13 janvier 2004
Alerte
Les autorités nient devant la justice détenir le journaliste Khawar Mehdi Rizvi malgré les déclarations du président Musharraf
Détails de l'incident
Khawar Mehdi Rizvi
journalist(s)
detained
(RSF/IFEX) - Le directeur adjoint de la Federal Investigation Agency (FIA) a nié devant deux juges de la Haute Cour de Karachi détenir Khawar Mehdi Rizvi, collaborateur des deux reporters français de "L'Express", Marc Epstein et Jean-Paul Guilloteau. Récemment, le président Pervez Musharraf et le porte-parole du ministère des Affaires étrangères ont pourtant affirmé que le journaliste était détenu pour "enquête".
RSF est extrêmement choquée par la violation manifeste du droit dans le cas de Rizvi. D'un côté, les plus hautes autorités affirment que les services de sécurité détiennent le journaliste pour "enquête" et, de l'autre, la justice n'a pas accès au détenu ni à son dossier. Comme l'ont exprimé le 13 janvier 2004 deux juges de Karachi, il est indécent de voir le journaliste pakistanais détenu au secret tandis que ses collègues français sont libérés et autorisés à quitter le territoire. Par ailleurs, RSF redoute que Rizvi soit soumis à des mauvais traitements depuis son arrestation.
Le 13 janvier, le directeur adjoint de la FIA, Sarwar Khan, et le procureur adjoint du Pakistan ont nié devant deux juges de la Haute cour de la province du Sind (Sud), détenir Rizvi. Cette seconde audience fait suite au dépôt d'une demande d'habeas corpus de la part d'Abid Saqi, l'avocat de la famille de Rizvi, pour tenter de mettre fin à la détention au secret du journaliste. Les juges, qui ont déclaré être très mécontents de la réponse des autorités, ont demandé au gouvernement fédéral de venir répondre, le 20 janvier, de la situation de Rizvi et des motifs officiels de sa détention.
Le 12 janvier, à Islamabad, le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères a déclaré devant la presse à propos de Rizvi : "Ce n'est pas un pauvre gars. Nous avons retrouvé un faux reportage sur lui et l'enquête est toujours en cours".
Déjà, le 29 décembre 2003, le président Musharraf avait mis en cause personnellement les qualités professionnelles de Rizvi. Devant les représentants de la Société des journaux pakistanais (APNS), le chef de l'Etat avait déclaré : "Ce journaliste free-lance a causé un tort terrible à l'intérêt national en faisant ce faux film sur les taliban et cela pour seulement 2 000 dollars. S'il m'avait contacté, j'aurais pu lui donner 3 000 dollars pour ne pas faire ce film."
Rizvi, journaliste indépendant et collaborateur régulier de reporters étrangers, est soutenu par les quotidiens français "Le Monde" et "Libération", les chaînes de télévision françaises TF1 et France 2, et les journaux américains "The New York Times" et "Chicago Tribune".
De leur côté, Epstein et Guilloteau ont récupéré leur passeport et devaient quitter Karachi le 13 janvier. Epstein a déclaré à l'Agence France-Presse : "Je suis très inquiet pour Khawar parce qu'on est sans nouvelles de lui".
Les trois journalistes ont été arrêtés le 16 décembre à Karachi. Ils venaient de réaliser un reportage sur les groupes taliban à la frontière avec l'Afghanistan.