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Les membres de l'IFEX condamnent des élections frauduleuses

Les boîtes de scrutin des bureaux de vote à travers Shubra sont transportées à la station de comptage
Les boîtes de scrutin des bureaux de vote à travers Shubra sont transportées à la station de comptage

Sarah Carr

Les élections parlementaires du week-end dernier en Égypte n'ont pas été libres, disent l'Organisation égyptienne de défense des droits de la personne (Egyptian Organization for Human Rights, EOHR), le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI) et Human Rights Watch - avec des adversaires non violents et des journalistes interdits ou passés à tabac, des votes achetés et des surveillants exclus. Le gouvernement n'a pas créé non plus les conditions nécessaires pour tenir des élections libres et équitables, disent l'Institut du Caire pour les études sur les droits de la personne (Cairo Institute for Human Rights Studies, CIHRS) et d'autres membres de l'IFEX, qui font remarquer que des attaques généralisées sont survenues contre les médias avant le jour de l'élection, le 28 novembre.

Selon Human Rights Watch, qui a inspecté 30 bureaux de vote le jour du scrutin, des représentants des candidats de l'opposition et des surveillants indépendants qui étaient censés avoir été autorisés à surveiller le déroulement du vote ont été repoussés de presque tous les bureaux de vote du pays, ce qui a permis aux officiels de bourrer les urnes.

Par exemple, dans la ville de Samanoud, située dans le delta du Nil, des policiers ont empêché des électeurs et des représentants d'entrer dans un bureau de vote réservé aux femmes. Lorsque l'avocat Mustafa Nashar a expliqué qu'il représentait un candidat indépendant, un officier l'a frappé à l'épaule et lui a dit qu'il n'y avait pas d'élections ce jour-là.

Des électeurs qui attendaient d'entrer dans les bureaux de vote se sont quand même frayé un chemin, et Nashar affirme que certains d'entre eux ont vu des boîtes de scrutin transparentes qui contenaient déjà plusieurs centaines de bulletins - indication que le bourrage d'urnes avait commencé de bonne heure.

Par ailleurs, l'avocat du groupe islamique interdit des Frères musulmans a déclaré à Human Rights Watch que les forces de sécurité avaient arrêté 186 membres du groupe devant des bureaux de scrutin à Port Saïd, Ismailiya, Damietta, Beheira et Dakahliya.

Battre les Frères musulmans semblait être l'objectif principal du gouvernement dans cette élection. Le groupe est le plus puissant mouvement d'opposition d'Égypte. Lors des élections de 2005, celui-ci avait ébranlé le gouvernement en remportant le cinquième des sièges du parlement, sa meilleure performance historique.

La Coalition égyptienne pour la surveillance des élections (Egyptian Coalition for Monitoring Elections), qui est une alliance de 123 organisations de défense des droits à travers l'Égypte, dont l'EOHR, a elle aussi été témoin de toute une série de violations le jour de l'élection. À Gharbiya, par exemple, les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes pour empêcher les électeurs d'accéder au bureau de vote. Tous les détails sur les violations seront rendues disponibles sur le site web de l'EOHR d'ici quelques jours.

Les journalistes n'ont pas été épargnés. Des officiers de sécurité ont arrêté et détenu brièvement au moins 10 journalistes et en ont harcelé et restreint des dizaines d'autres. Adam Makary, de la chaîne anglaise d'Al Jazeera, a déclaré à Human Rights Watch que des officiels des bureaux de vote lui ont refusé l'accès aux six bureaux où il s'était rendu, en dépit du fait qu'il avait en sa possession tous les permis requis.

« La preuve donne à penser que les responsables égyptiens ont fait un effort concerté pour empêcher les candidats d'opposition d'exercer leurs droits ce jour-là », a déclaré Human Rights Watch.

Dans la période précédant le jour du scrutin, les membres de l'IFEX ont fait remarquer que plus de 1 000 activistes ont été arrêtés par les forces de sécurité, et qu'un grand nombre d'entre eux se sont plaints d'avoir été violentés. Des commentateurs des médias d'opposition ont été contraints de quitter les ondes, les chaînes de télévision ont fermé et des restrictions ont été imposées à l'envoi de messages textes. Par ailleurs, le gouvernement a émis des déclarations acerbes dans lesquelles il rejette les appels aux observateurs internationaux et limite sévèrement l'accès aux groupes locaux de surveillance.

Selon l'ANHRI, « Dans un pays privé d'élections libres, où le même parti fait toujours la loi, où l'état d'urgence est en vigueur depuis plus de 25 ans, et où sont imposées les mêmes politiques et les mêmes façons déficientes de procéder, nous n'allons pas contribuer à tromper le public et à perdre leur droit de choisir, de décider, d'élire et de voter. Nous considérons les événements actuels comme une tromperie qui n'a rien à voir avec des élections. »

D'après les dépêches, l'opposition égyptienne dit que le gouvernement a tenté de se servir de l'élection pour obtenir le monopole complet du parlement et pour empêcher la dissidence avant les élections présidentielles de l'an prochain, plus importantes. On ne sait pas avec certitude si l'actuel Président Hosni Moubarak, qui dirige l'Égypte depuis près de trois décennies, sollicitera un nouveau mandat. Il a 82 ans et éprouve de sérieux problèmes de santé.

Dans une déclaration, la Haute Commission électorale a balayé du revers de la main les rapports de violence ou d'irrégularités pendant la tenue du scrutin, affirmant que les rares incidents qu'elle avait constatés « n'avaient pas miné l'ensemble du processus électoral ».

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