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L'IFEX-TMG exige la fin des agressions et de l'intimidation des journalistes avant les élections du mois d'octobre

(TMG/IFEX) - Le 22 juillet 2009 - Le Groupe d'observation de la Tunisie (TMG), une coalition regroupant 20 organisations membres de l'Échange international de la liberté d'expression (IFEX), s'inquiète vivement du fait que les appels répétés aux autorités tunisiennes pour mettre un terme au cycle de répression des défenseurs des droits de la personne et des journalistes restent lettre morte à trois mois des élections présidentielles et parlementaires du mois d'octobre en Tunisie. Les membres du TMG ont conduit plusieurs missions d'enquête en Tunisie et ont surveillé de près les conditions d'exercice de la liberté d'expression en Tunisie depuis 2005.

Une des dernières victimes de ce cycle de répression est l'universitaire et bloggeuse Khadija Arfaoui. Le 4 juillet, un tribunal de Tunis l'a condamnée par contumace à 8 mois de prison pour avoir "malicieusement publié de fausses nouvelles propres à troubler l'ordre public". Le cas trouve son origine dans un message portant sur le kidnapping d'enfants en Tunisie que Mme Arfaoui, âgée de 69 ans, avait mis en ligne sur sa page personnelle de Facebook.

Mme Arfaoui, qui est également membre du comité directeur de l'Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement - l'une des dernières associations indépendantes dans le pays - n'a pas encore été emprisonnée. Ses avocats ont indiqué qu'ils allaient faire appel de ce lourd verdict, qui se fonde sur l'article 49 du Code de la presse. L'ancien juge Mokhtar Yahyaoui a déclaré la chose suivante à un représentant du TMG:"Cette décision de la Justice est choquante. Elle a été rendue à l'issue d'une parodie de Justice. Elle vise avant tout à intimider les Tunisiens, dont le droit à un procès équitable n'a jamais été autant bafoué".

Mokhtar Yahyaoui a lui-même perdu son emploi. Il est devenu l'un des défenseurs des droits de la personne les plus harcelés de Tunisie après qu'il a adressé une lettre au Président Ben Ali en 2001 lui demandant de faire usage de ses prérogatives pour protéger l'indépendance déclinante de la Justice en Tunisie. "Les cas ordinaires sont traités aujourd'hui de telle manière que même les tribunaux tunisiens de la période coloniale française réussissent à faire bonne figure" a-t-il déclaré.

La Tunisie a obtenu son indépendance de la France en 1956. Elle est devenue une République le 25 juillet 1957. La Constitution tunisienne, adoptée en juin 1959, garantit les droits fondamentaux, y compris les libertés d'expression, d'association et de la presse.

De nombreuses visites sur le terrain en Tunisie depuis 2005 ont permis aux membres du TMG de démontrer que ces trois libertés fondamentales ne cessent de reculer dans ce pays.

Les journalistes continuent d'être harcelés et condamnés à la prison ou de se voir nier le droit à un passeport pour accomplir leur travail. Slim Boukhdhir attend depuis des années un passeport, tandis que d'autres journalistes critiques, comme Sihem Bensedrine, Rachid Khechana et Mohamed Hamrouni, attendent depuis des mois qu'on renouvelle le leur.

En janvier 2009, des policiers en civil ont encerclé les bureaux de la station de radio par satellite Kalima, y ont effectué une descente et détenu un de ses journalistes. La rédactrice en chef de Kalima, Sihem Bensedrine, doit actuellement répondre à des chefs d'accusation qui pourraient lui valoir cinq ans de prison. L'immeuble qui abrite les bureaux de Kalima, ainsi que ceux de l'Observatoire pour la Défense de la Liberté de la Presse, de l'Édition et de la Création (OLPEC), qui est membre de l'IFEX, et du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), reste scellé, et les journalistes de Kalima subissent toujours le harcèlement incessant. Voir l'action conjointe du TMG sur Kalima à: http://www.ifex.org/tunisia/2009/01/29/ifex_tmg_members_urgently_call/fr/

Les journaux d'opposition "Al Mawkif ", "Mouatinoun" et "Attarik El Jedid" sont carrément en état de siège et leur distribution est souvent perturbée.

Le reporter Fahem Boukaddous vit dans la clandestinité depuis juillet 2008, soit depuis qu'il risque des représailles pour avoir couvert dans le sud du pays des manifestations de protestation contre le chômage, la corruption et le grenouillage pour le compte de la station de télévision par satellite "Al-Hiwar Ettounsi", basée en Italie. Il a été condamné par contumace en décembre 2008 à six ans de prison pour "appartenance à une association criminelle" et diffusion de sujets "susceptibles de troubler l'ordre public". En février, une cour d'appel de Gafsa a maintenu la condamnation, en dépit du fait qu'il couvrait les manifestations et qu'il n'avait pas participé à leur organisation. De lourdes peines de prison ont aussi été infligées à un grand nombre de militants syndicaux qui ont participé à des manifestations non violentes.

Les membres du TMG se disent préoccupés par les agressions contre les défenseurs des droits de la personne, les journalistes et leurs familles. Le 2 juillet dernier, des inconnus sont entrés par effraction dans une petite épicerie de Gafsa appartenant à Afaf Bennacer, l'épouse de Boukaddous. Bennacer et son avocate, Radhia Nasraoui, dont le bureau à Tunis a été mis à sac plus d'une fois ces dernières années, également par des inconnus, ont déclaré que la police politique était responsable de ce cambriolage.

