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L'Observatoire panafricain des médias est profondément vicié, disent les défenseurs de la liberté des médias

Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine, en compagnie de Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire
Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine, en compagnie de Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire

European Commission

Avant la clôture, le 15 juillet, du processus de consultation sur une proposition controversée de la Commission de l'Union africaine (CUA) et de la Commission européenne (EC) de créer un Observatoire panafricain des médias, les organisations de défense de la liberté des médias se sont mobilisées afin de se faire entendre sur cette question.

Une composante de la « feuille de route conjointe » proposée cette année par la CUA et la CE consiste à créer un Observatoire panafricain des médias « composé de personnalités éminentes », basé à Addis Abeba, en Éthiopie, qui aurait un statut juridique pour se faire le médiateur dans les litiges qui surgissent avec les médias.

En réponse, trente-deux groupes membres et partenaires de l'IFEX qui travaillent à défendre la libre expression en Afrique ont conjugué leurs forces pour offrir un mémoire commun, présenté par le groupe Media Rights Agenda, dont le siège est au Nigeria.

Alors qu'ils saluent l'intention derrière l'Observatoire - faire avancer le développement de la presse libre à travers le continent - les signataires de la déclaration conjointe font valoir que l'initiative, telle qu'elle est conçue, « créerait en fin de compte davantage de problèmes pour les médias ».

La proposition souligne que les menaces aux médias à travers le continent découlent du fait que « le pouvoir réel est détenu maintenant par un petit groupe de sociétés et d'entreprises économiques d'envergure mondiale ». Cette représentation de la réalité que vivent les journalistes est viciée, font valoir les défenseurs de la liberté des médias.

« Seule une petite minorité des médias africains est sous l'emprise de grandes sociétés économiques... la vraie question, pour la vaste majorité des médias africains maintenant, c'est comment surmonter l'influence impérieuse et omniprésente de l'État, qui cherche invariablement à contrôler les médias à des fins de propagande, habituellement pour empêcher tout examen public véritable et pour réaliser ses visées d'auto-perpétuation au pouvoir », peut-on lire dans le document.

Dans un tel contexte, les signataires s'inquiètent également de la possibilité que les mêmes gouvernements, qui portent la responsabilité de limiter la liberté des médias au des lois et de violentes mesures de répression, pourraient se voir habilités par la CUA à faire respecter des normes professionnelles dans les médias.

« Le projet s'éloigne du principe bien établi que des médias libres indépendants et pluralistes doivent idéalement être libres de toute ingérence et de tout contrôle gouvernemental, parce qu'il vise à soumettre les entreprises de presse africaines et les professionnels des médias au contrôle et à l'ingérence du gouvernement », disent les trente-deux groupes signataires.

Il y a d'autres sujets d'inquiétude : l'omission des réalisations passées au chapitre de la libre expression, comme la Déclaration de principes sur la liberté d'expression en Afrique, adoptée en 2002 par la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples. De même, la proposition ne reconnaît pas l'important travail accompli par des organisations qui oeuvrent déjà au développement des médias en Afrique.

Plutôt que d'instaurer l'Observatoire tel qu'il est proposé, les signataires en appellent à la CE et à la CUA pour qu'elles créent une plate-forme qui renforcerait la mise en oeuvre et l'application des chartes, principes et mécanismes déjà en place pour soutenir la libre expression à travers le continent. Ils demandent en outre qu'on apporte un appui aux groupes déjà à l'oeuvre sur place.

De plus, les organisations de défense des droits des médias demandent à la CE et à la CUA de renforcer le poste de Rapporteur spécial sur la liberté d'expression et d'accès à l'information en Afrique.

D'autres organisations et réseaux de défense de la liberté de la presse et de développement des médias ont ajouté leur voix au processus de consultation.

Dans un mémoire distinct soumis à la consultation, le Forum mondial pour le développement des médias (FMDM) et le Forum africain pour le développement des médias (FADM), s'inquiètent de la stratégie qui consiste à créer une structure panafricaine sans d'abord renforcer ou créer des conseils des médias nationaux indépendants. « Comment une structure panafricaine qui se concentre sur la médiation des litiges garantit-elle le droit de savoir si, dans de nombreux pays d'Afrique, il n'existe pas de législation ou d'application juridique efficace de la liberté d'accès à l'information ? », demande le mémoire rédigé en collaboration.

La Fédération des journalistes d'Afrique (FJA) (Federation of African Journalists, FAJ), la Fédération internationale des journalistes (FIJ), le Forum des éditeurs d'Afrique du Sud (South African National Editors' Forum, SANEF), le Syndicat national des journalistes somaliens (National Union of Somali Journalists, NUSOJ), ARTICLE 19, ainsi que le Conseil de presse et l'Ombudsman d'Afrique du Sud ont également présenté des mémoires lors du processus de consultation.

Trente-deux membres et partenaires de l'IFEX expriment leurs soucis devant le Projet UA-UE d'Observatoire panafricain des médias
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