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RÉGIONS:

Comment planifier une mission d’enquête

Les missions, qui offrent des occasions d'évaluation et d'enquête, de plaidoyer direct auprès des décideurs et de sensibilisation du public, peuvent constituer des outils efficaces lorsqu'on les utilise dans le cadre de campagnes nationales et internationales de défense de la liberté d'expression.

Comme pour toute autre forme d'activité de campagne, et compte tenu des multiples niveaux d'engagement que les missions autorisent, il est recommandé de prendre le temps de définir une stratégie d'ensemble et de décider si l'organisation d'une mission produira, ou non, l'effet attendu. Tout d'abord, vérifiez si l'enjeu sur lequel vous souhaitez faire campagne a été bien documenté et si le problème et le but à viser ont été définis. Fixez ensuite les objectifs que la mission vous aidera à concrétiser.

Fixer des objectifs
Une mission peut donner à votre organisation l'occasion de :
  • recueillir des informations pratiques, difficiles à trouver autrement, sur l'état actuel de la liberté d'expression ;
  • bâtir des relations entre les médias locaux et internationaux, les défenseurs de la liberté d'expression et les autres groupes de la société civile ;
  • réunir des organisations et des groupes locaux qui autrement ne l'auraient peut-être pas été, et faire en sorte que cette manifestation d'unité soit évidente aux yeux des décideurs ;
  • communiquer tout sujet de préoccupation et toute recommandation directement aux autorités locales ;
  • attirer l'attention des médias nationaux et internationaux et du grand public sur les situations les plus préoccupantes.

Une mission pourrait viser tous ces objectifs, ou seulement certains d'entre eux. Par exemple, si le contexte politico-culturel particulier du lieu de destination de la mission n'est pas bien compris, ou s'il faut procéder à une cueillette de renseignements et inviter les intervenants à s'engager, il peut alors s'avérer très utile de se concentrer d'abord sur les aspects de la mission qui ont trait au renforcement des relations et aux enquêtes. Ultérieurement, si cela coïncide toujours avec la stratégie globale de la campagne, vous pourrez organiser une mission de suivi ayant pour cibles principales le lobbying direct et la sensibilisation du public. De façon générale, une mission se conçoit en fonction du contexte politico-culturel particulier dans lequel s'est produite l'atteinte à la liberté d'expression qui doit être abordée et faire l'objet d'une enquête.

Identifier tous les intervenants et les inviter à s'impliquer
Avant d'entreprendre une mission régionale ou internationale, il est impératif d'en évaluer soigneusement les impacts possibles. Les autorités nationales et autres groupes cibles doivent se montrer réceptifs aux efforts de plaidoyer régional ou international que vous entreprenez. Pour assurer la réussite de la mission, celle-ci devrait être menée en collaboration avec les intervenants locaux et s'articuler autour des besoins auxquels une telle approche leur permettrait de répondre. Invitez les personnes qui bénéficieront de la campagne, les groupes locaux de défense de la liberté d'expression et les organisations médiatiques, ainsi que d'autres partenaires régionaux et internationaux, à s'impliquer dans l'élaboration de la stratégie de la campagne.

Habituellement, la planification et le lancement d'une mission impliquent plusieurs organisations internationales ou locales qui travaillent de concert. Des organisations non-gouvernementales internationales ou externes apportent souvent leurs précieuses expériences et ressources. Ces organisations pourraient, par ailleurs, être bien placées pour assumer un rôle plus visible au sein d'une mission ; surtout si la sécurité des partenaires locaux est à risque ou si une telle place dans les rangs de la mission permettrait d'arriver plus efficacement aux fins souhaitées. Encore une fois, ce rôle à jouer sera défini en travaillant étroitement aux côtés des organisations et des intervenants locaux tout au long des étapes de la planification et de la mise en œuvre du projet.

L'implication des intervenants locaux et leur prise en charge des missions sont également importantes, ce type de campagne exigeant souvent un appui et un investissement continus de la part des militants de la base qui œuvrent à améliorer durablement la liberté d'expression dans leur région.

Dépendamment des raisons pour lesquelles une mission semble nécessaire dans un lieu particulier, les objectifs et les approches des organisateurs pourront varier considérablement. Cependant, certaines pratiques communes restent essentielles à la réussite d'une mission :

Tenir compte des besoins des hôtes locaux et des problèmes liés à leur sécurité
La communauté locale nationale doit également compter un large éventail d'organisations, de médias ou d'individus prêts à accueillir la mission régionale ou internationale (ou au minimum à interagir avec celle-ci). On prendra toutes les précautions nécessaires afin de ne pas mettre ces personnes en danger ; il convient, par ailleurs, de les compenser en assumant les coûts liés à leurs déplacements et à leur hébergement, le cas échéant.

