1 avril 2004
Alerte
Internautes en camps de rééducation, weblogs censurés : RSF tire le signal l'alarme
Détails de l'incident
Ma Yalian
web dissident(s)
(RSF/IFEX) - Ma Yalian a été condamnée, le 19 mars 2004, à 18 mois de camp de rééducation par le travail pour avoir dénoncé, dans des articles publiés sur Internet, les dysfonctionnements du système de dépôt de plainte en Chine. Dans le même temps, les autorités étendent encore leur filtrage des weblogs.
RSF s'indigne de la condamnation de Ma Yalian, qui bafoue les règles élémentaires du droit. "Cette femme est envoyée pour la deuxième fois en camp de rééducation sans avoir été jugée par un tribunal. Cette pratique est une honte pour la Chine, qui vient pourtant d'inscrire les droits de l'homme dans sa constitution. Nous sommes atterrés par le cynisme des dirigeants chinois et appelons les gouvernements étrangers à dénoncer ce type de sanctions extrajudiciaires", a déclaré l'organisation.
Ma Yalian a publié sur le site juridique
http://chineselawyer.com.cn et sur
http://www.dajiyuan.com, une publication du mouvement spirituel Falun Gong, des articles dénonçant le harcèlement subi par des personnes ayant exprimé leur mécontentement aux autorités. En effet, il est donné aux citoyens chinois la possibilité de transmettre leurs doléances au travers d'un réseau national de bureaux administratifs. Selon l'organisation Human Rights in China, la cyberdissidente critiquait ce système en réalité inefficace et donnait des exemples précis de plaignants ayant été maltraités par les autorités. Elle indiquait en outre que des individus s'étaient suicidés devant ces bureaux de réception des plaintes. Elle a été condamnée par un comité administratif à passer 18 mois dans un camp de rééducation par le travail. Ce type de peine est en général prononcé contre des délinquants mineurs, des drogués ou des prostituées. Il sert cependant aussi à faire taire des dissidents politiques et religieux.
Ma Yalian avait elle-même déposé plusieurs réclamations pour protester contre son expulsion lors d'un plan d'aménagement urbain à Shangaï. Suite à cette démarche, elle avait déjà été condamnée, en août 2001, à un an de camp de travail. La cyberdissidente affirme avoir été battue durant cette période.
Les autorités chinoises ont depuis quelques mois intensifié leur répression sur Internet. RSF avait signalé, le 17 mars 2004, le blocage des sites de création et d'hébergement de weblogs Blogbus.com et Blogcn.com (consulter l'alerte de l'IFEX du 17 mars 2004). Selon des informations recueillies par l'organisation, d'autres sites du même type ont été plus récemment rendus inaccessibles. Par exemple, les blogs hébergés par Typepad sont désormais filtrés. Selon le responsable de Dynamic Internet Technology (DIT), une entreprise spécialisée dans les questions de filtrage de l'Internet en Chine, seule l'adresse IP des serveurs hébergeant les blogs de Typepad a été bloquée. Le site
http://www.typepad.com est toujours accessible.
Enfin, plusieurs témoignages rapportent que Slashdot (http://www.slashdot.org), un site américain axé sur les nouvelles technologies, qui avait notamment signalé le filtrage de Typepad, serait également bloqué depuis fin mars. Un des responsables du site a déclaré à RSF que sa publication était régulièrement rendue inaccessible par les autorités. Il a ajouté que "s'il s'avère que nous sommes effectivement censurés, c'est probablement parce que Slashdot promeut la discussion, la pluralité d'opinions, la liberté de pensée, autant de principes qui se marient mal avec un régime totalitaire et bureaucratique".
Des initiatives s'organisent pour déjouer cette censure. Un groupe de bloggers a notamment créé un site destiné à aider les éditeurs de weblogs censurés :
http://www.sinosplice.com/adoptablog. RSF salue cette initiative et invite la communauté des bloggers à se mobiliser pour défendre la liberté d'expression de leurs homologues chinois.
Source:
Reporters sans frontières
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