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Autorités algériennes saisissent deux quotidiens

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, 76 ans, n'a pas été vu en public depuis qu'il a subi une mini-course en avril et été emmené à la France
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, 76 ans, n'a pas été vu en public depuis qu'il a subi une mini-course en avril et été emmené à la France

REUTERS/Louafi Larbi

Reporters sans frontières condamne la saisie par les autorités, le 18 mai 2013, de deux quotidiens, Monjournal et Jaridati, pour avoir voulu publier des informations indiquant une “détérioration” de l'état de santé du président Abdelaziz Bouteflika. Le lendemain, le parquet général près la cour d'Alger a publié un communiqué indiquant son intention d'ouvrir une information judiciaire pour “atteinte à la sécurité de l'Etat, à l'unité nationale, à la stabilité et au bon fonctionnement des institutions” contre Hicham Aboud, directeur de publication de ces deux journaux. Le journaliste est accusé de “propos tendancieux tenus sur certaines chaînes d'information étrangères, dont France 24 (...) sur l'état de santé du Président de la République".

"La décision des autorités algériennes est à la fois incompréhensible et injustifiée. Même si la diffusion d'informations alarmantes sur l'état de santé d'un chef d'Etat en exercice peut susciter un certain émoi, considérer qu'il s'agit d'une atteinte à la sécurité de l'Etat est hautement discutable. Il n'existe aucune raison suffisante, à nos yeux, pour que ce sujet soit tabou. Au contraire, il est dans l'intérêt de la population d'être informée de la santé de son président et des conséquences politiques que pourrait entraîner une vacance du pouvoir”, a déclaré Reporters sans frontières.

Contacté par Reporters sans frontières, Hicham Aboud raconte : “Samedi soir (ndlr : le 18 mai), vers 18h30, alors que les fichiers PDF du numéro qui devait être en kiosques dimanche avaient été envoyés à l'imprimerie nationale, j'ai reçu un appel du ministère de la Communication me demandant de retirer les pages 2 et 3, ainsi que la Une. Je leur ai répondu que ce n'était pas possible pour des raisons tout simplement techniques, mais également éthiques. Je me refuse à toute forme de censure et d'autocensure”.

Les autorités ont donc refusé que l'imprimerie nationale imprime l'édition du 19 mai. “Quelqu'un de l'imprimerie est d'ailleurs venu au journal pour qu'on signe un document reconnaissant que c'est le journal qui a refusé d'être imprimé”, a ajouté le directeur de publication. “La publication du communiqué par le parquet est la deuxième bavure. Jusqu'à présent je n'ai reçu aucun convocation, ni de la police, ni d'un juge. “La Présidence ne communique pas avec la presse, orchestrant une sorte d'embargo médiatique”, a-t-il conclu.

Hicham Aboud a également mentionné que le site des journaux est inaccessible depuis le 19 mai, et que les numéros du 20 et 21 mai ont été transmis, par l'imprimerie nationale, au ministère de la Communication et aux services de la Présidence pour validation. “Contrôle strict”, qui ne s'applique d'après lui pas aux autres journaux.

Dans une interview à Algérie Focus, Hicham Aboud a déclaré : “Si ces informations étaient non fondées, le mieux pour les autorités aurait été de publier un communiqué du médecin personnel du président pour démentir ces informations ou, mieux encore, de diffuser des images de M.Bouteflika”.

De manière générale, cette affaire jette une lumière crue sur l'existence de certaines pratiques monopolistiques dans le domaine de la presse écrite en Algérie, régulièrement dénoncées par Reporters sans frontières, malgré l'ouverture du secteur depuis les années 90. Pratiques qui constituent autant d'armes aux mains du pouvoir pour contrôler directement ou indirectement les journaux. En plus d'être tributaires du bon vouloir de l'Agence nationale de l'Edition et de la Publicité pour bénéficier des recettes de la publicité publique, les journaux sont pour la plupart tributaires des imprimeries (Société d'impression d'Alger) et des réseaux de diffusion contrôlés par l'Etat (lire). Si le refus de publication de Monjournal et Jaridati (lancés le 7 juin 2012) est un précédent, cette situation représente une épée de Damoclès pesant sur les journaux et les professionnels de l'information algériens.

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