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Près de 80 stations audiovisuelles fermées depuis la fin de l'été

(RSF/IFEX) - 15 octobre 2010 - Reporters sans frontières dénonce la fermeture d'environ 80 stations audiovisuelles, en majorité des radios, ordonnée par la Haute Autorité de transition. Sous couvert d'une opération dite "d'assainissement du paysage audiovisuel", le gouvernement malgache fait le grand ménage et censure une multitude de petites stations privées, toutes créées depuis 2009.

L'organisation condamne une initiative qui, par son envergure, a de toute évidence valeur d'avertissement à l'intention des médias indépendants ou critiques du pouvoir actuel. Nous demandons le rétablissement, sans délai, des stations interdites.

Ces fermetures, survenues tout au long du mois de septembre et début octobre, font suite à une lettre de la Commission spéciale à la communication audiovisuelle (CSCA), l'organe de régulation des médias audiovisuels placé sous l'autorité du ministère de la Communication. Datée du 26 août 2010, la lettre est signée par le Premier ministre, également chargé du ministère des Télécommunications, des Postes, et des Nouvelles Technologies, ainsi que par le ministre de la Communication.

Selon Gilbert Tahitsy, directeur de la communication auprès du ministère de la Communication, cette mesure touche les stations créées depuis 2009, sous prétexte qu'elles n'auraient "pas respecté les procédures à suivre" pour s'enregistrer et auraient émis "sans licence d'exploitation". En outre, le directeur général de la communication, Guy Laurent Ramanankamonjy, affirme que l'attribution des fréquences doit répondre à des appels d'offres, obligation à laquelle les stations incriminées ne se seraient pas pliées.

Reporters sans frontières estime que ces arguments sont fallacieux. En effet, c'est Gilbert Tahitsy lui-même qui avait délivré les "avis favorables" à ces stations, lorsqu'il travaillait sous l'autorité de la précédente ministre de la Communication, Nathalie Rabe. Il est également peu probable que l'Omert, le bureau spécial chargé de l'attribution des fréquences, ait ignoré la nécessité de procéder à des appels d'offres.

Par ailleurs, le choix des stations suspendues ne semble pas anodin. Parmi elles, la radio Mahafaly Antsirabe appartient à la maire d'Antsirabe (au sud de la capitale), proche de l'ancien président de la République, Marc Ravalomanana. La radio Fototra, fermée le 30 septembre dernier, appartient au parti Vert, dont la présidente est une candidate déclarée à la prochaine élection présidentielle.

Ces suspensions généralisées, à but politique, s'apparentent à une censure à grande échelle.

L'interdiction illimitée de délivrer de nouvelles licences d'exploitation audiovisuelle, promulguée par le président de la Transition par le biais du Secrétaire général de la présidence dans une lettre du 23 juillet 2010 adressée au ministre de la Communication, restreint la liberté de la presse et limite dangereusement la liberté d'expression.

A fortiori à l'approche du référendum du 17 novembre prochain, nous condamnons ces mesures, ainsi que les procédures discutables qu'elles engendrent. Début octobre, des responsables ministériels, accompagnés de forces de l'ordre armées, ont tenté de faire irruption en pleine nuit au siège de la radio Fototra, à Ivato, afin de suspendre immédiatement son émission. Ne pouvant pénétrer à l'intérieur du local, ils sont revenus le lendemain matin. De telles mesures d'intimidation sont inacceptables.

En juillet 2010, dans un rapport d'enquête intitulé "Suspensions, saccages et désinformation : les médias au cœur de la crise", Reporters sans frontières présentait le paysage médiatique malgache et revenait sur les violations de la liberté de la presse pendant la crise qui frappe l'île depuis décembre 2008. L'organisation recommandait aux autorités de respecter la liberté de la presse, dans les médias tant publics que privés, et de soutenir le principe d'une régulation indépendante des médias en accordant son autonomie à la Commission spéciale à la communication audiovisuelle (CSCA).

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