13 juin 2002
Alerte
RSF très préoccupée par le sort de la cyberdissidente Toujane el-Fayçal
Détails de l'incident
Toujan El-Faisal
journalist(s)
(RSF/IFEX) - RSF est très préoccupée par le sort de la cyberdissidente Toujane el-Fayçal, hospitalisée depuis quelques jours suite à une grève de la faim. "Les autorités jordaniennes auraient une lourde responsabilité sur la dégradation de l'état de santé de Toujane el-Fayçal si elles traitaient avec légèreté cette grève de la faim et si elles ne prenaient pas les mesures nécessaires à l'amélioration de ses conditions de détention", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. Rappelant que le rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression estime dans son rapport de janvier 2000 que "l'emprisonnement en tant que sanction de l'expression pacifique d'une opinion constitue une violation grave des droits de l'homme", RSF demande aux autorités l'annulation de toutes les poursuites à l'encontre de la journaliste ainsi que sa libération immédiate.
Depuis le 9 juin 2002, el-Fayçal est hospitalisée au King Hussein Medical Center, à Amman, pour déshydratation sévère suite à une grève de la faim entamée en prison au début du mois de juin. La journaliste protestait contre ses conditions de détention au Centre pénal et de réhabilitation des femmes de Jweideh (Amman). Selon Mohammed el-Fayçal, le frère de Toujane el-Fayçal, celle-ci a perdu beaucoup de poids et souffre de problèmes rénaux liés à sa déshydratation.
Arrêtée le 29 mars, el-Fayçal avait été condamnée, le 16 mai, par la Cour de sûreté de l'État d'Amman à un an et demi de prison, peine maximale prévue pour "propagation à l'étranger d'informations portant atteinte à la réputation de l'État et à ses responsables". Elle était également accusée d'avoir diffamé l'autorité judiciaire en dénonçant, lors d'une interview sur la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, la corruption de la justice jordanienne. Les verdicts de la Cour de sûreté de l'État sont sans appel.
Le 6 mars, el-Fayçal avait publié sur le site Internet du journal "Arab Times" (www.arabtimes.com), basé à Houston, Texas (États-Unis), une lettre ouverte au Premier ministre, Ali Abou Ragheb. La journaliste l'avait accusé de "profiter financièrement" de la décision de doubler les tarifs d'assurance des voitures.
Le 29 mai, el-Fayçal s'était adressée à la Cour de cassation afin de demander l'annulation de sa condamnation. Elle avait soutenu que le verdict rendu dans son procès était anticonstitutionnel. Selon Me Radaydeh, avocat de la journaliste, le jugement viole "la Constitution et les principes des droits de l'homme en refusant notamment de permettre à la défense de convoquer certains témoins", dont le Premier ministre.
RSF rappelle que, depuis le début de cette année, trois journalistes ont été arrêtés et deux hebdomadaires ont été censurés dans ce pays.