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Un journaliste est retrouvé mort après avoir fait état de liens entre des officiels pakistanais et des militants

Un éminent journaliste pakistanais, considéré comme un expert d'Al-Qaida et des talibans, a été retrouvé mort le 31 mai à environ 150 km de la capitale, Islamabad, où il avait été enlevé deux jours plus tôt, selon ce que rapportent la Fondation de la presse du Pakistan (Pakistan Press Foundation, PPF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Freedom House et d'autres groupes membres de l'IFEX.

Syed Saleem Shahzad, qui était âgé de 40 ans, était le correspondant en chef au Pakistan du site web en ligne « Asia Times » et correspondant pour l'Asie du Sud de l'agence de nouvelles italienne Adnkronos International (AKI). Le 29 mai, il se rendait participer à une émission d'entretiens à la Télévision Dunya pour discuter de son travail d'enquête, qui décrivait les liens entre Al-Qaida et des officiels de la marine du Pakistan. Mais Shahzad n'est jamais arrivé à la station de télévision. Deux jours plus tard, son cadavre a été retiré d'un canal. Il présentait des marques de torture.

Shahzad avait rapporté récemment dans un article du « Asia Times » publié le 27 mai que des membres d'Al-Qaida avaient commis le 22 mai un attentat contre une station navale et aérienne à Karachi, en représailles à l'arrestation de plusieurs officiers de la marine ayant des liens avec le groupe militant. C'était le premier d'une série en deux parties. Shahzad a été aussi l'auteur d'un ouvrage publié récemment, « Inside al-Qaeda and the Taliban: Beyond Bin Laden and 9/11 » (À l'intérieur d'Al-Qaida et des talibans : Au-delà de Ben Laden et du 11 septembre).

Shahzad avait confié à Human Rights Watch qu'il craignait d'être tué par l'Inter-Services Intelligence (ISI) du Pakistan, et avait rapporté avoir reçu des menaces de membres de l'ISI. On estime dans certains milieux que l'ISI pourrait être impliqué dans sa disparition, indiquent des membres de l'IFEX.

« Shahzad était un journaliste d'expérience qui couvrait des sujets extrêmement délicats; il est donc très vraisemblable que ses reportages aient dérangé certaines gens au sein du gouvernement ou des forces armées », dit Reporters sans frontières (RSF).

Dans une action conjointe parrainée par le CPJ, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et le Syndicat fédéral des journalistes du Pakistan (Pakistan Federal Union of Journalists, PFUJ), 34 groupes membres de l'IFEX prient instamment le Gouvernement du Pakistan et ses agences chargées de la sécurité et de l'application de la loi de protéger le personnel des médias et de poursuivre les assassins des journalistes au Pakistan.

Ces dernières années, des journalistes ont été assassinés au Waziristan du Nord, à Wana, à Quetta, au Punjab et dans la vallée de Swat, mais les autorités ne parviennent pas à tenir des enquêtes convenables; ce n'est que dans le cas, très médiatisé à l'échelle internationale, du journaliste américain Daniel Pearl que les coupables ont été identifiés et poursuivis. L'action conjointe appuie le PFUJ dans sa demande récente adressée au Ministre de l'Intérieur, Rehman Malik, d'ouvrir et de superviser une enquête exhaustive et de produire un rapport sur les meurtres de journalistes dans toutes les provinces du Pakistan.

« Les enquêtes précédentes sur les meurtres de journalistes n'ont pas été rendues publiques et il n'apparaît pas clairement que le sort de l'enquête sur la mort de Shahzad diffère de quelque manière », dit la PPF.

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