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En prévision des élections, les autorités accentuent leur campagne contre les critiques

Tandis que le gouvernement tunisien s'apprête à tenir des élections présidentielles en octobre, les autorités ont recours à des tactiques, anciennes comme nouvelles, dans sa campagne d'intimidation tous azimuts contre les journalistes et les défenseurs des droits, selon ce que disent les membres du Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX (TMG) et d'autres membres de l'IFEX.

La dernière vague de répression inclut des poursuites judiciaires, la surveillance policière, la rétention des passeports, les cambriolages politiques et une tentative pour s'emparer du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

Le TMG, coalition composée maintenant de 20 groupes membres de l'IFEX, vient de publier une action conjointe à la veille de l'anniversaire de la fondation de la Tunisie, devenue république le 25 juillet 1957.

Khadija Arfaoui, universitaire et blogueuse de 69 ans, est une victime récente de cette répression. L'Observatoire pour la Défense de la Liberté de la Presse, de l'Édition et de la Création (OLPEC) rapporte que Arfaoui a été condamnée in absentia le 4 juillet à huit mois de prison pour avoir « publié malicieusement de fausses nouvelles susceptibles de troubler l'ordre public ». Elle a publié sur sa page personnelle de Facebook des nouvelles sur des rumeurs, largement répandues en Tunisie, voulant que des enfants soient enlevés dans le but de procéder à des transplantations d'organes.

Condamnant la dure peine imposée à Arfaoui, l'ancien juge Mokhtar Yahyaoui a déclaré au TMG que « même les affaires judiciaires ordinaires sont traitées aujourd'hui d'une manière qui fait bien paraître les tribunaux tunisiens sous le régime colonial français ». La Tunisie a obtenu son indépendance de la France en 1956.

« Nous condamnons avec force les assauts continus et honteux contre la liberté d'expression et nous prions instamment le président Ben Ali de cesser immédiatement de recourir au système judiciaire pour régler ses comptes avec ses critiques », a déclaré le président du TMG, Rohan Jayasekera, de Index on Censorship.

Fahem Boukaddous, journaliste à la station de télévision par satellite « Al-Hiwar Ettounsi », basée en Italie, marque ce mois-ci un an de vie dans la clandestinité. Il a été condamné in absentia en décembre 2008 à six ans de prison après avoir rapporté des manifestations de protestation, dans la ville méridionale de Gafsa, contre le chômage, la corruption et le grenouillage.

Les familles des journalistes et des défenseurs des droits subissent aussi des menaces, disent les membres du TMG. Le 2 juillet, le magasin appartenant à Afaf Bennacer, l'épouse de Boukaddous, a été dévalisé. Son avocate, Radhia Nasraoui, dont le bureau à Tunis a été mis sac à plusieurs reprises, a déclaré que la police politique était à l'origine du cambriolage. De plus, le 30 juin, le bureau de trois avocats des droits de la personne ont été mis à sac par des individus que l'on croit appartenir à la police politique.

Les médias favorables au gouvernement prennent aussi part à la campagne en vue de museler les voix discordantes. Le 14 juillet, des quotidiens tunisiens ont publié une déclaration attribuée à des journalistes favorables au gouvernement dans laquelle on annonçait l'éviction du conseil exécutif, démocratiquement élu, du SNJT. Le TMG ajoute qu'en mai, des journalistes ont rapporté avoir été forcés, sous peine de perdre leur emploi, de signer une pétition exprimant leur absence de confiance dans la direction actuelle du syndicat. Le président élu du SNJT, Neji Bghouri, subit des pressions parce qu'il a couvert la détérioration de la situation de la liberté de la presse dans le pays, et parce qu'il a déclaré publiquement que le SNJT ne devait s'aligner sur aucun candidat à la présidence.

Des journaux et des sites web favorables au gouvernement continuent aussi à calomnier les journalistes critiques, les travailleurs des ONG et les partisans de l'opposition - ainsi que leurs familles - en les qualifiant de « pervers sexuels », de « prostituées », et de « traîtres à la solde de gouvernements étrangers ». Plus tôt ce mois-ci, la secrétaire générale de l'OLPEC, Sihem Bensedrine, la journaliste et vice-présidente de l'OLPEC Neziha Rejiba, ainsi que les avocats Radhia Nasraoui, Mohamed Abbou et Abderraouf Ayadi, ont émis une déclaration publique accusant le ministère de l'Intérieur d'être à l'origine des mensonges qui se propagent contre eux.

Par ailleurs, indique le TMG, certains journalistes critiques et les membres de leurs familles continuent d'attendre des mois et, dans le cas du journaliste Slim Boukhdhir, des années avant de recevoir un passeport ou de faire renouveler celui qu'ils ont déjà. La distribution des journaux d'opposition « Al Mawkif », « Mouatinoun » et « Attarik El Jedid », continue d'être perturbée. D'après l'OLPEC, les bureaux de Radio Kalima demeurent scellés et ses reporters, dont Mouldi Zwabi, continuent de subir le harcèlement des agents de sécurité qui les suivent, écoutent leurs interviews et soumettent leurs amis à des interrogatoires fréquents sur leurs relations avec eux.

Aussi ce mois-ci, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a-t-il fait parvenir au président Ben Ali une lettre dans laquelle il condamne les agressions contre les journalistes et les critiques du gouvernement. « Il est inconcevable que des élections libres et équitables puissent se dérouler dans un environnement dans lequel les médias indépendants sont harcelés et réduits au silence », peut-on lire.

Depuis sa formation en 2005, les membres du TMG ont dépêché cinq missions en Tunisie pour documenter les violations des droits. Le Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR) et l'Institut du Caire pour les études sur les droits de la personne (Cairo Institute for Human Rights Studies, CIHRS) se sont joints au TMG le mois dernier.
Consulter le site web du TMG

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