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Un journaliste est libéré; un autre est tué dans un raid

Le journaliste Sayed Perwiz Kambakhsh, emprisonné pour avoir téléchargé un article sur les droits des femmes, a été gracié en secret par le président Hamid Karzaï
Le journaliste Sayed Perwiz Kambakhsh, emprisonné pour avoir téléchargé un article sur les droits des femmes, a été gracié en secret par le président Hamid Karzaï

AP/Musadeq Sadeq via CPJ

De bonnes et de mauvaises nouvelles sont venues d'Afghanistan au cours de la dernière semaine. Après avoir été condamné à 20 ans de prison, le journaliste Sayed Perwiz Kambakhsh a été gracié en secret par le président Hamid Karzaï il y a quelques semaines, selon ce que rapportent la Fédération internationale des journalistes (FIJ), Reporters sans frontières (RSF) et l'Institut international de la presse (IIP).

Les journalistes ont aussi rendu hommage à un journaliste et interprète afghan qui a perdu la vie pendant une opération militaire organisée pour le libérer, lui et un journaliste du « New York Times », qui avaient été enlevés par les talibans le 9 septembre à Kunduz, rapportent les trois groupes membres de l'IFEX.

Kambakhsh, qui a été arrêté après avoir téléchargé un article critique de la position de l'islam sur les droits des femmes, a quitté le pays par crainte des représailles. Selon la FIJ, sa « libération de prison constitue une rare victoire pour les journalistes, les travailleurs des médias et les défenseurs de la liberté de la presse, qui demeurent entravés par le pouvoir des religieux qui passent outre aux droits garantis par la constitution afghane de liberté d'expression et de liberté de presse ».

Kambakhsh était détenu depuis octobre 2007 dans la ville septentrionale de Mazar-i-Sharif, accusé de « blasphème et distribution de textes diffamatoires de l'islam ». Au moment de son arrestation il était journaliste au quotidien « Janan-e-Naw » et étudiant en journalisme.

RSF avait remis à un conseiller du président à Kaboul une pétition de plusieurs milliers de noms pour obtenir la libération de Kambakhsh. La FIJ avait milité très fort avec des groupes afghans locaux pour le faire libérer. Un grand nombre de gouvernements étrangers étaient intervenus en son nom auprès des autorités afghanes, et le journal « The Independent » de Londres avait rassemblé une pétition de plus de 100 000 signatures pour demander sa remise en liberté, indique RSF.

Le Conseil des mollahs et certains officiels locaux avaient exercé des pressions auprès d'un tribunal de Mazar-i-Sharif pour que Kambakhsh soit d'abord condamné mort à l'issue d'un procès sommaire en janvier 2008, dit RSF. Les forces de sécurité l'ont torturé pour lui extorquer des aveux. La sentence a été commuée en 20 ans de prison en octobre 2008.

D'après les dépêches, l'affaire était considérée comme un fardeau politique pour Karzaï. « Maintenant, son rôle dans la réparation de ce qui est généralement perçu comme un déni de justice sera loué en Occident, par les groupes de défense des droits de la personne et l'opinion progressiste en Afghanistan. Mais il devra faire face à l'opposition des conservateurs religieux, ce qui pourrait s'avérer désastreux sur le plan électoral s'il devait y avoir un deuxième tour de scrutin », rappelle « The Independent ».

Par ailleurs, Stephen Farell, reporter au « New York Times », retenu captif depuis plusieurs jours par des militants dans le nord de l'Afghanistan, a été libéré dans un raid mené par un commando militaire, mais sa libération a été éclipsée par la mort de Sultan Munadi, son interprète afghan.

« Munadi représentait le meilleur de l'Afghanistan », a déclaré à RSF David Rohde, autre reporter du « New York Times », qui a lui-même été enlevé près de Kaboul en novembre dernier. « C'était un honneur de travailler avec lui. Un journaliste, un collègue et un être extraordinaires ».

Farell et Munadi ont été enlevés à la pointe du fusil par des inconnus le 5 septembre tandis qu'ils couvraient un raid de l'OTAN contre deux camions citernes remplis de pétrole qui avaient été détournés par des talibans, dit l'IIP.

Selon l'IIP, Munadi courait pendant le raid en criant « Journaliste » lorsqu'il a été abattu. On ne sait pas avec certitude s'il a été atteint par des tirs alliés ou talibans. Farell a plongé dans un fossé et a crié « otage britannique ! ». Les troupes britanniques lui ont alors dit de s'approcher.

Le « New York Times » avait demandé de ne pas rapporter cette histoire afin d'éviter de mettre en danger la vie des journalistes et toute tentative de sauvetage, demande qui a été en grande partie respectée par les organisations de nouvelles à travers le monde, rapporte l'IIP.

La FIJ et RSF appellent la direction de l'OTAN en Afghanistan et les autorités britanniques à enquêter sur les circonstances qui ont mené à la mort de Sultan, et à consulter les groupes locaux de journalistes pour savoir quels sont leurs besoins en matière de sécurité. « Dans une affaire d'enlèvement, on doit envisager toutes les options, mais la tragédie qui s'est produite ce matin dans le nord de l'Afghanistan soulève de nombreuses questions », a déclaré RSF.

« La mort de Sultan braque les projecteurs sur la question de la sécurité du personnel local embauché par les entreprises de presses étrangères en Afghanistan », dit la FIJ. « Nous devons nous assurer que, comme tous les reporters, ceux-ci reçoivent une formation appropriée pour pouvoir travailler dans des conditions dangereuses. »

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