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Encore plus de journalistes sont condamnés à la prison pour terrorisme

Le journaliste Elias Kifle s’est vu infliger le 26 janvier une peine d’emprisonnement à vie
Le journaliste Elias Kifle s’est vu infliger le 26 janvier une peine d’emprisonnement à vie

Ethiopian Satellite Television

Autre signe que s'aggrave la répression du Premier ministre d'Éthiopie Meles Zenawi, un journaliste basé aux États-Unis a été condamné à la prison à vie pour terrorisme, tandis que deux autres journalistes se voyaient infliger de lourdes peines de prison, selon ce que rapportent l'Association des journalistes de la presse libre d'Éthiopie (Ethiopian Free press Journalists' Association, EFJA), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l'Institut international de la presse (IIP) et d'autres groupes membres de l'IFEX.

Elias Kifle, éthiopien en exil, rédacteur du site web d'opposition « Ethiopian Review » basé à Washington, s'est vu infliger in absentia le 26 janvier une peine de prison à vie, qui fait suite à une autre peine d'emprisonnement à vie imposée en 2007, également in absentia, sur des accusations de trahison pour sa couverture de la répression brutale par le gouvernement des manifetsations qui ont suivi l'élection de 2005, selon ce que rapporte le CPJ.

Un tribunal de la capitale, Addis Abeba, a condamné Reyot Alemu, chroniqueur à l'hebdomadaire indépendant « Feteh », et Woubshet Taye, rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire « Awramba Times », aujourd'hui disparu, à 14 ans de prison et à 33 000 birrs (1 500 $US) d'amende, rapportent les membres.

Selon le CPJ et Human Rights Watch, cependant, la majeure partie de la preuve contre les journalistes se basait sur leurs écrits en ligne et sur leurs appels à des manifestations pacifiques.

« Ce verdict a peu à voir avec la justice », dit Mohamed Keita, coordonnateur de la revendication du bureau africain du CPJ. « Nous condamnons cette poursuite politisée qui visait à intimider les voix critiques et à les contraindre au silence, et nous demandons à la Cour suprême de casser toutes ces condamnations. »

Les trois journalistes ont été inculpés en septembre d'avoir apporté leur appui à un réseau clandestin de groupes d'opposition interdits, réseau déclaré criminel aux termes de la loi antiterroriste du pays adoptée en 2009, dit le CPJ.

Les condamnations surviennent quelques jours à peine après qu'un quatrième journaliste, Eskinder Nega, eut été trouvé coupable de terrorisme. Nega a quitté la salle d'audience le 23 janvier en criant « Je suis innocent », rapporte l'IIP. Il est maintenant passible de la peine de mort.

« Cette condamnation est une farce », a dit Nega à l'IIP. « Personne ne la prend au sérieux. Le régime de Meles Zenawi se livre à ces procès bidons dans le but de terroriser la population d'Éthiopie et de la soumettre. »

Deux membres de l'opposition ont aussi été condamnés à des peines respectives de 17 et de 19 ans de prison lors du même procès, rapportent les dépêches, tandis que plusieurs autres journalistes et rédacteurs devraient être condamnés pour des charges similaires lorsqu'ils subiront leur procès le mois prochain, selon ce que rapportent le CPJ et l'EFJA.

Selon Amnistie Internationale, au cours des onze derniers mois, le gouvernement a arrêté au moins 114 journalistes et politiciens éthiopiens d'opposition - « la répression la plus étendue de la liberté d'expression que l'on ait vue depuis de nombreuses années en Éthiopie ».

Et l'Éthiopie a poussé à l'exil plus de journalistes au cours de la dernière décennie que tout autre pays du monde, dit le CPJ.

Des journalistes éthiopiens critiques du parti au pouvoir ont dit à l'IIP qu'ils croyaient que le recours aux accusations de terrorisme contre les journalistes et les membres de l'opposition vise à prévenir toute contestation de type Printemps arabe qui serait dirigée contre le régime en place depuis plus de vingt ans.

Même les journalistes étrangers ne sont pas à l'abri des poursuites. Lors d'une mission en Éthiopie, Reporters sans frontières (RSF) a rendu visite à deux journalistes suédois, le reporter Martin Schibbye de l'agence de nouvelles Kontinent, et le photographe Johan Persson, qui ont été condamnés le 29 décembre à 11 ans de prison pour « être entrés illégalement dans le pays et [avoir] apporté leur appui au terrorisme ». D'après RSF, les deux journalistes ont sollicité la grâce du Président, plutôt que d'interjeter appel de leur condamnation.

Depuis 2005, quand une première vague de répression a fait chez les manifestants 200 morts et 30 000 détenus, Zenawi a continuellement refermé l'espace politique, indique Human Rights Watch. Son parti, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (Ethiopian People's Revolutionary Democratic Front, EPRDF) a été réélu en 2010 dans un raz-de-marée, mais les observateurs font remarquer que le scrutin n'a été ni libre ni équitable.

Human Rights Watch a constaté que les Éthiopiens et que des zones entières du pays sont délibérément affamés et exclus de prestations et d'avantages, à moins qu'ils et elles n'appuient le gouvernement. Les quelques rares organisations indépendantes qui suivent de près la situation des droits de la personne ont été décimées par le harcèlement gouvernemental et par une loi sur la société civile qui les empêche de travailler si elles reçoivent de sources étrangères plus de 10 pour 100 de leur financement.

La Cour suprême entendra le 3 février un appel de l'une des plus vieilles organisations de défense des droits de la personne d'Éthiopie, le Conseil des droits de la personne (Human Rights Council), appel qui lui permettrait d'accéder à ses comptes de banque, lesquels sont gelés en vertu de la loi. ARTICLE 19 et Human Rights Watch s'efforcent sans relâche, avec d'autres organisations de défense des droits, d'abroger cette loi.

Qui pis est, dit Human Rights Watch, le régime Meles utilise l'aide étrangère « pour contrôler les gens et écraser la dissidence ». L'Éthiopie est l'un des plus importants bénéficiaires mondiaux de l'aide au développement. Elle reçoit environ 3 milliards de dollars par année, l'Union européenne et les États-Unis constituant deux des plus importants donateurs. Tandis que l'argent est effectivement consacré aux services de base, il « finance aussi la répression en Éthiopie », dit Human Rights Watch.

« Les donateurs qui financent l'État éthiopien doivent prendre conscience du fait qu'une partie de leur aide contribue aux violations des droits de la personne ». Ils devraient s'assurer aussi que cette situation cesse, dit Human Rights Watch.

« Les rares organisations indépendantes qui ont suivi de près la situation des droits de la personne ont été éviscérées », ajoute Human Rights Watch. « Mais ces groupes sont désespérément nécessaires pour faire en sorte que l'aide ne soit pas détournée. »

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GOOD NEWS! Bahraini human rights activist @maryamalkhawaja has been released. Details will follow.