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LA RADIODIFFUSION COMMUNAUTAIRE ATTAQUÉE DANS TROIS PAYS, MAIS PROMUE EN URUGUAY

Depuis quelque temps au Mexique, au Guatemala et au Chili, les stations de radio communautaires subissent des pressions. Entre-temps, l'Uruguay donne vie à sa Loi sur la radiodiffusion communautaire en attribuant une largeur de bande à la télévision communautaire.

Des coups de feu ont été tirés le 27 juillet sur les domiciles de deux journalistes de la radio communautaire dans l'État méridional d'Oaxaca, au Mexique. Des inconnus ont ouvert le feu en direction des résidences de Melesio Melchor Ángeles et de Jorge Aragón Martínez, collaborateurs à la station de radio communautaire « Radio Zaachila ». Des douilles de 9 mm, qui ne seraient utilisées que par l'armée mexicaine, ont été retrouvées à l'extérieur.

Les deux journalistes, qui appartiennent aussi à un groupe d'enseignants de Zaachila, doivent répondre à des accusations criminelles en rapport avec une manifestation, en juin, qui a empêché une visite du gouverneur de l'État d'Oaxaca Ulises Ruiz. La démission du gouverneur constituait une des principales demandes lors des grèves des enseignants, en 2006.

Dans une action conjointe, ARTICLE 19, le Centre national des Communications sociales (CENCOS), Reporters sans frontières (RSF) et l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC) ont appelé le gouvernement d'Oaxaca à châtier les assaillants et à protéger les membres de Radio Zaachila. Ils ont aussi exigé la fin du « climat d'impunité » qui entoure les agressions perpétrées contre les médias, communautaires et autres, qui font du Mexique un pays dangereux pour les journalistes.

Au début de juin, un grand nombre de policiers fédéraux lourdement armés ont fait une violente irruption à la station de radio communautaire « Tierra y Libertad », dans le nord-est de la ville de Monterrey, où ils ont saisi l'équipement et l'ont contrainte à la fermeture. Selon la police, la station, dotée d'une faible puissance de diffusion, fonctionnait sans permis, mais l'AMARC et ARTICLE 19 rapportent que Tierra y Libertad avait déposé une demande de permis en 2002 - et n'avait toujours pas reçu de réponse.

Le 18 août, une délégation internationale composée de 13 groupes, dont des membres de l'IFEX, en mission au Mexique, rapportait qu'une « troublante culture d'impunité a entraîné l'augmentation du nombre des meurtres [de journalistes], même si celui des employés des médias dans les autres pays d'Amérique latine a diminué ». La mission comprenait des représentants d'ARTICLE 19, de l'AMARC, de RSF, de l'Institut international de la presse (IIP), de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), de la Fondation pour la liberté de la presse (FLIP) en Colombie, ainsi que de l'UNESCO, de l'Open Society Foundation (OSF) et de l'International Media Support (IMS).

Au Guatemala, des agents fédéraux et des soldats ont fermé le 29 juillet quatre stations de radio communautaires dans le département central de San Marcos, où de nombreux litiges sévissent. « Radio Audioritmos », « Radio Súper Éxitos », « Radio Activa » et « Radio Quetzalí » ont reçu l'ordre de quitter les ondes parce qu'elles fonctionnaient dans l'illégalité, selon ce que rapporte NoticiasDeMiGente.com. San Marcos est le centre de protestations indigènes contre les exploitations minières internationales.

Au Chili, l'AMARC rapporte que les installations de la station de radio communautaire « La Voz » de Santiago ont fait l'objet de plusieurs perquisitions depuis le 30 juin par des enquêteurs de la police. Le 22 juillet, des individus s'identifiant comme des responsables des télécommunications ont harcelé les employés de la station de radio communautaire « Radio Primero de Mayo ».

Ironiquement, dit l'AMARC, le gouvernement chilien a préparé une législation afin de faciliter le statut juridique des stations de radio communautaires et d'apporter de meilleures conditions d'exploitation.

Par ailleurs, l'organe régulateur des communications en Uruguay a annoncé que trois des neuf nouvelles bandes à ultra-hautes fréquences (UHF) attribuées à des services terrestres et ouverts de télévision numérique seraient réservées à des stations communautaires. Quatre des six autres chaînes seront privées, et deux autres seront exploitées par la télévision publique.

On a prévu en décembre 2007 des fréquences pour des stations communautaires de radio et de télévision, lors de l'adoption de la Loi sur la radiodiffusion communautaire (Ley 18.232 de Radiodifusión Comunitaria).

Consulter les sites suivants :
- Coups de feu à Oaxaca : http://tinyurl.com/59rsb6
- Le Mexique ferme des stations à Monterrey (juin) : http://tinyurl.com/5llzlo
- Fermeture de stations au Guatemala (en espagnol) : http://noticiasdemigente.com/content/view/146/54/lang.en
- Le domicile d'un journaliste de radio du Guatemala essuie des coups de feu : http://www.ifex.org/en/content/view/full/95840/
- Pressions sur des stations au Chili : http://www.ifex.org/en/content/view/full/95844/ et http://www.ifex.org/en/content/view/full/95593/
- L'Uruguay distribue des largeurs de bande : http://www.ifex.org/en/content/view/full/96141
- CENCOS, à propos de la mission au Mexique : http://cencos.org/en/node/19231
- Page de l'IMS à propos de la mission au Mexique :
http://www.i-m-s.dk/?q=node/358
- AMARC : http://legislaciones.item.org.uy/index?q=node/714
- ARTICLE 19, à propos de l'impunité au Mexique : http://tinyurl.com/5sarjt
- Descente dans les locaux de l'agence mexicaine de défense des droits de la personne dans les médias : http://www.ifex.org/en/content/view/full/95787/
- Des soldats tabassent un journaliste mexicain : http://tinyurl.com/6pb2aw
Photo : Felicitas Martínez Sánchez (à gauche) et Teresa Bautista Merino (à droite), journalistes de la radio communautaire d'Oaxaca assassinés en avril 2008. Courtoisie de Indybay.org/Bart Evans

(20 août 2008)

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