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La deuxième enquête sur le meurtre d'un journaliste est classée

En novembre dernier à Ciudad Juárez, le chroniqueur judiciaire mexicain Armando Rodríguez était tué devant sa fille tandis qu'ils se rendaient tous deux à l'école. En juillet, l'enquêteur fédéral qui dirigeait l'affaire Rodríguez a été abattu et, moins d'un mois plus tard, son successeur et remplaçant a subi le même sort, disent Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Peut-être ces meurtres sont-ils une coïncidence - la police doit encore déterminer s'ils sont reliés, mais ils sont emblématiques des problèmes auxquels se heurtent les journalistes dans la ville frontière de Ciudad Juárez, où des groupes du crime organisé menacent systématiquement les reporters qui écrivent des histoires qui pourraient mettre leurs opérations à nu, disent le CPJ, RSF et les groupes membres de l'IFEX au Mexique.

Le corps criblé de balles de Pablo Pasillas Fong a été découvert le 26 août à Ciudad Juárez, où il menait l'enquête sur le meurtre de Rodríguez.

Pasillas avait remplacé l'enquêteur Jose Ibarra Limón, tué le 27 juillet près de son domicile. Selon le CPJ, Ibarra travaillait, pour sa propre sûreté, dans une enceinte formée de murs épais d'environ 10 pieds de haut, protégée par des hommes armés de fusils d'assaut. En plus de l'affaire Rodríguez, Ibarra était responsable de plusieurs affaires délicates impliquant le crime organisé.

Personne ne s'est étonné lorsque, le 28 août, le chef du bureau chargé d'enquêter sur le meurtre de Rodríguez a remis sa démission et a quitté la ville « pour raisons de sécurité », indiquent les sources du CPJ.

À la suite du meurtre de Rodríguez, la plupart des journalistes de la ville ont dit écrire des histoires plutôt superficielles sur le crime organisé, dit le CPJ.

« Nous avons appris la leçon : pour survivre, nous publions le minimum », dit Alfredo Quijano, rédacteur en chef du grand journal « Norte de Ciudad Juárez ». Il est de notoriété publique que l'argent du cartel coule à flots dans les campagnes politiques locales, que la police est achetée ou dissuadée par la peur de procéder à quelque enquête, et que les cartels étendent leurs activités jusqu'aux enlèvements et à l'extorsion.

« Nous n'enquêtons pas. Et même là, la majeure partie de ce que nous savons reste dans le carnet de notes du reporter », ajoute Quijano. Et ceux qui osent publier « doivent quitter le pays rapidement ».

D'après RSF, la guerre entre cartels rivaux, qui infeste la ville frontière, s'avère meurtrière pour les médias. Des 50 journalistes qui ont été tués au Mexique depuis le début de l'an 2000, six travaillaient à Ciudad Juárez. Avec 30 meurtres par tranche de 100 000 habitants en 2008, la ville de Ciudad Juárez est considérée comme la ville la plus dangereuse du monde. Et huit journalistes sont portés disparus depuis 2000 au Mexique, ce qui lui confère la malheureuse distinction d'être le pays qui compte le plus de journalistes disparus dans le monde, ajoute RSF.

S'ajoute à la violence la presque totale impunité dans les affaires de meurtre. D'après les sources du CPJ, seul un petit pourcentage des affaires est résolu, même lorsque la victime est un officier de la police.

Devant la vague d'attentats contre la libre expression au Mexique, la Commission nationale des droits de la personne (CNDH) a déclaré récemment que chaque attentat contre les journalistes constituait une attaque directe contre la règle de droit. La Commission dirige un doigt accusateur directement vers les autorités : leur inaction entraîne l'impunité et encourage ceux qui ont recours à la violence pour protéger leurs intérêts, dit la CNDH, qui a soumis ses observations aux gouverneurs de tous les États du Mexique et au procureur général fédéral.

Tandis qu'un regroupement d'organisations de défense de la libre expression, composé notamment de quatre membres de l'IFEX, accueillait favorablement la recommandation de la CNDH, il n'en appelait pas moins à l'instauration de « mécanismes clairs » pour s'acquitter de ce travail, comme la mise sur pied d'un Comité fédéral pour la protection des journalistes. Le regroupement a en outre réitéré son appel pour faire relever les crimes commis contre la libre expression de l'autorité du gouvernement fédéral, et pour que le système judiciaire procède à des enquêtes et assure la transparence dans les affaires déjà en instance.

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