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Révélations sur un guide d'espionnage de journalistes jugés "embarrassants"

(RSF/IFEX) - Le Département administratif de sécurité (DAS) fait de nouveau parler de lui dans la presse. Pour les pires raisons. Après le dernier scandale d'écoutes téléphoniques révélé en février 2009, puis la découverte, en mai suivant, d'une liste de médias et de journalistes surveillés en haut-lieu, et le détournement du dispositif de protection d'une journaliste à des fins d'espionnage, une nouvelle révélation vient entacher la réputation de l'organisme de renseignements. L'hebdomadaire "Semana" vient, en effet, de révéler l'existence d'un guide d'instructions à l'attention des fonctionnaires du DAS, afin d'espionner, menacer, intimider et décrédibiliser les ONG, les magistrats et les journalistes considérés comme "gênants" pour le gouvernement.

"Ces méthodes de surveillance et d'intimidation n'ont rien à envier à celles d'un État policier. Les récents limogeages de hauts responsables du DAS n'ont pas permis de régler la question des pratiques barbouzardes, toujours en vigueur au sein de l'institution. Nous remarquons d'ailleurs que la présidence tarde à s'en désolidariser. Pourquoi les dossiers constitués par le DAS sur la journaliste Claudia Julieta Duque - et d'autres confrères - n'ont-ils pas été remis, comme il se devait à la Cour constitutionnelle?", s'interroge Reporters sans frontières.

Selon le quotidien national "El Espectador", ce manuel d'espionnage fait partie de la documentation récupérée lors de perquisitions ordonnées par le parquet général de la nation. Il s'agit d'un document au format power-point intitulé "Guerre politique", qui détaille par exemple les instructions à suivre lors d'appels téléphoniques, ou la manière de répandre de fausses accusations.

L'un des points les plus alarmants concerne spécifiquement la correspondante de Radio Nizkor, Duque. Espionnée par ses propres gardes du corps pour le compte du DAS, la journaliste dérangeait par ses enquêtes sur l'assassinat, en 1999, de l'éditorialiste et humoriste Jaime Garzón, possiblement commis par d'anciens fonctionnaires du DAS.

En en-tête du manuel d'espionnage figurent les données personnelles de Duque, ses numéros de téléphone et adresses électroniques. Le document fait des recommandations sur la durée des coups de fil anonymes ainsi que sur les lieux où doivent être passés de préférence les appels. Il préconise également que le correspondant anonyme se déplace plutôt en bus et lui prescrit les sites sous vidéosurveillance à éviter pour ne pas être repéré. Ces recommandations ont, semble-t-il, été suivies à la lettre depuis 2004, date à laquelle la journaliste a commencé à recevoir des menaces visant également sa fille, âgée de dix ans.

A ce jour, aucune enquête approfondie n'a été menée concernant les agissements du DAS. La Cour constitutionnelle a ordonné que lui soient transmises toutes les informations recueillies par le DAS sur Duque, mais la centrale de renseignements n'a pas répondu à cette demande.

Autre victime de pressions et menaces attribuées au DAS, Hollman Morris, connu pour avoir couvert le conflit armé pendant plus de dix ans, a poursuivi l'État colombien devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH). Cette plainte est assortie d'une demande d'enquête destinée à "juger les responsables des menaces, harcèlements, filatures, diffamations et stigmatisations politiques" dont le journaliste a été victime ainsi que sa famille, les poussant à l'exil.

Dans un document de 71 pages, soutenu par le Collectif d'avocats José Alvear Restrepo, Morris dénonce avoir reçu les premières menaces en 2000, alors qu'il travaillait pour le quotidien "El Espectador". Depuis, le journaliste a connu diverses pressions, menaces, et tentatives de décrédibilisation, notamment de la part du président Alvaro Uribe lui-même. Morris a été, tout comme Duque, l'un des principaux journalistes victimes des agissements du DAS.

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