de Radio Free Asia, BBC Chine et RSF pendant toute la durée des Jeux.

Après les Jeux, la Chine a annoncé que les libertés accordées aux journalistes étrangers, introduites pendant les Jeux, seraient indéfiniment prolongées afin de leur permettre d'interviewer des citoyens chinois et de se rendre où bon leur semble sans devoir au préalable en demander la permission au gouvernement.

« Si le gouvernement chinois semble résister aux pressions externes l'incitant à améliorer sa feuille de route, cette expérience n'en suggère pas moins qu'il réagit à de telles pressions », ajoute M. Brossel.

Or, la victoire de RSF laisse un arrière-goût amer. « Si le monde entier avait fait pression sur la Chine dès 2001, avant même que Pékin n'obtienne les Jeux, la situation serait peut-être bien différente aujourd'hui. Peut-être même les journalistes emprisonnés auraient-ils été libérés avant la cérémonie d'ouverture », estime M. Brossel.

La Chine demeure la plus grande prison du monde pour les journalistes, cyberdissidents, internautes et militants de la liberté d'expression. Au moment d'écrire ces lignes, 78 personnes étaient emprisonnées en Chine pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression.

Pour en savoir plus, visitez RSF.

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