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Les membres de l'IFEX interviennent dans le scandale du piratage des lignes téléphoniques

Page couverture de la dernière édition du « News of the World ». Le tabloïd du Royaume-Uni a dû cesser de paraître le 10 juillet en raison du scandale des écoutes téléphoniques
Page couverture de la dernière édition du « News of the World ». Le tabloïd du Royaume-Uni a dû cesser de paraître le 10 juillet en raison du scandale des écoutes téléphoniques
La semaine dernière, le Premier ministre du Royaume-Uni David Cameron a annoncé non pas une mais deux enquêtes sur le scandale des écoutes téléphoniques illégales. Tandis que Index on Censorship, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et l'Institut international de la presse (IIP), qui sont membres de l'IFEX, saluaient la tenue de ces enquêtes, ces organisations préviennent que les retombées du scandale soulèvent des questions plus vastes sur l'éthique des médias, la réglementation de la presse et les relations entre politiciens et journalistes.

Le 10 juillet, le tabloïd britannique « News of the World », propriété de Rupert Murdoch, a cessé de paraître après qu'il eut été découvert qu'il piratait illégalement les boîtes vocales de personnalités connues afin d'en tirer des reportages exclusifs. Les dépêches estiment qu'environ 4 000 téléphones portables pourraient avoir été piratés, notamment ceux de victimes de crime et de terrorisme, ainsi que ceux des familles des soldats tués en Irak et en Afghanistan.

Cameron a annoncé la tenue de deux enquêtes : la première se penchera sur la réglementation et l'éthique de la presse, l'autre fouillera dans les écoutes téléphoniques illégales une fois que sera terminée l'enquête policière. Cette seconde enquête doit être confiée à un juge et examinera la relation entre la presse et les politiciens.

Voilà une bonne chose, dit Index on Censorship. D'après les commentateurs des médias, aucun politicien ayant quelque perspective sur le pouvoir n'a osé s'attaquer à l'empire Murdoch. « Une forme de corruption beaucoup plus subtile est à l'œuvre depuis des décennies », dit le directeur général de Index, John Kampfner.

« Nous accueillons favorablement ces enquêtes, qui devraient mettre à nu le réseau de pratiques illégales qui se caractérisent par la corruption et la violation de la vie privée des gens », dit le président de la FIJ, Jim Boumelha. « La vague grandissante de l'indignation publique devant ces révélations est compréhensible, et la confiance dans le journalisme ne peut survivre si ces comportements ne sont pas éradiqués pour de bon. »

Selon la FIJ, l'ampleur du scandale constitue une « condamnation terrible des cadres supérieurs du journal, qui sont les instigateurs d'une culture des médias fondée sur la cupidité, au mépris total de l'éthique professionnelle ». La National Union of Journalists (NUJ), affiliée à la FIJ, dénonce la décision de fermer le « News of the World », et accuse les administrateurs d'« opportunisme cynique » pour avoir congédié les employés afin d'éviter d'assumer la responsabilité de leurs décisions.

Selon l'IIP, non seulement les journaux et leurs employés subissent des contrecoups lorsque des journalistes sont accusés d'avoir falsifié des reportages ou des sources, mais la lutte pour la liberté de la presse en souffre aussi. « Trop souvent, les gouvernements et autres, qui s'efforcent de supprimer les médias, invoquent la mauvaise qualité du journalisme et la nécessité de protéger le public comme raisons de limiter les droits des médias », dit l'IIP.

Toutefois, prévient Kampfner, si vous « imposez d'autres entraves au journalisme d'enquête… les seuls qui vont en profiter sont ceux qui ont le pouvoir et qui ont quelque chose à cacher ». Il a ajouté, « Revenez aux armes illusoires de destruction massive de Tony Blair, ou aux procédés malhonnêtes des banquiers et demandez-vous : est-ce que nous, en tant que société, en savons trop, ou pas assez, sur ce qui se passe ? »

L'écoute téléphonique n'est qu'une pratique dans un éventail de méthodes répréhensibles utilisées par les journalistes d'enquête pour débusquer des méfaits. Ce qu'il faut, dit Index, c'est de la reddition de comptes et une définition appropriée de ce qu'est le journalisme pratiqué dans l'intérêt public.

Citant Bob Steele, spécialiste en éthique des médias, Rohan Jayasekera du groupe Index on Censorship suggère que les entreprises de presse doivent appliquer un test en six points afin de décider si « le devoir éthique [du journaliste] de révéler des vérités importantes » justifie d'enfreindre la loi. Parmi ces six points on trouve : quand l'information est d'un intérêt public vital, quand toutes les autres solutions de rechange envisagées pour obtenir l'information ont été examinées et abandonnées, et quand les journalistes mêlés à l'histoire sont disposés à dévoiler leurs méthodes et les raisons de leurs actions.

Alors que l'autorégulation est considérée comme l'un des meilleurs moyens d'assurer l'indépendance, un examen minutieux et l'application de normes pour les médias, l'autorégulateur des médias britanniques, la Commission des plaintes concernant la presse (Press Complaints Commission. PCC), subit un tir nourri parce qu'elle s'est avérée « extrêmement déficiente » dans sa réaction au scandale.

Le rapport de la FIJ, intitulé « Case for Reform is Unanswerable » conclut que la PCC n'a ni le pouvoir, ni la capacité ni le mandat de procéder à des enquêtes appropriées et qu'elle ne jouit pas d'une indépendance suffisante vis-à-vis de l'industrie des médias.

Parler d'un organisme qui succéderait à la PCC, qui départagerait les intérêts divergents et définirait ce qui est dans l'intérêt public n'est pas non plus la solution, dit Index. Les tribunaux ont souvent à faire la distinction entre ce qui est dans l'intérêt public et ce qui ne fait qu'intéresser le public, et « devraient de façon exclusive continuer à le faire… au cas par cas », dit Jayasekera.

Ce qu'il faut, c'est une préoccupation renouvelée pour les normes, la transparence et la reddition de comptes, dit Index. « La tâche à laquelle l'enquête est confrontée, c'est de contribuer à favoriser l'émergence d'un nouveau journalisme qui agirait comme un défi intrépide et minutieux vis-à-vis de l'autorité, un journalisme qui fait des erreurs, qui dépasse la mesure, qui irrite et qui offense, mais qui est pleinement responsable de ses actes », dit Kampfner.

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