1 mars 2007
La dégradation de la situation des médias entraîne la multiplication des menaces et une plus grande répression à l’endroit des journalistes sri-lankais
Le Réseau des alertes de l'IFEX a reçu et diffusé plus de 40 articles traitant de la situation des médias au Sri Lanka depuis le début de 2007, dont plusieurs rapportaient des cas d'attaques et de mise en danger de journalistes et de médias.
Le conflit sri-lankais ne cesse de s'envenimer depuis l'échec des négociations de paix de 2002. Plus la tension et la violence s'intensifient entre le gouvernement, les groupes paramilitaires et les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), plus les journalistes et les médias courent des risques en tentant de couvrir la situation politique et économique du pays. Les mesures de répression du gouvernement à l'endroit des médias et les actes violents perpétrés par les groupes armés témoignent de leur intolérance vis-à-vis des critiques des médias tamouls et singhalais.
Le Free Media Movement (FMM), une organisation d'appui aux médias basée à Colombo, mène de front une lutte pour la défense des droits des journalistes, dénonce la situation des droits de la personne, et réclame un changement dans ce pays en proie à une répression qui s'intensifie.
Sunanda Deshapriya, président du FMM, vit un stress intense et continu lorsqu'il tente de suivre et de décrire la situation de la liberté d'expression dans son pays. Au milieu d'attaques régulières contre la liberté de la presse, Deshapriya a été stigmatisé par le gouvernement et les forces nationalistes extrémistes et qualifié de « non patriotique ». En janvier 2007, Deshapriya, ainsi que d'autres journalistes, ont reçu des menaces de mort (voir en anglais:
http://ifex.org/en/content/view/full/80498 ). Depuis le début de 2007, de nombreux rapports font état d'enlèvements, d'attaques, de menaces et de harcèlement de journalistes. Les points de contrôle gardés par des hommes armés se multiplient et alimentent les craintes. Six travailleurs des médias ont été tués depuis 2005.
La famille et les amis proches de Deshapriya vivent dans l'anxiété et l'inquiétude. Ils réalisent pourtant que les risques que prend Sunanda Deshapriya font partie d'un effort collectif soutenu de défense des droits des citoyens, de la presse et de la liberté d'expression dans le pays. Pour faire avancer le travail si nécessaire qu'il a entrepris, Deshapriya mise sur plusieurs stratégies clés, notamment : « choisir de travailler entre associations de journalistes afin de s'appuyer les uns les autres, plutôt qu'oeuvrer individuellement; opter pour l'offensive plutôt que la défensive lorsqu'il s'agit de défendre des enjeux liés à la liberté d'expression; appliquer quotidiennement certaines mesures de sécurité; et adopter un état d'esprit qui permet de se libérer de la peur. » Il souligne également l'importance des organisations internationales de défense de la liberté de la presse, qui suivent d'un oeil vigilant les développements qui se produisent dans le pays.
Le 29 janvier 2007, sept membres de l'IFEX se trouvaient parmi les signataires d'une lettre d'action conjointe pressant les autorités d'aborder la question de la pénurie de papier journal et d'encre qui touche Jaffna. La route qui relie Colombo et Jaffna a été fermée depuis l'année dernière en raison de combats intenses dans la région, le papier et l'encre dans les ne sont pas disponibles. En conséquence, plusieurs journaux ont dû fermer leurs portes ou réduire radicalement la taille et la fréquence de leurs publications. En même temps, on a empêché les journalistes de couvrir la zone de conflit dans le Nord et l'Est du pays et ces derniers se sont aussi fait complètement refuser l'accès aux zones contrôlées par les LTTE.
Depuis 2006, deux missions de défense de la liberté de la presse se sont rendues dans le pays. Parmi celles-ci, il y avait une mission internationale impliquant des membres de l'IFEX et d'autres groupes, ainsi qu'une deuxième mission représentant diverses organisations de défense de la liberté d'expression basées en Asie du Sud. Deshapriya estime que ces missions sont d'une très grande importance pour la mise au point de stratégies multilatérales qui permettront de faire face à la situation. Ces missions envoient également au gouvernement le message qu'une coalition d'organisations agit de manière concertée. Suite à ces missions, les groupes participants ont réagi rapidement et de manière ciblée à des menaces, en aidant notamment à assurer la sécurité du personnel du FMM, lequel avait fait l'objet de menaces et s'était buté à des obstacles en tentant de poursuivre le travail du groupe. Une autre mission internationale est prévue au début de mai 2007.
Les tensions structurales et économiques augmentent, tout comme les menaces directes à l'endroit des journalistes et des travailleurs des médias. Des ministres du gouvernement ont menacé les journalistes publiquement, allant jusqu'à inciter la foule à les attaquer lors de rassemblements publics. Selon le FMM, l'application des nouvelles lois antiterroristes encourage l'autocensure, et il semble que nous assistions à une dangereuse poussée d'intolérance envers tout sentiment d'opposition à la guerre et de promotion de la paix au Sri Lanka. La tendance à supprimer par la force de tels sentiments connaît, elle aussi, un essor marqué.