Le dernier cambriolage de ce genre est survenu le 30 juin. Personne n'a été surpris que les bureaux visés à Tunis étaient ceux de trois éminents juristes défenseurs des droits de la personne qui participent à la défense de Boukaddous. Ayachi Hammami a déclaré à un représentant du TMG que lui et ses collègues Mohamed Abbou et Abderraouf Ayadi n'avaient aucun doute que la police politique était à l'origine de cette récente entrée par effraction et du vol auquel elle a donné lieu. Des juristes ont aussi été agressés par la police. En 2007, le bureau de Hammami a été incendié.

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) est gravement menacé depuis quelques mois. Le 14 juillet, des quotidiens tunisiens ont publié une déclaration attribuée à des journalistes favorables au gouvernement qui annonçaient l'éviction du conseil d'administration du SNJT, élu démocratiquement, et la formation d'un "comité chargé de préparer un congrès extraordinaire". Le lendemain, la Fédération internationale des journalistes a insisté sur la nécessité d'un processus "strictement conforme aux statuts constitutifs" et qui "permettra à tous les membres du syndicat tunisien d'exprimer librement leurs vues et de participer au congrès".

La crise actuelle, qui paralyse le SNJT, a éclaté le 4 mai lorsque son président, Neji Bghouri, a été interrompu pendant une conférence de presse par des journalistes favorables au gouvernement et empêché, dans un concert d'insultes et de gestes d'intimidation, de présenter les conclusions d'un rapport sur le déclin de la liberté de la presse dans le pays. Au début de l'année, Bghouri a été attaqué pour avoir déclaré publiquement que le SNJT ne devait appuyer aucun candidat à l'élection présidentielle d'octobre.

Les membres du TMG ont envoyé le 13 mai une lettre au président Ben Ali pour protester contre les pressions exercées sur des centaines de journalistes pour qu'ils signent une pétition d'origine gouvernementale appelant au remplacement de la direction du SNJT, et pour faire remarquer que son gouvernement avait eu recours à des tactiques similaires en 2005 pour dissoudre le conseil exécutif de l'Association des magistrats tunisiens (AMT), et qu'il avait essayé, en vain, de faire subir le même sort à la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme (LTDH). http://www.ifex.org/tunisia/2009/05/13/ifex_tmg_calls_on_president_to/fr/

"Nous condamnons avec force les assauts continus et honteux contre la liberté d'expression et nous prions instamment le président Ben Ali de cesser immédiatement de recourir au système judiciaire pour régler ses comptes avec ses critiques", a déclaré le président du TMG, Rohan Jayasekera, de Index on Censorship. "Ne pas le faire ne refléterait de sa part que sa détermination à continuer à recourir à la répression et à l'intimidation comme méthodes de gouvernement, et à nier aux Tunisiens le droit à la liberté de parole, et donc le droit à des élections libres et équitables."

Le cycle de la répression continue à s'intensifier, en même temps que les campagnes de discréditation dirigées contre les défenseurs des droits de la personne, les personnalités d'opposition, les journalistes critiques et leurs proches, qui sont souvent décrits par les journaux et sites web à la solde du gouvernement, ou dans des vidéocassettes ou des DVD trafiqués, comme des "pervers sexuels ", des "prostituées" et des "traîtres à la solde de gouvernements ou de groupes étrangers". Un grand nombre de ceux qui sont constamment visés, dont les journalistes Sihem Bensedrine et Neziha Rejiba, et les juristes Radhia Nasraoui, Mohamed Abbou et Abderraouf Ayadi, ont émis une déclaration publique au début de ce mois pour accuser le ministère de l'Intérieur d'être à l'origine de ces campagnes de diffamation. Ils ont déclaré qu'ils n'hésiteraient pas à se prévaloir du droit international pour entamer contre les personnes responsables de ces campagnes de discréditation des poursuites judiciaires dans les pays où l'indépendance de la magistrature est garantie.

Une des campagnes de diffamation les plus répugnantes a été lancée récemment contre Abbou et sa femme. Elle a suscité des protestations et soulevé l'indignation de ses collègues et des défenseurs des droits de la personne. "Ces insultes méprisables et ces tentatives pour ternir la réputation des gens reflètent l'insondable dégradation morale de leurs auteurs", a déclaré la section de Tunis du Barreau tunisien. Abbou a porté plainte en juillet contre le quotidien "Al Hadath" pour diffamation et contre l'Agence tunisienne de communication extérieure, gérée par l'État, pour avoir appuyé la diffamation au moyen de publicités gouvernementales dans des journaux comme "Al Hadath " et des sites web qui se spécialisent dans les insultes dirigées contre les critiques du gouvernement. Les membres du TMG affirment que les attaques contre les femmes militantes et les femmes journalistes font honte à un gouvernement qui se prétend à l'avant-garde de la promotion des droits des femmes dans la région.

Les membres du TMG:

Réseau d'information arabe des droits de l'Homme (ANHRI), Égypte
ARTICLE 19, Royaume-Uni
Bahrain Center for Human Rights (BCHR), Bahrëin
Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS), Égypte
Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (CJFE), Canada
Cartoonists Rights Network International (CRNI), États-Unis
Organisation égyptienne pour les droits de l'Homme (EOHR), Égypte
Index on Censorship, Royaume-Uni
Fédération internationale des journalistes (FIJ), Belgique
Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA), Pays-Bas
Institut international de la presse (IIP), Autriche
Union internationale des éditeurs (UIE), Suisse
Journaliste en danger (JED), République démocratique du Congo
Fondation Maharat, Liban
Media Institute of Southern Africa (MISA), Namibie
Centre PEN norvégien, Norvège
Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC), Canada
Association mondiale des journaux et des Éditeurs de Médias d'Information (WAN-IFRA), France
World Press Freedom Committee (WPFC), États-Unis
Comité des écrivains en prison de PEN International (WiPC), Royaume-Uni

Le groupe d'observation de la Tunisie de l'IFEX

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