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L'UE EST TÉMOIN D'UNE « CAMPAGNE DE HARCÈLEMENT » CONTRE LES DISSIDENTS

Lors d'un sommet UE-Russie dans le sud de la Russie, l'Union Européenne (UE) a vu en direct la semaine dernière la crise des droits de la personne du président Vladimir Poutine, tandis que des manifestants qui protestaient contre le Kremlin ont été empêchés d'assister à un rassemblement près du lieu du sommet. Les membres de l'IFEX couvraient depuis quelque temps la répression de la dissidence en Russie, en particulier autour des « Marches de la dissidence » organisées à travers le pays.

Selon le « Times » (de Londres), l'ancien champion des échecs Garry Kasparov figurait parmi les dirigeants d'opposition empêchés par la police de prendre l'avion pour se rendre à une Marche de la dissidence à Samara, près du lieu du sommet. Cette mesure était la dernière d'une vague que les groupes de défense des droits de la personne qualifient de « campagne de harcèlement » de Poutine contre les organisateurs de la marche, et elle a suscité les critiques de la chancelière d'Allemagne Angela Merkel, selon ce qu'indiquent les rapports de presse.

« Je m'inquiète pour certaines gens qui ont des problèmes pour se rendre ici. J'espère qu'ils auront l'occasion d'exprimer leur opinion », a déclaré Merkel lors d'une conférence de presse après le sommet.

Poutine a fait fi des protestataires qui prévoyaient se joindre à la Marche de la dissidence à Samara, les qualifiant de « groupes marginaux » et affirmé que d'autres pays de l'UE procédaient aussi à des « arrestations préventives ».

Selon certains rapports de presse, Kasparov figurait parmi 27 personnes, dont quelques journalistes étrangers, détenues par la police à l'aéroport Sheremetyevo de Moscou. Ils ont été retenus pendant cinq heures et se sont fait enlever leur passeport, qui ne leur a été remis qu'après le décollage du dernier avion pour Samara. Un responsable de la police à l'aéroport a déclaré que Kasparov et ses collègues n'avaient pu avoir de billets en raison d'une « erreur d'ordinateur ».

Kasparov est l'un des dirigeants de la coalition « L'Autre Russie », constituée d'adversaires du Kremlin et couvrant tout le spectre politique, qui disent que Poutine viole les libertés démocratiques et qu'il construit un État policier. La protestation de Samara était la dernière en date d'une série de « Marches de la dissidence » organisées par la coalition depuis le début de l'année à St-Pétersbourg, Nijni Novgorod et Moscou, qui visent à susciter l'appui à une candidature anti-Poutine aux élections présidentielles de l'an prochain. Dans chaque ville, les autorités locales avaient interdit, gravement limité ou réprimé violemment des protestations antérieures, mais la marche de Samara avait été autorisée afin d'éviter les critiques de l'UE au sommet.

En dépit du compromis apparent, les autorités ont harcelé les organisateurs de la marche, ainsi que militants, journalistes et observateurs à l'approche de la date de la manifestation de protestation, selon ce que rapportent Human Rights Watch, Reporters sans frontières (RSF) et le Centre pour le journalisme en situations extrêmes (Center for Journalism in Extreme Situations, CJES). Les groupes de défense des droits affirment que trois journalistes qui travaillaient pour le quotidien « Kommersant » et REN-TV ont été arrêtés le 10 mai tandis qu'ils interviewaient l'un des organisateurs de la marche à l'extérieur de son domicile, et qu'ils ont été interrogés pendant plus de deux heures au sujet des projets de protestation de L'Autre Russie.

Le lendemain, selon les membres de l'IFEX, la police a procédé à deux descentes dans les bureaux du journal « Novaïa Gazeta » à Samara et a saisi tous leurs ordinateurs, au motif qu'elle devait les inspecter parce qu'elle soupçonnait l'utilisation de logiciels piratés. Le CJES soutient que le journal a été contraint de cesser de paraître.

Human Rights Watch rapporte que la police a détenu brièvement le 14 mai deux représentants du Groupe Helsinki de Moscou au moment où ils arrivaient à la gare de Samara - des officiers ont déclaré qu'ils correspondaient au signalement de criminels recherchés. Deux des organisateurs de la marche ont été détenus le lendemain aux mêmes motifs.

Entre 200 et 300 manifestants ont fini par organiser la Marche de la dissidence à Samara, sous l'?il attentif d'un imposant détachement policier, disent les rapports de la presse locale. Par ailleurs, aucune entente n'a été ratifiée au sommet, lequel n'a pas su répondre à l'attente de meilleures relations entre l'UE et la Russie.

Par ailleurs, l'Union des journalistes de Russie (UJR) s'est fait signifier un avis d'éviction le 15 mai, deux jours à peine avant d'être priée de libérer les lieux de son bureau à Moscou, rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et le CJES. L'organisation vieille de 90 ans, qui compte plus de 100 000 membres, se prépare activement au 26e Congrès mondial des journalistes, organisé par la Fédération internationale des journalistes (FIJ) à Moscou du 28 mai au 1er juin. D'après le CPJ, les locaux occupés par l'UJR doivent être donnés à « Russie Aujourd'hui », une chaîne de télévision par satellite en langue anglaise, dirigée par l'État, qui a pour objectif de rehausser l'image de marque de la Russie à l'étranger.

L'UJR a rendu publique une déclaration accusant les autorités d'adopter des mesures pour supprimer le syndicat, à cause de sa « défense conséquente et sans compromis des intérêts de la communauté professionnelle et des droits et libertés constitutionnels des citoyens russes ».

Le quartier général du CJES se trouve dans le même immeuble qui abrite le siège de l'UJR.

Consulter les sites web suivants :
- Human Rights Watch : http://tinyurl.com/2cfabg
- RSF : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=22158
- CJES : http://www.cjes.ru/bulletin/?bulletin_id=2471&lang=eng
- L'Autre Russie : http://www.theotherrussia.org/
- « The Times », « Kasparov checked as EU and Russia clash at summit » : http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/europe/article1809576.ece
- CJES, à propos de l'éviction de l'UJR : http://www.ifex.org/en/content/view/full/83431/
- CPJ, propos de l'éviction de l'UJR : http://tinyurl.com/23d7re
- UJR : http://inter.ruj.ru/
- Congrès de la FIJ : http://tinyurl.com/yqtzss
(Photo : Reuters / Sergei Karpukhin)

(22 mai 2007)

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