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Eynulla Fatullaïev enfin libre

IRFS

L'emprisonnement du journaliste azerbaïdjanais Eynulla Fatullaïev a pris figure de symbole de la bataille qui se déroule dans le pays en faveur de la libre expression. Après quatre ans de prison pour des motifs politiques, Fatullaïev a été remis en liberté le 26 mars à la suite d'une grâce présidentielle. Il a subi des années de menaces, d'attaques et de poursuites en représailles à ses écrits, même avant son incarcération de 2007. Après des années de campagne intensive en faveur de sa remise en liberté, l'Institute for Reporters Freedom and Safety (IRFS) et d'autres groupes membres de l'IFEX se réjouissent à la nouvelle de sa libération. Cette libération s'inscrit dans l'amnistie générale touchant les prisonniers politiques, qui marque le 28 mai, Jour de la République.

S'adressant à l'IRFS, Fatullaïev a remercié la communauté internationale pour son appui. « Je suis immensément reconnaissant de l'appui inlassable que j'ai reçu pendant mon séjour en prison, a-t-il dit. J'aimerais remercier en particulier le Groupe international de partenariat pour l'Azerbaïdjan, Amnistie Internationale et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) qui ont assumé la direction de la campagne internationale. Merci également à mes camarades azerbaïdjanais. » S'adressant ensuite à Reporters sans frontières (RSF), il a ajouté que « les pressions internationales ont eu un puissant impact ».

De nombreuses organisations se sont battues très fort pour obtenir sa remise en liberté, « surtout celles qui sont sur le terrain, en Azerbaïdjan », a dit l'Institut international de la presse (IIP). Lors d'une visite à Bakou en février 2011, l'IIP a fait pression en faveur de sa libération dans les discussions qu'il a eues avec l'administration présidentielle azerbaïdjanaise. La grâce accordée à Fatullaïev est arrivée après une visite en Azerbaïdjan, début mai, de la Représentante de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté des médias, Dunja Mijatovic, qui a rencontré Fatullaïev en prison. (Néanmoins, la culpabilité du journaliste n'a pas été invalidée.)

Lauréat en 2009 du prix du CPJ pour la liberté de la presse, Fatullaïev s'est adressé au CPJ à propos de son séjour en prison depuis son domicile de Bakou, au lendemain de sa remise en liberté. Il a été envoyé dans plusieurs prisons et il a dit avoir été placé en isolement cellulaire à de multiples reprises; il a été transféré dans une prison militaire où on lui a refusé tout contact avec le monde extérieur, il a vécu avec les rats et il a vu sa santé se détériorer. Il a affirmé que ses avocats lui ont parlé de la campagne internationale mise en oeuvre pour le faire libérer : « Vous ne pouvez imaginer ce que l'on ressent d'avoir ce genre d'appui lorsque vous êtes en isolement. Vous ne pouvez imaginer à quel point cela compte. »

Fatullaïev dit qu'il retournera avec joie à son travail de journaliste si les autorités peuvent assurer qu'il pourra publier de manière indépendante. « Le journalisme, c'est ma vocation », a-t-il dit au CPJ.

Fatullaïev purgeait depuis avril 2007 une peine de huit ans et demi d'emprisonnement pour des chefs d'accusation non fondés de diffamation criminelle, de menace de terrorisme, d'incitation à la haine ethnique et d'évasion fiscale. Il a été incarcéré pour avoir publié un article dans lequel il accusait des officiels de haut rang d'être les cerveaux à l'origine du meurtre, en 2005, du journaliste azéri Elmar Huseïnov, ainsi que d'autres critiques acerbes des politiques gouvernementales.

Mais, même après que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) eut réclamé en avril 2010 sa remise en liberté immédiate et le versement d'une compensation financière par le gouvernement azerbaïdjanais, Fatullaïev a continué à être maintenu en détention. Ainsi en 2010, les autorités l'ont gardé en détention en portant de nouvelles accusations de possession de drogue, ajoutant encore deux ans et demi à sa peine. Les accusations reliées à la drogue sont considérées en grande partie comme fabriquées de toutes pièces pour le maintenir derrière les barreaux afin de contrer toute décision de la CEDH.

Fatullaïev a été le fondateur et rédacteur en chef de deux journaux populaires dans le pays, « Gundelik Azerbaijan » (« Le Quotidien d'Azerbaïdjan ») et « Realny Azerbaijan » (« L'Azerbaïdjan réel »). Les chefs d'accusation civils et criminels ont été portés contre Fatullaïev pour un article de 2005 sur le massacre de 1992 à Khojali, survenu lors de la guerre entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie à propos du territoire contesté du Nagornyï-Karabakh, selon ce que rapporte Human Rights Watch. En 2006, Fatullaïev a été contraint de suspendre brièvement la publication des deux journaux après que son père eut été enlevé et retenu en otage; les ravisseurs avaient menacé de le tuer. Les deux journaux de Fatullaïev ont été fermés par les autorités en mai 2007. En 2004, Fatullaïev a été gravement tabassé pour avoir écrit un article critique à l'égard du gouvernement.

En dépit de la récente amnistie, « l'Azerbaïdjan demeure un endroit dangereux pour exprimer des opinions critiques du gouvernement, et il y règne un climat d'intimidation généralisé », écrit Rebecca Vincent du groupe Index on Censorship. L'IRFS, RSF et Human Rights Watch invitent les autorités azéries à libérer deux militants des médias sociaux détenus, Jabbar Savalanli et Bakhtiyar Hajiyev. Ces deux activistes ont utilisé Facebook pour critiquer les autorités et appeler à des manifestations de protestation; ils ont été reconnus coupables récemment de possession de drogue et de refus de faire leur service militaire, au terme de poursuites pour motifs politiques.

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