11 septembre 2006

Alerte

Une série de régulations réaffirme la tutelle économique et éditoriale de l'agence Xinhua sur les agences de presse étrangères


Détails de l'incident

organisation(s)

legal action

Disponible en :

English Français
(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières est consternée par la décision de l'agence gouvernementale Xinhua d'édicter, sans aucune forme de concertation, une nouvelle régulation qui confirme sa tutelle économique et éditoriale sur les agences de presse étrangères. L'organisation appelle les gouvernements nord-américains, européens et japonais à réagir collectivement à cette entorse à la libre circulation de l'information.

"Nous redoutons la portée de ces régulations qui pourraient avoir de graves effets sur le travail des agences de presse étrangères présentes en Chine populaire. Cette décision est scandaleuse car Xinhua, officine du Parti communiste, s'autoproclame détentrice de tous les pouvoirs sur les agences de presse. Mais c'est également une menace pour les agenciers qui ont un rôle vital dans la diffusion de l'information sur la Chine populaire. Xinhua s'impose comme un prédateur de la liberté d'entreprise et de la liberté d'information", a affirmé Reporters sans frontières.

"Alors que vient de s'achever un sommet UE-Chine au cours duquel les autorités de Pékin ont tout fait pour que les négociations économiques soient dissociées du politique, le gouvernement chinois fait exactement le contraire en mélangeant allègrement le contrôle économique et politique. Le statut des agences étrangères est également en complète contradiction avec les engagements de la Chine populaire au sein de l'Organisation mondiale du commerce", a dénoncé Reporters sans frontières.

Le 10 septembre 2006, l'agence officielle Xinhua a promulgué une série de régulations, "Mesures pour administrer la diffusion de nouvelles et d'informations en Chine par les agences de presse étrangères", qui consolide son pouvoir en Chine populaire mais également à Hong Kong, Macao et Taiwan. Une dérogation datant de 1996 qui permettait aux agences d'informations financières, notamment Reuters, de vendre des informations aux médias chinois est supprimée. Xinhua semble vouloir ainsi récupérer cette manne qui lui échappait.

Comprenant 22 articles, cette nouvelle régulation confirme le strict monopole de Xinhua pour la diffusion d'informations, de photographies et d'infographies vers les médias chinois. Sans aucune forme de concertation avec les agences de presse internationales, les autorités les placent sous la tutelle de Xinhua qui s'arroge le droit de leur accorder ou non une licence. Ce point vient contredire les régulations du ministère des Affaires étrangères qui a le pouvoir d'accréditer les médias et les journalistes.

La régulation publiée sur le site Internet de Xinhua interdit la diffusion d'informations contraires à la Constitution ou tout autre loi chinoise, qui met en danger l'unité nationale, la souveraineté, l'intégrité territoriale, la sécurité nationale, la réputation et les intérêts de la Chine, viole la politique chinoise sur les religions ou promeut les sectes et la superstition. Les agenciers sont sommés de ne pas inciter à la haine et à la discrimination entre les groupes ethniques et de blesser leurs sentiments. Il est également interdit de menacer l'ordre social et économique, ou les traditions culturelles de la Chine. Enfin, la propagation de l'obscénité et la diffamation pourront être punies. Après avoir émis un avertissement, l'agence officielle pourra demander un rectificatif, suspendre la diffusion d'une information ou suspendre la licence du média.

Il est interdit aux médias chinois de couvrir l'actualité grâce à des dépêches d'agences de presse étrangères. En revanche, les agences vendent, à travers Xinhua, des photographies, notamment de l'actualité internationale. Et les médias chinois pouvaient également acheter des informations financières aux agences spécialisées.

Les agences les plus affectées devraient être Reuters, Bloomberg, DowJones et Kyodo qui diffusaient des informations, surtout financières, aux médias chinois.

Un journaliste basé à Pékin qui n'a pas souhaité être cité a expliqué à Reporters sans frontières que les agences de presse étrangères devraient "s'unir pour combattre cette régulation injuste et rétrograde." Un autre correspondant d'une agence étrangère a dénoncé ce coup de force de Xinhua qui veut "s'arroger des pouvoirs qu'elle n'a pas".

En septembre 2005, Reporters sans frontières avait publié un rapport d'enquête: Xinhua: la plus grande agence de propagande du monde qui décrivait le fonctionnement interne de l'agence officielle, élément central du contrôle des médias chinois. Voir: http://www.rsf.org/article.php3?id_article=15169



Source:

Reporters sans frontières
47, rue Vivienne
75002 Paris
France
rsf (@) rsf.org
tél: +33 1 44 83 84 84
téléc: +33 1 45 23 11 51
@rsf_rwb
 

Restez à l’avant-garde des nouvelles sur la libre expression.

Inscrivez-vous pour recevoir le Communiqué hebdomadaire de l’IFEX.


 
L’IFEX est un réseau mondial d’organisations déterminées qui œuvrent à la défense et à la promotion de la libre expression.
L'autorisation de reproduire ou de republier, en tout ou en partie, le matériel qui figure sur ce site web est accordée à la condition que soit mentionné le membre dont émane l'information et/ou l'IFEX, et que soit donné un hyperlien vers l'article original.