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Extrême durcissement de la campagne présidentielle : un journaliste français pris à partie et bastonné

(RSF/IFEX) - Paris, le 24 novembre 2010 - Reporters sans frontières appelle tous les médias ivoiriens à faire preuve de la plus grande responsabilité et de la plus grande pondération dans leur couverture de la campagne du second tour de l'élection présidentielle alors que le ton de la campagne s'est considérablement durci entre les deux candidats et leurs états-majors. Ceux-ci utilisent régulièrement contre leur adversaire des propos agressifs et injurieux pouvant faire encourir de graves dangers à la stabilité et la paix sociale en Côte d'Ivoire.

L'organisation comprend que le journaliste n'a souvent pas d'autre choix que de diffuser ces propos - en les attribuant toujours clairement à leurs auteurs - car ils sont des éléments de la campagne qui peuvent aider les électeurs à mieux comprendre la personnalité des candidats. Toutefois, le sens de la responsabilité commande que le journaliste s'abstienne toujours de les amplifier. Les médias peuvent aussi, dans des éditoriaux ou des commentaires, attirer l'attention sur les risques que les dérapages verbaux d'hommes politiques font encourir à la population et exercer ainsi de manière salutaire et positive le "quatrième pouvoir " que leur reconnaissent les sociétés démocratiques.

A ce titre, Reporters sans frontières félicite les quotidiens Fraternité Matin et Soir Info pour leur traitement responsable et mesuré des propos incendiaires tenus par les candidats et leurs équipes de campagne, et demande aux quotidiens L'Intelligent d'Abidjan et Nord-Sud, ainsi qu'à la chaîne La Première et à la station La Nationale, de mieux en souligner les dangers lorsqu'ils les publient ou les diffusent. L'organisation estime par ailleurs que les journaux Le Patriote, Notre Voie et Le Nouveau Réveil, qui utilisent chaque jour en "Une " un langage haineux susceptible de générer des violences dans le pays, n'appartiennent plus, à l'heure actuelle, à la catégorie des médias professionnels telle qu'elle est définie par les règles d'éthique et de déontologie du journalisme.

Reporters sans frontières encourage le Conseil national de la presse (CNP) à exercer sa plus grande vigilance pour éviter les outrances qui ont nourri les crises dans le passé, et se réjouit de la décision du président du Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA) d'intervenir régulièrement sur La Première (la principale chaîne de télévision du groupe public RTI) et La Nationale (la principale station de radio du groupe public RTI) pour veiller au respect des règles d'équité de traitement entre les deux candidats pendant la campagne du second tour.

L'organisation enjoint le CNCA d'agir de façon urgente pour que les candidats et leurs supporters s'abstiennent de toute forme de langage incendiaire dans les émissions politiques et les publicités électorales diffusées sur La Première et La Nationale. Entrent dans cette catégorie, selon Reporters sans frontières, les propos accusant le candidat de la majorité présidentielle (LMP), Laurent Gbagbo, d'avoir empoisonné des Ivoiriens dans le cadre de l'affaire dite des "déchets toxiques" ou les propos accusant le candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), Alassane Ouattara, d'avoir amené la guerre en Côte d'Ivoire.

Le 19 novembre dernier, à la veille du début de la campagne pour le second tour, de violents affrontements ont opposé des étudiants de la FESCI (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire) à des jeunes militants de l'opposition devant le siège de campagne du RHDP, dans le quartier de Cocody à Abidjan. Alors qu'il couvrait l'événement, le journaliste français Laurent Despas, fondateur du site Internet panafricain http://www.koaci.com , a été pris à partie et bastonné. Il s'en tire avec un doigt cassé. "Une vingtaine de personnes me sont tombées dessus en criant, 'On va te découper, sale Blanc, on va te tuer !'", a-t-il confié au quotidien régional français Ouest-France. Son téléphone portable, son appareil photo et sa caméra ont été dérobés. Le journaliste a seulement récupéré sa caméra.

Reporters sans frontières s'étonne que la police ne se soit pas interposée et demande qu'une enquête sérieuse permette de sanctionner les auteurs de cette agression. L'organisation déplore que, dans son communiqué revenant sur les affrontements, le porte-parole de la police ivoirienne n'ait pas mentionné l'incident avec le journaliste.

Le lendemain de l'incident, Coulibaly Seydou, directeur de publication du quotidien Le Jour Plus, a été convoqué à la sûreté parce que son journal avait accusé la police d'avoir aidé les étudiants.

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