Définir les rôles, tenir compte de la capacité des organisations et communiquer régulièrement
Il est important pour les organisations régionales et internationales, ainsi que les médias nationaux/la communauté des ONG, d'entretenir un dialogue rapproché et constant tout au long de l'organisation d'une mission, afin que les pratiques et les objectifs communs soient bien compris et atteints.

Une bonne idée consiste à identifier d'entrée de jeu les rôles de tous les partenaires de la mission, afin que chacun sache ce qu'il y a à faire, et qui le fera. Le fait de tenir compte des capacités de chaque organisation participante permettra également aux membres de la mission de s'épauler adéquatement et de mobiliser leurs forces.

Par exemple, des organisations locales peuvent connaître à fond la situation de la liberté d'expression, avoir des liens avec les décideurs et être capables de gérer certains aspects logistiques de la mission (l'organisation de rencontres et de déplacements, entre autres). Dans bien des cas, les organisations régionales et internationales de défense de la liberté d'expression détiennent déjà un savoir considérable dans le domaine de la mise sur pied de missions, ainsi qu'une expérience technique acquise dans divers pays, des atouts qui leur serviront à répondre aux enjeux que sont la réforme du droit médiatique, les techniques de lobbying et la façon d'attirer l'attention des médias internationaux, notamment.  Par ailleurs, il arrive fréquemment que ces groupes ou associations de bailleurs de fonds soient en mesure d'apporter l'aide financière essentielle à la tenue d'une mission.

Organiser la mission longtemps à l'avance
La réussite d'une mission dépend largement de la possibilité d'accorder tout le temps nécessaire à sa planification, soit plusieurs mois, idéalement. Trouver les bonnes personnes, organiser leurs déplacements avec la délégation et veiller à ce qu'elles aient en main tous les documents officiels et visas nécessaires peut-être très long. Plus vous organiserez la mission à l'avance, plus il sera facile pour vous d'en assurer la coordination logistique (les déplacements, l'hébergement, les repas, etc.) et d'organiser les réunions et les échéanciers. Par exemple, un membre de la délégation internationale devrait disposer d'un téléphone mobile loué, pendant toute la durée de la mission, pour pouvoir contacter plus facilement les personnes que vous allez ou souhaitez rencontrer. Également, n'oubliez pas de tenir compte des fêtes nationales et religieuses pouvant influencer le choix des dates de la mission.

S'assurer que les participants de la mission sont préparés
Une personnalité importante invitée à accompagner une mission pourrait ne pas bien connaître le pays à visiter ni être au courant des problèmes que la presse y vit. Pour cette raison, les partenaires locaux et internationaux ont intérêt à lui fournir, quelques semaines avant le début de la mission, une petite trousse de renseignements contenant des informations de base sur le climat politique actuel et la situation des médias, la météo, la devise/le taux de change, etc.

Il faut veiller à ce que les hôtes locaux, régionaux et internationaux échangent à propos des normes et des pratiques culturelles en usage, afin que les réunions se déroulent rondement, qu'elles aient les résultats escomptés et que les communications de la mission soient efficaces.

Dans certains cas, il est utile de s'assurer que les délégués internationaux sont au fait des sensibilités et des perceptions locales à l'égard de l'intervention internationale. En Afrique, par exemple, où la résistance au colonialisme a une longue histoire, on constate que les gouvernements répressifs de certains pays ont de plus en plus tendance à justifier leur règne en accusant les organisations occidentales de leur imposer des « ordres du jour impérialistes ». Une délégation internationale pourrait ainsi être dépeinte en train de se mêler des affaires internes d'un pays, ce qui nuirait aux efforts de l'organisation partenaire locale en prêtant le flanc à des accusations de collaboration avec des « agents étrangers ». Dans ces situations, il serait plus efficace de former une délégation régionale composée d'individus éminents et d'organisations africaines respectées.

Rencontrer une grande variété d'intervenants
Pour une mission d'enquête, il est important d'être neutre et d'être perçue comme telle ; or dans de nombreux pays, les positions politiques sont polarisées et les groupes de défenseurs de la liberté d'expression et du journalisme peuvent l'être également. En outre, ce que chaque groupe risque de perdre en termes de liberté d'expression peut être différent (par exemple, les propriétaires de médias et les rédacteurs).