Un groupe de journalistes sri-lankais ayant rendu visite au Secrétariat de l'IFEX au début de mars a reconnu le travail du FMM, déclarant: « Ils sont les seuls à dénoncer ouvertement la répression de la liberté de parole. »
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et Reporters sans frontières (RSF) suivent également la situation de la liberté d'expression au Sri Lanka. D'autres membres de l'IFEX sont encouragés à appuyer le FMM et les autres organisations d'appui aux médias du Sri Lanka dont les activités sont menacées. Selon le FMM, cet appui pourrait prendre la forme d'une implication proactive de membres de l'IFEX, qui suivraient la situation et plaideraient en faveur d'une plus grande sécurité, en plus de réclamer un appui juridique et financier. Des pressions accrues venant du monde entier doivent être exercées sur le gouvernement sri-lankais, notamment à travers les ambassades, le Conseil des droits de l'homme (CDH) à Genève, et en sensibilisant le public dans les pays respectifs des membres en décrivant la situation dans les médias locaux et internationaux.
Ci-dessous, on trouvera un résumé des principaux enjeux ou repères qui serviront à guider l'aide aux journalistes et aux organisations d'appui aux médias du Sri Lanka, selon le FMM :
• Les droits de la personne et la règle de droit ont connu une détérioration généralisée
• L'autocensure et la censure non officielle découlent de pressions exercées par les autorités et les groupes armés
• Des lois antiterroristes sont utilisées contre les journalistes et les critiques du système qui osent s'exprimer ouvertement
• Les médias et les journalistes tamouls subissent une suppression sans précédent de leurs droits, incluant leur droit à la vie
• Des campagnes haineuses sont lancées par des chefs du gouvernement et des forces nationalistes singhalaises extrémistes contre les journalistes et les médias qui tentent de couvrir tous les côtés du conflit
• Le gouvernement tente de promouvoir de force une « presse patriotique » au lieu des médias professionnels, déclarant ouvertement que les médias doivent choisir leur camp : le pays ou le terrorisme
• La marge de dissension se rétrécit, en raison de la cooptation par le gouvernement et la suppression des médias critiques
• Le droit à l'information n'existe pas
• Les médias publics sont contrôlés par les pouvoirs politiques
LIENS
Free Media Movement (FMM) :
http://www.freemediasrilanka.org/Article de l'IFEX sur le conflit au Sri Lanka :
http://ifex.org/en/content/view/full/80773/Groundviews : Le tout premier et l'unique site Web trilingue de journalisme sri-lankais, qui présente un vaste éventail d'articles sur différents enjeux humanitaires, la liberté des médias, les droits de la personne, la paix, la démocratie, la réforme constitutionnelle et la gouvernance. Voir à ce sujet :
http://www.groundviews.orgRapport spécial de Groundviews – La liberté des médias au Sri Lanka: « Enquêtez sur nous, ou mettez fin au harcèlement et aux accusations mensongères ! » a lancé Sunanda Deshapriya, porte-parole du Free Media Movement (FMM), à tous ceux qui incitent à la haine et à la violence face aux journalistes du Sri Lanka. Pour plus de détails, veuillez consulter ce site :
http://www.groundviews.org/2007/03/07/investigate-us-or-stop-the-harassment-and-false-allegations/Rapport de mission – « Press Freedom and Freedom of Expression in Sri Lanka:
Struggle for Survival » (La liberté de la presse et la liberté d'expression au Sri Lanka : La lutte pour la survie) : Le rapport final de la mission International Press Freedom and Freedom of Expression au Sri Lanka a été lancé le 7 mars 2007, à Colombo. La mission s'est rendue au Sri Lanka du 9 au 11 octobre 2006. Elle comptait parmi ses rangs cinq membres des principales organisations de défense de la liberté de la presse et des droits de la personne. Voir à ce sujet :
http://www.article19.org/pdfs/publications/sri-lanka-mission-rpt.pdfLa communauté journalistique internationale plaide en faveur de la libération d'un journaliste sri-lankais : Des organisations de journalistes et de défense de la liberté de la presse se sont associées à la FIJ pour exiger la libération de la journaliste sri-lankaise Munusamy Parameshawary (23 ans), qui est détenue sans accusation par le Terrorist Investigation Division (TID) depuis plus de 60 jours. Pour lire le communiqué de presse complet, Voir à ce sujet :
http://www.ifj.org/en/articles/international-journalist-community-lobbies-for-release-of-sri-lankan-journalist-Centre for Policy Alternatives (CPA) – Commentaire sur la Commission d'enquête : Basée à Colombo, au Sri Lanka, la CPA est une organisation indépendante et non partisane qui se concentre principalement sur divers enjeux liés à la gouvernance et à la résolution de conflits. L'organisation invite continuellement l'État et les autres acteurs à aborder la question de la détérioration des droits de la personne et de la situation humanitaire. La CPA, de concert avec plusieurs autres organisations de la société civile, a accueilli favorablement l'annonce faite le 4 septembre 2006 de la création d'une commission indépendante dont le mandat serait d'enquêter sur les enlèvements, disparitions et meurtres extrajudiciaires dans toutes les régions du Sri Lanka. Pour consulter le rapport et les recommandations, voir :
http://www.cpalanka.org/research_papers/CoI_and_IIGP_FINAL.pdf (BROKEN)