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Azerbaïdjan : Eurovision 2012 : Ce que les hôtes ne veulent pas que vous sachiez

Le traitement des protestataires par l’Azerbaïdjan, pays hôte d’Eurovision, n’est qu’une des raisons qui font que la situation de la libre expression est alarmante, indique une coalition de groupes de défense des droits
Le traitement des protestataires par l’Azerbaïdjan, pays hôte d’Eurovision, n’est qu’une des raisons qui font que la situation de la libre expression est alarmante, indique une coalition de groupes de défense des droits

REUTERS

Tandis que le gouvernement travaille fort à promouvoir une image internationale positive de l'Azerbaïdjan à la veille du Concours de chanson Eurovision de la semaine prochaine, l'événement non sportif le plus suivi du monde, sur la scène intérieure les autorités continuent de se livrer à la répression de la libre expression et des autres libertés fondamentales.

Dans son rapport, "Running Scared: Azerbaijan's Silenced Voices", le Groupe international de partenariat pour l'Azerbaïdjan (International Partnership Group for Azerbaijan), une coalition internationale de groupes de défense des droits coordonnée par ARTICLE 19, catégorise la situation actuelle de la liberté d'expression en Azerbaïdjan comme étant « alarmante ». Voici cinq des principales raisons de cette situation :

Attaques contre les journalistes

Depuis le meurtre, en mars 2005, du rédacteur en chef du magazine « Monitor » Elmar Huseïnov, des dizaines de journalistes ont été victimes de violentes attaques en Azerbaïdjan. Dans pratiquement aucune de ces agressions le ou les auteurs n'ont été ni identifiés ni traduits en justice.

D'après l'Institut pour la liberté et la sûreté des reporters (Institute for Reporters' Freedom and Safety, IRFS), le groupe local de défense de la liberté de la presse, il y a eu en 2011 onze attaques violentes contre des journalistes, dont le meurtre du journaliste et écrivain Rafig Tagi, et 16 autres affaires de journalistes agressés ou blessés au travail.

Le mois dernier, des officiels de la sécurité de la société pétrolière d'État d'Azerbaïdjan ont attaqué Idrak Abbasov, un journaliste qui filmait les évictions forcées et les démolitions de maisons par la compagnie pétrolière. Les officiels l'ont frappé à coups de pied jusqu'à ce qu'il perde connaissance, au point de subir une commotion cérébrale et d'avoir des côtes fracturées.

Khadija Ismayilova, l'une des journalistes d'enquête les plus connues du pays, a révélé plus tôt cette année qu'elle avait été la cible d'une tentative de chantage. Ismayilova, qui a publié des reportages dans lesquels elle met à nu des affaires de corruption au sein de l'élite dirigeante de cette république riche en pétrole, a été désignée « ennemie de l'État » par le Président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev.

Entre autres conséquences les plus dévastatrices de ce cercle vicieux, il y a l'autocensure généralisée. Peu de journalistes sont toujours disposés à courir les graves risques associés à la pratique d'un journalisme d'enquête critique en Azerbaïdjan.

Emprisonnement des journalistes

En dépit de leur apparente incapacité à enquêter convenablement sur les affaires de violence contre les journalistes, les autorités continuent à invoquer des chefs d'accusation de nature politique et à intenter des procès iniques pour jeter en prison ceux qui critiquent le gouvernement. Les journalistes, les travailleurs des médias et les blogueurs risquent la prison s'ils manquent de prudence dans les reportages qu'ils font en Azerbaïdjan - ou même s'ils écrivent sur Facebook.

Le blogueur Bakhtiyar Hajiyev a utilisé le site populaire de réseautage social pour appeler à des manifestations de protestation en faveur de la démocratie inspirées des soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et il areçu une peine de deux ans d'emprisonnement sur des chefs d'accusation, fabriqués de toutes pièces, d'évasion du service militaire. Il est toujours en prison.

Sept journalistes, un travailleur des médias et deux blogueurs sont détenus actuellement ou emprisonnés en Azerbaïdjan sur la foi d'accusations fallacieuses, notamment de possession de drogue et de vandalisme.

Interdiction des manifestations

Les rassemblements de l'opposition sont en grande partie interdits au centre de Bakou depuis les élections parlementaires de novembre 2005. Les autorités répondent avec agressivité aux manifestations non approuvées; elles procèdent à des arrestations et recourent à une force excessive contre les activistes qui descendent dans la rue.

En mars, la police a arrêté Jamal Ali et Natig Kamilov, membres d'un groupe de musique populaire, après qu'ils eurent donné un spectacle lors d'un rassemblement de protestation contre la corruption gouvernementale et exprimé leur solidarité avec les manifestants. La police aurait tabassé Ali et condamné les musiciens et un des organisateurs de la manifestation à la détention administrative pour « vandalisme ».

À l'heure actuelle, 10 activistes politiques et un défenseur des droits de la personne sont toujours incarcérés depuis leur arrestation lors des manifestations inspirées du printemps arabe, en mars et avril 2011.

Diffamation criminelle

La diffamation demeure en Azerbaïdjan un délit criminel, passible d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement. Bien que les dispositions sur la diffamation criminelle n'entraînent plus aussi fréquemment des peines de prison que par les années passées, elles sont toujours invoquées. Selon le Media Rights Institute, un groupe local de défense de la liberté de la presse, huit journalistes ont subi en 2011 des poursuites criminelles en diffamation.

Absence de radiodiffusion indépendante

La radiodiffusion en Azerbaïdjan est totalement dominée par l'État par l'entremise de règlements, de propriétés directes ou de contrôle économique indirect. L'autorité réglementaire, le Conseil national de la Télévision et de la Radio, manque d'indépendance, le financement étant entièrement fourni par l'État, tandis que les neuf membres du Conseil sont désignés directement par le président.

Un interdit imposé en 2009 a retiré des ondes la BBC, Radio Free Europe/Radio Liberty et la Voix de l'Amérique, éliminant de ce fait les seules sources indépendantes de nouvelles pour de nombreux Azerbaïdjanais.

Le radiodiffuseur de service public et hôte local d'Eurovision, Ictimai, néglige de couvrir les événements importants qui valent la peine d'être publiés, qui sont critiques des autorités, et offre à la place une couverture favorable de manière disproportionnée au gouvernement.

Pour ces raisons, le Partenariat international invite l'organisateur du concours, l'Union européenne de radiodiffusion (UER), qui jusqu'à maintenant est restée silencieuse sur le dossier de l'Azerbaïdjan en matière de libre expression, à faire rendre des comptes aux autorités de leurs actions.

La situation de la libre expression étant grave à ce point à l'heure actuelle, que se passera-t-il lorsque les caméras seront parties ?

Rebecca Vincent, consultante pigiste des droits de la personne et experte de la liberté d'expression en Azerbaïdjan. Elle travaille actuellement pour ARTICLE 19 où elle assure la coordination du travail du Groupe international de partenariat pour l'Azerbaïdjan (International Partnership Group for Azerbaijan).


Joignez-vous à l'appel. Regardez la vidéo ci-dessous et signez la pétition si vous croyez que les chanteurs qui vont participer au concours de chansons d'Eurovision du 22 au 26 mai doivent afficher leur appui à la protection des droits de la personne et des libertés civiles en Azerbaïdjan.

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