Même si elles représentent un défi de taille, les missions doivent être inclusives et inviter une grande variété d'acteurs, notamment des journalistes, des rédacteurs et des propriétaires, ainsi que des groupes locaux et internationaux de défense de la liberté de la presse, des organisations des droits de la personne et d'autres ONG, à s'impliquer et à faire front commun pour aborder les enjeux et les questions de liberté d'expression auxquels ils font face. Si ces groupes disparates parviennent à s'unir pour défendre la liberté de la presse et la liberté d'expression, ils augmenteront l'impact de leur initiative et profiteront peut-être de cette occasion pour conclure de nouvelles alliances.

Il peut être utile de réserver les réunions avec les organisations et les acteurs locaux pour le début de la mission, afin de recueillir une variété de perspectives sur l'état de la liberté d'expression dans le pays. De cette façon, la mission pourra s'exprimer sur les divers enjeux avec autorité et cohérence pendant les rencontres prévues avec des représentants du gouvernement, vers la fin du voyage.

Rencontrer les représentants du gouvernement à la fin de la mission
Il est toujours préférable de rencontrer les représentants du gouvernement vers la fin d'une mission, car c'est à ce moment que l'on dispose du plus grand nombre d'informations et d'une meilleure compréhension des enjeux à évoquer en présence des autorités.

Tentez de rencontrer les représentants officiels les plus haut placés possible. La meilleure façon de garantir la tenue de telles rencontres consiste à utiliser tous les contacts dont vous disposez, aussi insignifiants qu'ils puissent sembler.

Présenter les résultats sous forme de rapports
La plupart des organisations publient un rapport conjoint afin de documenter les résultats de la mission, lequel contient habituellement une analyse claire de la situation de la liberté d'expression dans le pays visité et indique les tendances constatées, s'il y a lieu. Ce rapport attirera l'attention sur les recommandations particulières de la mission et sur tout appui susceptible d'en faciliter l'application. Il arrive parfois qu'en raison de la durée limitée d'une mission, le rapport soit publié après la fin de celle-ci. Cependant, si vous tentez de susciter un intérêt à l'égard de vos efforts avant de quitter le pays, vous pourriez envisager de publier une déclaration, commune ou non, ou un communiqué de presse axés sur les principaux résultats et les recommandations de la mission. Ces documents pourront ensuite être présentés dans le cadre d'une conférence de presse ou d'un autre événement public, comme une manifestation ou une conférence, par exemple.

Publiciser les résultats de la mission
À l'issue de la mission, ses membres pourraient choisir de tenir une conférence de presse afin d'attirer l'attention des médias locaux et internationaux sur les résultats obtenus, dans le but de sensibiliser le plus grand nombre et d'accroître la pression du public sur les autorités.

Les partenaires locaux sont la principale ressource à utiliser lorsque l'on organise une conférence de presse, un tel événement occupant normalement une place de choix dans les médias locaux, là où elle aura le plus d'impact. Une délégation peut se servir de la conférence de presse pour mettre en relief les problèmes les plus graves qu'elle a découverts ou dont elle a pu confirmer l'existence au fil de ses réunions. Plus important encore, la conférence de presse représente le lieu public idéal pour appeler les représentants du gouvernement à poser certains gestes précis ou pour critiquer leurs actions (ou leur inaction, selon le cas).

Les membres de l'IFEX devraient également envoyer ces rapports, ainsi que les communiqués de presse qui les accompagnent, à leurs contacts dans les médias locaux et internationaux et à l'IFEX, qui en assurera la diffusion. Voir la section Outils et ressources pour d'autres idées de stratégies médiatiques.

Observer, évaluer et assurer un suivi
Conservez les coupures de presse et les reportages consacrés à la mission parus tant dans les médias locaux qu'internationaux. Dès la fin de la mission révisez en groupe les objectifs établis initialement, mesurez les résultats de votre mission et documentez toute leçon que vous en aurez tiré. Pendant que l'expérience est encore fraîche dans les mémoires, réfléchissez aux contacts, alliés et ennemis qui se sont manifestés durant la mission, et à ce qu'une campagne ultérieure pourrait tenter de faire pour combler les lacunes et saisir les possibilités qui se présenteront. Choisissez un moment approprié pour faire un suivi en groupe au cours des semaines et des mois suivants. Convoquez un appel conférence ou organisez un système de production de rapports pour rester en contact avec les participants de la mission et évaluer si la campagne a généralement atteint ses visées. Le fait de communiquer et de travailler ensemble à identifier les étapes suivantes augmentera les chances d'amener des changements durables ; les groupes locaux et même les autorités sauront que la situation de la liberté d'expression dans le pays suscite encore un vif intérêt et que les relations des intervenants continueront de se renforcer avec le temps.

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Coup d'oeil exclusif de la campagne #EndImpunity de 2014 de l’IFEX. Les résultats : http://t.co/DVLSGdQsCc