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Les lois sur le cyber-crime sont dirigées contre la libre expression; les cafés Internet sont surveillés

Les autorités jordaniennes livrent une bataille tous azimuts contre la liberté de l'Internet. Le 3 août, elles ont décrété une loi provisoire sur le cyber-crime, mettant en place un arsenal législatif en vue de réglementer l'Internet et de punir ceux qui critiquent l'État, selon ce que rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Reporters sans frontières (RSF). La loi confère aux autorités des pouvoirs étendus pour limiter le flux de l'information et contrôler le débat à l'approche des élections présidentielles de novembre. Le gouvernement a en outre bloqué récemment des dizaines de sites de nouvelles indépendants et ordonné aux propriétaires de cafés Internet d'installer des caméras de surveillance, indique le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights, ANHRI).

Les peines prévues en cas de violation de la loi sur le cyber-crime vont de l'amende aux travaux forcés, selon le contenu. La loi peut servir à juger du contenu, estimé diffamatoire ou atentatoire aux bonnes moeurs ou à la sécurité nationale. Les autorités affirment protéger l'intérêt public, mais les journalistes voient dans cette loi une menace pour la liberté des médias, indique RSF.

Les dispositions de la loi révèlent un gouvernement animé par la volonté de contrôler l'information en ligne. Le fait d'afficher un commentaire diffamatoire ou insultant est passible d'amendes variant de 105 à 2 100 euros. Les journalistes craignent que cela aura pour effet de susciter davantage de poursuites en diffamation, qui vont entraver le travail des reporters. Une autre disposition précise que le fait d'afficher des informations jusque-là non publiées ayant trait à la sécurité nationale de la Jordanie, aux relations avec l'étranger, à l'ordre public ou à l'économie est passible d'une amende de 527 à 5 265 euros et d'une peine minimale de quatre mois de prison.

Le gouvernement a bloqué ces derniers mois 48 sites web locaux de nouvelles dans tous les lieux de travail publics, affirmant que la navigation sur Internet constitue une perte de temps de travail et une importante perte de fonds publics. La plupart des sites bloqués traitent de ce que cachent les agences de nouvelles qui appartiennent à l'État, comme la crise chez les enseignants et les droits des journaliers.

Un consortium de sites web électroniques a organisé une conférence à Amman le 10 août et a émis une déclaration dans laquelle on qualifie la loi de « coup très dur pour les nouveaux médias ».

L'ANHRI rapporte en outre que le ministère jordanien de l'Intérieur a donné aux propriétaires de cafés Internet la consigne d'installer un logiciel qui empêche l'accès aux sites contenant du matériel pornographique, qui attentent aux croyances religieuses, qui font la promotion de l'usage de drogues ou du tabac, ainsi que les sites de jeu et les sites qui contiennent tout document de nature militaire. Les propriétaires de cafés Internet doivent également utiliser un dispositif qui enregistre les données sur les sites web et la navigation pendant au moins six mois et conserver des dossiers électroniques contenant les noms des visiteurs, leur numéro d'identité nationale et l'ordinateur utilisé.

Les usagers de l'Internet en Jordanie représentent 28 pour 100 de la population (1,8 million d'usagers), dont la moitié sont des membres actifs de Facebook, indique l'ANHRI.

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