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JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE 2007 : L'ACCENT EST MIS SUR LA VIOLENCE CONTRE LES JOURNALISTES

En 1986, quelques jours à peine avant Noël, le journaliste Guillermo Cano Isaza était assassiné par deux assaillants armés devant la sortie de l'immeuble abritant les locaux de son journal à Bogotá. Son crime? Il utilisait le journal pour mettre ses concitoyens en garde contre les violences des mafias trafiquantes de drogue dans le pays. Certains des avocats en charge de l'enquête ont été soudoyés, menacés, voire assassinés. Les assassins de Cano, eux, courent toujours.

Cette semaine, plus de 400 journalistes et participants de partout dans le monde convergent vers Medellín, en Colombie, la ville de Cano, pour lui rendre hommage, à lui et à d'autres comme lui qui ont donné leur vie pour nous apporter la nouvelle tandis que leurs assassins s'en tirent en toute impunité. L'occasion, c'est la Journée mondiale de la liberté de la presse, de l'UNESCO, tenue le 3 mai de chaque année, dont le thème cette année est la liberté de la presse et une des plus grandes menaces qui la guettent, soit la violence contre les journalistes.

Vingt et un ans après le meurtre de Cano, être journaliste n'a jamais été plus dangereux. D'après le groupe Reporters sans frontières (RSF), membre de l'IFEX, l'année 2006 a été la plus sanglante à ce jour, avec plus de 150 meurtres et décès inexpliqués de journalistes et d'artisans des médias. L'Irak est encore une fois le point chaud le plus dangereux, avec près de la moitié de tous les journalistes tués l'an dernier, la plupart des journalistes locaux. Mais le plus alarmant, c'est le nombre des journalistes tués dans les zones sans conflit ou, comme le dit le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le fait que près de neuf assassins sur dix des artisans des médias s'en tirent en toute impunité. Ces questions - ainsi que ce qu'on peut faire pour améliorer la sûreté des journalistes - seront débattues à la conférence de deux jours qui se déroulera les 3 et 4 mai à Medellín. Cette conférence bénéficie du soutien des Nations Unies.

La conférence arrive à un moment fort opportun. Il y a deux jours à peine, le 29 avril, un jeune reporter de la scène judiciaire du quotidien tamoul « Uthayan », Selvarajah Rajivarman, a été abattu tandis qu'il circulait à bicyclette près du siège de son journal à Jaffna, au Sri Lanka. Le Free Media Movement (FMM) fait remarquer que six travailleurs des médias, dont des journalistes, ont été tués à Jaffna au cours de la dernière année, et qu'aucun des coupables n'a été traduit en justice.

Ailleurs en Asie, RSF rapporte que le corps du journaliste Pov Sam Ath, rédacteur en chef du « Samleng Khmer Krom », a été trouvé dans une malle le 26 avril dans la vallée de Pich Nil, dans le sud du Cambodge. Puis, RSF attire l'attention internationale sur un attentat suicide qui visait le ministre de l'Intérieur du Pakistan et qui a fait 28 morts le 28 avril, dont le photographe pigiste Mehboob Khan. Quatre autres journalistes ont été blessés par l'explosion.

À la lumière du thème de cette année, le dixième Prix mondial UNESCO/Guillermo Cano de la Liberté de la presse, décerné chaque année à une personne ou à une organisation qui fait preuve de courage dans la défense de la libre expression selon l'exemple de Cano, honore la journaliste russe assassinée Anna Politkovskaïa. « Son courage et sa détermination étaient tellement remarquables », dit Kavi Chongkittavorn, président du jury du prix de la liberté de la presse, « que, pour la première fois, le prix sera décerné à titre posthume. »

Journaliste d'enquête au journal indépendant « Novaïa Gazeta » de Moscou, Politkovskaïa a souvent provoqué la colère des autorités à cause de ses reportages sur les violations des droits de la personne par l'armée russe en Tchétchénie. Elle a été assassinée à l'extérieur de son domicile de Moscou en octobre 2006. C'était le treizième meurtre commandité d'un journaliste en Russie depuis 2000, indique le CPJ. Aucun des auteurs de ces crimes n'a été traduit en justice.

La Journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée chaque année depuis 1993. Les Nations Unies ont alors salué cet événement comme un jour servant à se rappeler le rôle vital des médias dans la promotion d'une paix durable, de la démocratie et du développement. Au moment de célébrer ce 3 mai, le directeur-général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, nous rappelle qu'il faut « comprendre l'étroite relation entre la sécurité des journalistes et la réalisation de nos propres libertés. Notre aptitude à agir en citoyens du monde informés dépend de médias capables de travailler librement et en sécurité. »

- Page web de l'IFEX sur la Journée mondiale de la liberté de la presse : http://www.ifex.org/en/content/view/full/242/
- UNESCO : http://tinyurl.com/2x3rd7
- FMM, sur Selvarajah Rajivarman : http://tinyurl.com/37mkox
- RSF, sur Mehboob Khan : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=21938
- RSF, sur Pov Sam Ath : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=21921
(1 mai 2007)

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