1 juin 2000
Alerte
RSF dénonce la torture d?un collaborateur d'un quotidien
Détails de l'incident
Fabian Salazar
journalist(s)
tortured
(RSF/IFEX) - Dans une lettre adressée au président du Conseil des ministres, Alberto Bustamante, RSF a exprimé "sa profonde indignation" après que Fabian Salazar, collaborateur du quotidien "La República", a été torturé et plusieurs de ses documents volés par des membres supposés du Servicio de Inteligencia Nacional (SIN - services de renseignements péruviens). Robert Ménard a dénoncé cet "acte odieux" qui "remet gravement en cause la liberté d'informer au Pérou". L'organisation a demandé à Bustamante "d'user de toute [son] influence afin qu'une enquête approfondie soit menée pour identifier et punir les responsables de cette agression."
Selon les informations recueillies par RSF, quatre membres présumés du SIN ont fait irruption, le 24 mai 2000, dans le bureau de Salazar vers 18h30 (heure locale) alors que ce dernier venait de recevoir des documents
"sensibles". D'après Salazar, les quatre hommes l'ont attaché à une chaise, lui ont bandé les yeux et l'ont bâillonné avant de le torturer. Les inconnus ont commencé à lui scier lentement le poignet gauche afin qu'il révèle le nom des personnes qui venaient de lui remettre plusieurs documents. Cinq cassettes vidéo, trois disquettes et plusieurs rapports écrits ont été volés par les agresseurs qui ont finalement pris la fuite, craignant que le gardien de l'immeuble n'ait donné l'alerte. D'après Salazar, certaines cassettes volées montraient des entretiens de Vladimiro Montesinos, le chef du SIN, avec Augusto Bresani, conseiller en communication à la présidence, et plusieurs responsables de chaînes de télévision.
En octobre 1999, Bresani avait été accusé par des journalistes du quotidien "El Chato" de payer certains titres de la presse populaire pour qu'ils mènent une campagne de dénigrement contre plusieurs journalistes d'investigation et des hommes politiques de l'opposition. Le 23 mars, RSF s'était inquiétée de la partialité dont faisaient preuve plusieurs chaînes de télévision dans la campagne électorale en faveur d'Alberto Fujimori et avait dénoncé les pressions exercées par le gouvernement sur ces stations (consulter l'alerte de l'IFEX du 23 mars 2000).
Dans un communiqué publié le 8 mars, Santiago Canton, rapporteur spécial pour la liberté d'expression de l'Organisation des États américains, avait mis en cause "le recours systématique aux services secrets et forces de sécurité comme instruments de harcèlement et de persécution contre les journalistes d'investigation et les hommes politiques de l'opposition." Il avait également dénoncé "le refus du pouvoir de reconnaître le problème existant". Et d'ajouter : "ces actions et omissions de la part de l'État péruvien constituent les piliers fondamentaux sur lesquels repose le schéma actuel de harcèlement et de persécution de la liberté d'expression".