RÉGIONS:

DES JOURNALISTES ET UN ENSEIGNANT SONT CONDAMNÉS À CAUSE D'UNE DISSERTATION À L'ÉCOLE

Cinq journalistes et un enseignant de dixième année ont été incarcérés au Mali pour avoir « offensé le chef de l'État » par un reportage sur une dissertation scolaire qui portait sur un scandale sexuel présidentiel imaginaire, selon ce que rapportent le Réseau des Organisations africaines de défense de la liberté d'expression (Network of African Freedom of Expression Organisations, NAFEO), une initiative des membres de l'IFEX, et d'autres groupes de défense de la libre expression.

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Seydina Oumar Diarra, journaliste au quotidien « Info-Matin », avait écrit « La Maîtresse du Président », un article dans lequel on présentait une entrevue avec le professeur qui avait donné le travail pour que les élèves approfondissent certaines questions de corruption morale. Le journaliste et le professeur, Bassirou Kassim Minta, sont détenus depuis le 14 juin et ont dû répondre à l'accusation d'avoir insulté le chef de l'État. Lors du procès, le 26 juin, Reporters sans frontières (RSF) rapporte que Diarra a été condamné à treize jours de prison, soit le nombre de jours qu'il a déjà passés en détention préalable. Minta s'est vu décerner deux mois de prison et une amende de 100 000 francs CFA (205 $ US), et il lui est maintenant interdit d'enseigner.

Pour leur part, les journalistes Sambi Touré, d'« Info-Matin », Ibrahima Fall du journal « Le Républicain », Alexis Kalambry de « Les Échos » et Haméye Cissé du journal « Le Scorpion » ont été arrêtés le 20 juin pour avoir publié ou republié l'article et pour avoir fait paraître des éditoriaux critiquant les arrestations. Ils ont été inculpés de « complicité pour offenser un chef d'État ». Selon RSF, Touré a reçu une peine de huit mois de prison avec sursis, tandis que les autres ont été condamnés à des peines de trois mois avec sursis.

Le 21 juin, une foule d'environ 200 journalistes a défilé devant le bureau du ministre de la Justice dans la capitale pour exiger la libération de leurs collègues, rapporte la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Les forces de sécurité ont dispersé violemment la manifestation de protestation et ont lancé des gaz lacrymogènes contre les journalistes, blessant sérieusement Ibrahim Famakan Coulibaly, président de l'Association des journalistes du Mali et de l'Union des journalistes d'Afrique de l'Ouest.

En signe de solidarité avec leurs collègues, d'autres journaux ont promis de publier l'article. Pour lire « La Maîtresse du Président », aller à :
http://www.rsf.org/IMG/pdf/Info-Matin_-_Article_SOD.pdf
D'après le NAFEO, le Mali a réalisé d'importants progrès depuis le renversement en 1991 du régime despotique de Moussa Traoré. « La liberté des médias au Mali constitue jusqu'ici un exemple de progrès en Afrique », dit le NAFEO, qui appelle le gouvernement à libérer les détenus et à abroger « la loi pénale, désuète et archaïque, d'"offense à chef d'État" ».

Au début du mois, lors de son congrès en Afrique du Sud, l'Association mondiale des journaux (AMJ) a invité les pays d'Afrique à abroger leurs lois sur les insultes.

Consulter les sites suivants :
- RSF, à propos des condamnations : http://tinyurl.com/2254ch
- CPJ : http://www.cpj.org/news/2007/africa/mali21jun07na.html
- FIJ : http://www.ifj.org/default.asp?Index=5045&Language=EN
- AMJ : http://www.wan-press.org/article14292.html
(26 juin 2007)

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