RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

En tant que ville hôtesse du Concours de la chanson Eurovision 2012, Bakou doit permettre à toutes les voix de se faire entendre

En mai dernier, l’Azerbaïdjan a obtenu le mandat d’organiser le Concours de la chanson Eurovision de cette année, grâce à la chanson gagnante « Running Scared » de Ell et Nikki (au centre)
En mai dernier, l’Azerbaïdjan a obtenu le mandat d’organiser le Concours de la chanson Eurovision de cette année, grâce à la chanson gagnante « Running Scared » de Ell et Nikki (au centre)

Wolfgang Rattay/REUTERS

Le 26 mai, l'Azerbaïdjan accueillera l'un des événements non sportifs les plus suivis dans le monde, le Concours de la chanson Eurovision. Ce concours populaire - qui a donné naissance au groupe ABBA - oppose des artistes de 56 pays d'Europe et des alentours qui tentent de faire connaître le prochain gros succès devant environ 100 million de téléspectateurs.

Mais les membres de l'IFEX, ainsi que d'autres groupes de défense des droits et des activistes locaux utilisent l'événement pour attirer l'attention sur l'histoire derrière les voix qu'Eurovision fera converger vers Bakou, la capitale : les voix critiques qui ne sont pas tolérées chez elles. Ils veulent que vous sachiez qu'en Azerbaïdjan, les protestations sont interdites, et que le fait de chanter, d'écrire ou de prendre la parole peut vous mener directement en prison. Et que pour faire de la place pour l'immeuble qui accueillera l'événement, des dizaines de familles ont été évacuées.

Le rédacteur en chef du journal « Khural », Avaz Zeynalli, est un journaliste qui sait de première main jusqu'où l'Azerbaïdjan est prêt à aller pour camoufler l'histoire. Selon le Groupe de partenariat international pour l'Azerbaïdjan (International Partnership Group for Azerbaijan, IPGA), une coalition de 20 groupes internationaux qui travaillent à promouvoir et à protéger la liberté d'expression en Azerbaïdjan, Zeynalli est en détention préventive en attente de procès pour répondre à des accusations bidon d'extorsion et de corruption, accusations basées uniquement sur l'affirmation non corroborée d'un parlementaire. Il est passible de 12 ans de prison en cas de culpabilité.

Et puis il y a Bakhtiyar Hajiyev, blogueur et militant citoyen condamné à deux ans de prison sur des accusations d'avoir échappé au service militaire après avoir participé à l'organisation en mars 2011 d'une manifestation en faveur de la démocratie. Au moins 15 autres militants politiques se sont vu décerner de lourdes peines de prison pour avoir organisé des manifestations de protestation inspirées du Printemps arabe de l'an dernier, dit l'IPGA, qui comprend un certain nombre de groupes membres de l'IFEX.

Encore la semaine dernière, des milliers de manifestants qui demandaient la démission d'un gouverneur local ont affronté la police antiémeute dans la ville de Quba, située dans le nord-est du pays, selon ce que rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Au moins deux journalistes ont été blessés et cinq autres ont subi les effets des gaz lacrymogènes pendant qu'ils assuraient la couverture des affrontements.

Le partenariat international fait également remarquer que ce mois-ci marque le septième anniversaire du meurtre de l'éminent journaliste Elmar Huseynov, et pas une seule personne n'a encore été mise en accusation pour ce crime.

Le groupe membre de l'IFEX en Azerbaïdjan, l'Institut pour la liberté et la sûreté des reporters (Institute for Reporters' Freedom and Safety, IRFS), dit avoir fait l'objet d'une campagne de dénigrement dans les médias d'État, causée d'abord par la participation de l'IRFS à la campagne « Chantez pour la Démocratie », qui vise à soutenir les droits de la personne en Azerbaïdjan à la veille de la tenue du concours de chanson.

Des articles parus dans trois journaux différents accusaient l'IRFS d'agir en « opposition radicale » aux intérêts de l'État, notamment en détournant à son profit des subventions afin de financer l'opposition politique et en incitant et en organisant des manifestations de protestation.

Par ailleurs, comme le gouvernement tente de transformer sa capitale, Bakou, en une « ville scintillante, dans le style de Dubai » à temps pour la finale du concours, il procède illégalement à l'éviction des gens et à la démolition des maisons qui lui bloquent le chemin, indique Human Rights Watch.

Dans un quartier, des dizaines de familles ont été évincées par la force - parfois sans avertissement ou en pleine nuit - pour céder la place à un immeuble moderne, aux murs de verre, qui sera inauguré pour la tenue du Concours de la chanson européenne, selon ce qu'a révélé une enquête menée par Human Rights Watch.

Des maisons ont été démolies tandis que les biens de leurs propriétaires se trouvaient toujours à l'intérieur. Lorsque les résidents refusaient de quitter leur domicile, les autorités les forçaient à sortir en leur coupant l'électricité et l'eau ou en retirant les fenêtres des immeubles, dit Human Rights Watch. Certains résidents évincés ont dit à Human Rights Watch que le gouvernement leur avait offert un paiement nominal, mais les offres ne couvraient même pas la valeur des maisons.

« Eurovision donne au gouvernement l'occasion de faire de Bakou une vitrine pour des milliers de visiteurs et des millions de téléspectateurs », dit Human Rights Watch. « Mais à la place, le gouvernement de l'Azerbaïdjan affiche son mépris des droits de la personne en forçant les gens à sortir de chez eux à quelques pas du lieu où se tiendra le concours. Avec une visibilité rehaussée, il y aura davantage de surveillance, de sorte que le gouvernement aura intérêt à modifier son comportement. »

Les Libéraux démocrates d'Europe, qui suivent de près ces violations et d'autres qui sont commises depuis des années en Azerbaïdjan, demandent la remise en liberté de tous les prisonniers politiques avant que l'Europe ne vienne à Bakou. « Comment pouvons-nous, d'un cœur léger et joyeux, chanter l'amour et la liberté, alors qu'à quelques kilomètres de là des gens croupissent en prison pour avoir exercé leur droit de manifester et de parler en public ? », demande le député européen Graham Watson.

Vous pouvez faire pression auprès du gouvernement pour qu’il libère tous les prisonniers politiques à la veille du concours d’Eurovision en signant la pétition des Libéraux européens ici.

Dernier Tweet :

Cambodia: @cchrcambodia Executive director @sopheapfocus was awarded the Franco-German Prize for Human Rights. So… https://t.co/5d1cB3YupP