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BlackBerry cède aux pressions de certains gouvernements

(RSF/IFEX) - Le 10 octobre 2011 - Reporters sans frontières s'inquiète des concessions faites par l'entreprise canadienne Research in Motion (RIM), fabricant de BlackBerry, aux gouvernements souhaitant avoir accès aux données cryptées sur son réseau mobile.

Récemment, RIM a conclu, dans la plus grande opacité, des accords de partage de données avec plusieurs gouvernements, dont les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, cédant aux menaces d'interruption des services BlackBerry. Depuis sa collaboration avec les autorités britanniques, lors des émeutes de Londres en août 2011, lors desquelles les services de BlackBerry avaient fait polémique pour avoir été utilisés par les émeutiers, l'entreprise fait face à une pression croissante de ces gouvernements. Reporters sans frontières demande à nouveau à RIM de privilégier la protection des données personnelles et la confidentialité des messages échangés entre utilisateurs.

Koweit : le blocage des sites pornographiques

En août 2011, le journal Jarida a annoncé que RIM et le ministère koweïtien de la Communication étaient parvenus à un accord pour le blocage des sites pornographiques sur les appareils BlackBerry, qui deviendra effectif d'ici la fin de l'année 2011. Reporters sans frontières met en garde contre les risques de surblocage de contenus licites, et demande au gouvernement de renoncer à cette mesure.

Inde : l'accès à la messagerie instantanée et aux mails

En Inde, RIM et le gouvernement ont renforcé leur collaboration : le ministre des Télécommunications, R. Chandrasekhar, a déclaré, le 3 octobre 2011, qu'un nouvel outil de contrôle de BlackBerry Messenger (BBM), service de messagerie instantanée de BlackBerry, et de BlackBerry Enterprise Server (BES), service de mail du smartphone, avait été développé en coopération avec RIM. Le système est actuellement au stade d'expérimentation. Un rapport sur son efficacité devrait être rendu au ministère avant la fin du mois. Si les tests s'avèrent concluants, R. Chandrasekhar a déclaré que l'Inde autoriserait le maintien des services BlackBerry, sous surveillance. Reporters sans frontières craint que le gouvernement ne renforce son contrôle sur les utilisateurs, et n'étende de telles pratiques à d'autres fabricants de smartphones, comme Nokia.

Indonésie : un futur serveur local?

Après avoir accepté le filtrage des sites pornographiques en janvier 2011, la société canadienne doit répondre à la demande de Jakarta qui exige, depuis août dernier, la mise en place d'un serveur local d'ici décembre 2011. Jusqu'à présent, RIM utilise des serveurs situés principalement au Canada, par lesquels transitent les informations échangées sur les réseaux BlackBerry, sans possibilité de contrôle extérieur. La mise en place d'un serveur local en Indonésie rendrait ce contrôle possible, et permettrait au gouvernement d'interrompre le service BlackBerry s'il le jugeait utile.

Afrique du Sud : vers un contrôle renforcé?

Le 5 septembre 2011, le vice-ministre des Communications, Obed Bapela, a déclaré que le gouvernement sud-africain souhaitait avoir accès aux données des utilisateurs de BBM : "Il y a des faits prouvant que les malfaiteurs utilisent désormais la messagerie BlackBerry pour organiser et commettre leurs crimes, a-t-il affirmé. Nous voulons passer en revue la messagerie du BlackBerry comme au Royaume-Uni et en Arabie Saoudite". Une déclaration inquiétante dans un pays où les utilisateurs de téléphone mobile sont déjà obligés de s'enregistrer afin de faciliter la lutte contre la délinquance.

Russie : création d'un logiciel pour cracker la sécurité des BlackBerry

En Russie, le gouvernement a plusieurs fois exprimé sa volonté d'accéder aux données personnelles des utilisateurs. La société russe Elcomsoft a aujourd'hui réalisé ce souhait, en développant le premier logiciel permettant de déverrouiller n'importe quel BlackBerry et d'avoir accès à toutes les données contenues dans le smartphone. Ce logiciel est désormais vendu librement sur le marché, au prix de 199 dollars, mettant ainsi à la portée de chacun la possibilité de pirater un smartphone. Si le gouvernement n'est pas directement à l'origine de cette innovation, Reporters sans frontières craint que l'utilisation de ce logiciel, dans un pays classé "sous surveillance" par l'organisation, ne puisse avoir des conséquences dramatiques pour le respect de la confidentialité des utilisateurs.

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