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L'assassinat d'un troisième témoin dans l'affaire d'Ampatuan confirme que l'impunité sévit toujours

Les enquêteurs s’efforcent de recouvrer les corps des victimes dans les jours qui ont suivi le massacre d’Ampatuan. Esmail Amil Enog, qui avait conduit des hommes armés sur les lieux du massacre, a été tué la semaine dernière
Les enquêteurs s’efforcent de recouvrer les corps des victimes dans les jours qui ont suivi le massacre d’Ampatuan. Esmail Amil Enog, qui avait conduit des hommes armés sur les lieux du massacre, a été tué la semaine dernière

Erik de Castro/REUTERS

Un témoin clé du massacre d'Ampatuan aux Philippines a été tué. Cet assassinat ressemble à une tentative pour éliminer toute personne susceptible de témoigner devant un tribunal contre les personnes accusées d'avoir participé à l'assaut le plus meurtrier du monde contre des journalistes, selon ce que rapportent le Centre pour la liberté et la responsabilité des médias (Center for Media Freedom and Responsibility, CMFR), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ).

Le témoin, Esmail Amil Enog, a déclaré l'an dernier avoir transporté en voiture des hommes armés sur le lieu du massacre, où au moins 57 personnes, dont 31 journalistes, ont été tuées, rapportent les membres.

Procureure dans cette affaire, Nena Santos a déclaré que Enog a été trouvé deux mois après sa disparition, et semble avoir été mutilé et démembré avant d'avoir été tué, selon ce que rapporte le « New York Times ».

Selon l'Associated Press, Enog avait refusé la protection offerte par le programme gouvernemental de protection des témoins parce qu'il ne voulait pas être séparé de sa famille.

Le 23 novembre 2009, les 57 personnes ont été tuées lorsque leur convoi a été pris dans une embuscade tandis qu'il se rendait interviewer un candidat de l'opposition au poste de gouverneur provincial dans la province méridionale de Maguindanao.

Enog était chauffeur pour la famille Ampatuan, qui contrôle Maguindanao depuis 2001 grâce à sa propre armée privée. En juillet dernier, il a témoigné avoir emmené 36 miliciens d'Ampatuan de l'un des domiciles d'un membre du clan vers le site où les victimes ont été abattues.

« Il aurait pu identifier qui lui avait ordonné d'emmener les tireurs sur les lieux », dit le CMFR. « C'est une perte grave pour la poursuite. »

D'après les dépêches, Enog est le troisième témoin à être tué depuis l'ouverture du procès, en 2010. Plus de 20 témoins ont déposé contre 103 suspects qui avaient plaidé non coupable à des accusations de meurtre. Près de 100 autres courent toujours.

Aucun verdict n'a encore été rendu dans l'affaire du massacre.

Les témoins et leurs familles continuent de recevoir des menaces de mort; certains se font offrir des pots-de-vin pour ne pas témoigner, rapportent les membres. Le frère d'un autre témoin a aussi été assassiné, a indiqué Santos à des reporters.

Par ailleurs, le CPJ a recensé quatre autres journalistes qui ont été tués à cause de leur travail depuis le massacre d'Ampatuan, et sept autres dont on n'a pu déterminer clairement la cause de l'assassinat.

« Dans virtuellement tous ces cas, c'est à peine s'il y a eu une enquête superficielle sans résultat concluant, peu de cas allant au-delà d'arrestations sans lendemain de suspects sans envergure », dit le CPJ.

À l'échelon national, le Président Ninoy Aquino a promis, tant avant d'être élu qu'après, d'obtenir justice dans l'affaire d'Ampatuan. « Tandis que son mandat de six ans est déjà bien entamé, il ne ressemble pas à quelqu'un qui peut tenir ses promesses », dit le CPJ.

Sur la scène internationale, le bilan des Philippines au chapitre des droits de la personne fait actuellement l'objet d'un examen devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. D'après ARTICLE 19, la violence contre les journalistes et les activistes s'est « accrue de manière spectaculaire » depuis la première revue en 2008.

ARTICLE 19, en plus du CMFR, de l'Alliance de la presse de l'Asie du Sud Est (Southeast Asian Press Alliance) et d'autres groupes de défense des droits, a demandé aux États membres de faire connaître leur inquiétude au sujet de la violence contre les personnes qui exercent leur droit à la libre expression aux Philippines et de condamner la culture d'impunité.

Au moins 22 pays ont exprimé leur préoccupation devant la vague ininterrompue d'exécutions extrajudiciaires et de l'impunité, selon ce qu'indique le groupe Philippine UPR Watch. Plusieurs pays ont aussi appelé le gouvernement philippin à démanteler tous les groupes et milices paramilitaires comme les Ampatuans, entre autres recommandations des groupes.

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