13 décembre 2001

Alerte

Selon les journalistes d'un quotidien anglophone de Montréal, leurs nouveaux propriétaires tentent de limiter la liberté de presse au Canada


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(FPJQ/IFEX) - Pour la seconde fois en deux semaines, quatorze quotidiens dans les principales villes du Canada devront publier le même éditorial. Ces journaux, y compris "The Gazette" à Montréal, appartiennent au géant des médias CanWest Global. Pour l'instant, la diffusion du même éditorial dans les 14 journaux doit avoir lieu une fois par semaine.




Mais selon Paul Cauchon, chroniqueur médias au quotidien indépendant "Le Devoir", les plans de CanWest sont de publier d'ici un an trois éditoriaux nationaux par semaine. Pour ce groupe de presse, c'est un moyen de susciter des débats à l'échelle de tout le pays. Le premier éditorial traitait du budget fédéral. Il demandait au ministre des Finances d'alléger le fardeau fiscal des fondations charitables privées, sans cependant préciser que la famille Asper, propriétaire de CanWest, profitait elle-même d'une telle fondation.

La décision de publier un éditorial unique dans les journaux de la chaîne a soulevé de vives inquiétudes parmi les journalistes de la "Gazette" qui y voient une menace à leur indépendance et à la diversité des opinions que doit refléter la presse. Déjà d'ailleurs deux caricatures se moquant de l'empire médiatique des Asper n'ont pu être publiées, tout comme une chronique qui critiquait la politique de l'éditorial unique. Une chroniqueuse de radio et télévision a vu un de ses textes refusé et elle a été obligée de le reformuler pour qu'il soit publié. Elle y traitait d'un documentaire qui démontrait comment les soldats israéliens prenaient délibérément pour cible les médias qui oeuvraient du côté palestinien du conflit. Peggy Curran soutient qu'elle avait toujours pu écrire ce qu'elle voulait jusqu'ici et qu'elle ne connaît pas de précédents à ce qui se passe maintenant.

Plus d'une cinquantaine de journalistes de la "Gazette" ont signé une lettre ouverte dans les journaux pour dénoncer la politique de l'éditorial national unique. Ils veulent faire savoir qu'une famille très puissante, propriétaire de nombreux journaux, est en train d'abuser de son pouvoir.

Le nouvel éditeur du journal, Peter Stockland, fait valoir qu'il y a toujours place dans ses pages pour des points de vue divergents. Le précédent éditeur avait toutefois démissionné en évoquant des différents avec le siège social et l'éditorialiste en chef a demandé à être réaffecté à d'autres tâches.

Pour les journalistes de la "Gazette", qui ont fait une courte grève des signatures la semaine dernière et qui entendent poursuivre leur lutte, c'est un premier exemple frappant de ce qui peut arriver quand un grand nombre de médias sont contrôlés par une poignée de gens.

Fondé par l'homme d'affaires Izzy Asper de Winipeg, au Manitoba, CanWest est devenu l'an dernier un géant des médias avec l'acquisition de toutes les publications de la chaîne Southam qui appartenait alors au magnat de la presse Conrad Black. Cette transaction de plus de 3 milliards de dollars canadiens (environ 1,9 milliards $US) comprend 13 quotidiens dans les principales villes canadiennes, 130 autres publications (des hebdomadaires et des journaux locaux), 80 magazines et des sites internet. CanWest était aussi alors devenu propriétaire à 50% du quotidien national "National Post" qui lui appartient complètement depuis cet automne. Le conglomérat possède également l'important réseau national de télévision Global.

En mars dernier, une intervention de David Asper, le fils de Izzy Asper, avait soulevé une vive controverse à l'intérieur de la chaîne Southam sur la concentration de la presse. Il demandait aux journalistes de modérer leurs attaques contre le premier ministre Jean Chrétien dont les liens étroits avec la famille Asper sont bien connus.

La FPJQ appuie sans réserves les protestations des journalistes de la "Gazette". Elle voit dans les politiques de CanWest un effet évident et très pernicieux de la concentration excessive de la presse au Canada. Ces nouvelles politiques ne peuvent que diminuer la diversité des points de vue que la presse a le devoir de refléter. La FPJQ va se pencher dès cette semaine sur le rapport sur la concentration de la presse qui découle d'un large débat en commission parlementaire au Québec en février dernier. Cette commission avait été demandée par la FPJQ mais son rapport s'est révelé extrêmement décevant. La FPJQ va faire valoir à nouveau, à partir de l'exemple actuel de CanWest, l'urgence pour le gouvernement d'agir afin d'éviter une trop grande uniformisation des sources d'information du public.





Source:

Fédération professionnelle des journalistes du Québec
1012, av. Mont-Royal E., bureau 105
Montréal, QC H2J 1X6
Canada
info (@) fpjq.org
tél: +1 514 522 6142
téléc: +1 514 522 6071
 

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