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UN COMÉDIEN EN PRISON POUR AVOIR IMITÉ LE PRÉSIDENT

Un comédien tunisien a été coincé dans un coup monté, accusé de possession de drogue et de fausse monnaie et condamné à passer un an derrière les barreaux. Il s'est attiré ce châtiment pour avoir imité le président de la Tunisie, dit le Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX (TMG-IFEX).

Le comédien Hedi Ouled Baballah a en effet été condamné le 4 février à un an de prison et à une amende de 1 000 dinars (800 $ US) pour « possession d'une substance narcotique classifiée ».

D'après les documents de cour, Ouled Baballah a été interpellé le 14 janvier à un poste de contrôle installé sur la route et emmené dans un poste de police. La voiture de location qu'il conduisait a été confisquée par la police, qui a par la suite découvert quelques grammes de cannabis dans le coffre à gants.

Pendant qu'il était en état d'arrestation, la police a également procédé à la fouille de son domicile où elle aurait trouvé des devises étrangères contrefaites, dont la possession est passible d'une peine maximale de 20 ans de prison. Il n'a pas encore comparu pour répondre à cette accusation, et le TMG de l'IFEX continuera de suivre la situation.

Ouled Baballah nie toute possession de drogue ou de fausse monnaie, et estime que les pièces incriminées ont été « plantées » par des policiers pour justifier son arrestation pour son vrai « crime » - avoir parodié le président Ben Ali. Un enregistrement privé de son imitation a beaucoup circulé au moyen du téléphone cellulaire.

« Cela ressemble à une autre affaire inventée de toutes pièces contre une personne qui a osé parler contre le président », dit le TMG de l'IFEX. « De toute évidence, le président Ben Ali n'a pas plus le sens de l'humour qu'il n'a le goût de la démocratie. »

Selon le membre tunisien de l'IFEX, l'Observatoire pour la Défense de la Liberté de la Presse, de l'Édition et de la Création (OLPEC), les prétentions de Baballah selon lesquelles il s'agit d'un coup monté de la police sont justifiées.

En Tunisie, les dissidents sont rarement mis en accusation pour leurs gestes politiques; ils sont plutôt accusés faussement de délits plus « ignominieux », dit l'OLPEC. Parmi les victimes récentes, on compte le juriste Mohamed Abbou, spécialiste des droits de la personne, incarcéré parce qu'il aurait agressé une collègue, et le journaliste Slim Boukhdhir, accusé d'avoir attenté aux bonnes moeurs.

C'est la deuxième fois que Ouled Baballah est persécuté pour avoir imité Ben Ali. Après avoir exécuté un numéro similaire l'an dernier, il avait été arrêté et tabassé par la police pendant les trois jours qu'il était resté écroué au centre de détention de Bouchoucha, en mars 2007.

Selon le TMG de IFEX, les chefs d'accusation devraient être invalidés et abandonnés parce qu'il existe des « doutes sérieux et crédibles concernant les preuves alléguées ». Le TMG presse les artistes de se porter à la défense du droit de Ouled Baballah à la libre expression et de satiriser les pouvoirs politiques.

Consulter les sites suivants :
- TMG de l'IFEX : http://www.ifex.org/fr/content/view/full/90773/
- Site web du TMG de l'IFEX : http://tinyurl.com/2pw74j
- OLPEC : http://www.ifex.org/fr/content/view/full/90657
- Kalima Tunisie : http://www.kalimatunisie.com/
(19 février 2008)

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