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Le CNC lève l'interdiction de la couverture de l'attentat contre la résidence du président

(CPJ/IFEX) - New York, le 28 juillet 2011 - La censure de la presse par le gouvernement du président guinéen, Alpha Condé, menace les progrès démocratiques accomplis par son pays ces derniers mois, a déclaré aujourd'hui le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

La présidente du Conseil national de la Communication (CNC), l'agence guinéenne de régulation des médias, a levé aujourd'hui l'interdiction, imposée depuis lundi, de toute couverture médiatique de l'attentat à la roquette le 19 juillet courant contre la résidence privée du président guinéen à Conakry, la capitale, selon des journalistes et médias locaux. Les États-Unis avaient condamné cet attentat, louant le président guinéen pour "ses gros efforts en vue de mettre en place des institutions démocratiques".

S'exprimant ce soir sur les ondes de la chaîne de radio française, Radio France Internationale (RFI), la patronne du CNC, Martine Condé (qui n'est pas apparentée au président guinéen) a déclaré que l'interdiction a été levée sous condition qu'il "n'y ait pas de dérapages". Cette interdiction du CNC a dissuadé la diffusion d'émissions-débats sur cet événement par les stations de radio et de télévision privées guinéennes, tandis que certains auditeurs avaient soulevé des questions sur les circonstances de l'attentat qui a fait un mort et dont le président est sorti indemne, selon des journalistes locaux. Trente-huit suspects, dont plus d'une vingtaine de militaires, ont été arrêtés, selon des médias.

S'adressant au CPJ mercredi dernier, la patronne du CNC, nommée par le président Condé, a accusé les médias diffusant ces émissions-débats d'inciter les "tensions". "Nous voulons éviter ce qui s'est passé dans d'autres pays comme le Rwanda", a-t-il dit au CPJ, faisant allusion aux médias de la haine parrainés par l'État qui ont attisé le génocide rwandais de 1994.

Le 10 juin dernier, le CNC a également infligé une suspension de deux mois au quotidien Le Défi, un journal privé dont la ligne éditoriale est critique à l'égard du gouvernement du président Condé, pour un article qui a fustigé les propos publics controversés du médiateur de la République de Guinée, le général Facinet Touré, concernant l'ethnie Peulh, selon la Fondation des médias de l'Afrique de l'Ouest, une organisation de défense de la liberté de la presse basée au Ghana. M. Touré, qui est également nommé par le président guinéen, avait pris ses fonctions en s'engageant à faire progresser le processus de réconciliation nationale et l'unité comme le fondement de la de démocratisation en Guinée, mais il a après déclaré que "la communauté peulh a le pouvoir économique et doit laisser aux autres communautés le pouvoir politique ( . . . )", selon des recherches du CPJ. Par ailleurs, les bureaux du quotidien Le Défi ont été saccagés le 20 juillet courant par des assaillants non identifiés.

En outre, le gouvernement du président Condé a suspendu sans explication Yamoussa Sidibé, animateur à la chaîne publique, la Radio Télévision de Guinée (RTG), depuis le 17 juillet courant, selon des journalistes locaux et des médias.

"Cette censure du gouvernement menace les progrès démocratiques réalisés par la Guinée ces derniers mois", a déclaré Mohamed Keita, coordonnateur du Plaidoyer pour l'Afrique du CPJ. "Nous demandons au président Condé de mettre fin à ces restrictions", a-t-il martelé.

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