RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Le gouvernement bat en brèche son devoir international de préserver la libre expression à la veille des élections; agissez en faveur d'un rédacteur emprisonné

Un policier en civil détient un militant de l’opposition qui exige la liberté de parole à Bakou, en Azerbaïdjan
Un policier en civil détient un militant de l’opposition qui exige la liberté de parole à Bakou, en Azerbaïdjan

Reuters via Human Rights Watch

Le rédacteur azerbaïdjanais Eynulla Fatullaïev croupit en prison depuis avril 2007 sur la foi d'accusations bidon - en dépit d'un jugement de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) cette année qui exigeait sa remise en liberté, selon ce que rapporte l'Institut pour la liberté et la sûreté des reporters (Institute for Reporters' Freedom and Safety, IRFS). Cette affaire met en lumière l'échec du gouvernement azerbaïdjanais, incapable de se conformer à ses engagements internationaux en matière de libre expression - et risque de saper la légitimité des élections du 7 novembre, disent les membres de l'IFEX, dont six groupes sont revenus récemment d'une mission d'étude conjointe sur la situation de la libre expression dans le pays.

Fatullaïev purge une peine de huit ans et demi de prison après avoir écrit un article dans lequel il affirmait que l'Azerbaïdjan pourrait soutenir une attaque américaine contre l'Iran voisin. Il a été trouvé coupable d'avoir proféré une menace terroriste, d'incitation à un conflit ethnique et d'évasion fiscale. En juillet il a également été condamné à 30 mois de prison sur des charges distinctes de possession de drogue qu'il soutient être dénuées de fondement.

La CEDH a statué en avril dernier que l'incarcération de Fatullaïev constituait une violation de ses droits à la libre expression et à un procès équitable. Le gouvernement a interjeté appel du jugement, mais le 4 octobre, la Grande Chambre de la Cour européenne a confirmé le jugement du 22 avril.

« En tant qu'État membre du Conseil de l'Europe et partie à la Cour européenne des droits de l'homme, l'Azerbaïdjan a l'obligation de se conformer » aux jugements de la CEDH, indique une lettre adressée au Président Ilham Aliïev et signée par 11 organisations internationales de défense de la libre expression, dont un grand nombre sont membres de l'IFEX. « Nous demandons à votre gouvernement de se conformer entièrement au jugement de la CEDH, y compris en libérant immédiatement et sans condition monsieur Fatullaïev. »

À ce jour, Fatullaïev est toujours en prison. Dans un texte qu'il a écrit pour commémorer la Journée de solidarité avec les prisonniers politiques (30 octobre) et pour expliquer sa récente grève de la faim de six jours, il déclare : « je veux être un homme libre et je veux voir tous les Azerbaïdjanais être libres. J'ai épuisé tous les moyens à ma disposition pour me battre à partir de la prison; bien que cela semble paradoxal, j'ai entrepris ma grève de la faim parce que j'aime la vie, parce que je veux survivre, et comme moyen de protestation contre un comportement criminel, je n'avais pas d'autre moyen de combattre que de commencer une grève de la faim. »

La Cour suprême d'Azerbaïdjan étudiera à sa session du 11 novembre la décision de la CEDH.

Les membres de l'IFEX dénoncent avec persistance l'Azerbaïdjan à cause du traitement très sévère qu'il réserve aux médias indépendants. D'après les membres qui sont allés en mission récemment, la situation épouvantable de la liberté d'expression dans le pays s'explique par un certain nombre de « tendances troublantes », notamment par la pratique qui consiste à emprisonner les journalistes et les blogueurs qui émettent des opinions critiques; par la violence contre les journalistes et l'impunité qui protège ceux qui commettent ces gestes; et par l'existence persistante des lois sur la diffamation criminelle. De plus, les cas comme celui de Fatullaïev ont un profond effet démoralisateur chez les journalistes qui préfèrent ne rien écrire sur certaines affaires par crainte d'un sort similaire.

Un rédacteur qui a parlé à la mission d'étude a rapporté qu'il avait cessé de compter le nombre de fois qu'il avait été menacé ou attaqué. Un autre journaliste a dit que « la vie de chaque citoyen ou journaliste qui veut être libre est constamment menacée ». Dans les régions à l'extérieur de la capitale, la situation des journalistes est encore pire. Ils sont constamment confrontés à la violence et aux menaces, et la plupart des incidents ne sont pas rapportés.

« Il existe une poignée de médias indépendants qui tentent de survivre dans un climat de peur et d'intimidation généralisées; leurs finances sont extrêmement mauvaises et ils ont un auditoire insignifiant. Il faut, de toute urgence, des réformes draconiennes », déclare Rodrigo Bonilla, de l'Association mondiale des journaux et des éditeurs de nouvelles (AMJ-IFRA), qui coordonnait la mission.

La mission conjointe sur la liberté d'expression a été menée du 7 au 9 septembre par des membres du Groupe international de partenariat pour l'Azerbaïdjan (International Partnership Group for Azerbaijan). Les organisations participantes comprenaient : ARTICLE 19, Freedom House, Index on Censorship, la Fédération internationale des journalistes, Reporters sans frontières, et AMJ-IFRA, qui sont membres de l'IFEX; ainsi que le Media Diversity Institute, les Fondations de l'Open Society et le groupe Press Now.

Ces constatations reflètent les violations documentées dans le rapport de 94 pages de Human Rights Watch, « Beaten, Blacklisted, and Behind Bars: The Vanishing Space for Freedom of Expression in Azerbaijan » (Tabassés, sur la liste noire et derrière les barreaux : L'espace évanescent de la liberté d'expression en Azerbaïdjan). Human Rights Watch a interviewé plus de 37 journalistes de la presse écrite et de la radio et des rédacteurs en juin et a obtenu la preuve que des dizaines de journalistes ont été poursuivis pour diffamation civile et pénale et autres délits criminels. La police a commis des agressions physiques contre des journalistes, s'ingérant de manière délibérée dans leurs efforts d'enquête sur des sujets d'intérêt public.

« Un débat public vigoureux est vital si on veut des élections libres et équitables », dit l'auteur du rapport, Giorgi Gogia. « Mais vous ne pouvez avoir de scrutin libre et équitable lorsque les gens qui rapportent la nouvelle sont en prison ou sont harcelés pour les forcer à garder le silence. »

L'IRFS surveille les médias pendant la période électorale, avec le soutien de l'OSCE.

L'IRFS vous demande en outre de signer une lettre de soutien à Fatullaïev avant que la Cour suprême n'examine la décision de la CEDH le 11 novembre.

Une lettre type et des contacts sont offerts ici
ADDITIONAL INFORMATION
Alertes liées au même sujet sur ifex.org
  • Lettre commune pour la libération d'Eynulla Fatullayev

    Dans une lettre conjointe de neuf organisations défendant la liberté d'expression, RSF exprime sa vive inquiétude concernant le maintien en détention de l'ancien rédacteur en chef de "Realny Azerbaïdjan" et "Gundalik Azerbaïdjan".



Dernier Tweet :

الكويت: محكمة التمييز تقرر أخلاء سبيل مدافع حقوق الإنسان سليمان بن جاسم وعشرات السجناء @GulfCentre4HRhttps://t.co/0itGKzb8L8