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8 façons qui ont permis non-athlètes de s'emparer des premiers Jeux européens

Portraits de journalistes et de défenseurs des droits de la personne azerbaïdjanais projetés lors du concert de U2 à Montréal, en juin 2015
Portraits de journalistes et de défenseurs des droits de la personne azerbaïdjanais projetés lors du concert de U2 à Montréal, en juin 2015

Sport for Rights/U2/YouTube/Meydan TV

« Je pense qu'il faut maintenant apporter plus de changements dans le monde du sport. Lorsque les acteurs internationaux des milieux sportifs disent : “Il ne faut pas mélanger sport et politique”... ils ont tort. » Emin Huseynov, défenseur des droits de la personne azerbaïdjanais lors d'une élocution dans l'émission Amanpour de CNN.

Lorsque le gouvernement du président Ilham Aliyev a entrepris de « présenter l'Azerbaïdjan comme une grande nation européenne dynamique et moderne » en organisant les premiers Jeux européens, il ne s'attendait certainement pas à une critique internationale de son bilan en matière de droits de la personne.

L'ancienne nation soviétique — qui a dépensé près de 10 milliards de dollars américains pour la construction des jeux et payé pour la présence de toutes les délégations internationales — espérait se présenter comme une nation moderne et prospère.

Entre le détournement du hashtag #Baku2015 sur Twitter, une critique des jeux hilarante et malheureusement criante de vérité dans l'émission de John Oliver « Last Week Tonight » et l'appel du groupe de rock U2 aux membres du public de soutenir les prisonniers politiques de l'Azerbaïdjan, les non-athlètes du monde entier ont réussi bouleverser #Baku2015. Voici huit façons utilisées par la société civile, les médias et les artistes pour montrer que la situation en Azerbaïdjan n'est pas un jeu.


1) Détournement réussi du hashtag #Baku2015

En réponse à l'appel de la campagne Sport for Rights, les utilisateurs de Twitter dans le monde entier ont utilisé le pouvoir du hashtag pour mettre le « réel Bakou » sous la lumière des projecteurs. Avec le soutien du Secrétariat de l'IFEX, l'organisation membre de l'IFEX, Initiative For Free Expression-Turkey, et d'autres organisations, Sport for Rights a encouragé le public à envoyer des tweets pour souligner la situation des journalistes et des défenseurs des droits de la personne tels Khadija Ismayilova et Rasul Jafarov.

Sport for Rights


2) John Oliver ridiculise les Jeux européens dans son émission « Last Week Tonight »

Dans un style bien à lui, le comédien, John Oliver, s'est moqué de tout, en commençant par les disciplines représentées aux Jeux européens (qui comprennent des « épreuves palpitantes » comme le trampoline synchronisé homme et l'aérobique de groupe) pour finir avec les mascottes « ridicules » qui, selon ses dires, représentent plus une « jument bien roulée et un enfant à la tête de radis » qu'une gazelle et une grenade.

Puis il a enchainé sur le traitement des journalistes en Azerbaïdjan. Il a notamment mentionné le fait que les autorités ont interdit de séjour les journalistes du quotidien The Guardian, et ont maltraité leurs propres journalistes, y compris le journaliste d'investigation de renom Khadija Ismayilova.

John Oliver a interpellé les autorités en ces termes : « Honnêtement Azerbaïdjan, tu ne peux pas gagner sur les deux tableaux. Tu ne peux pas hurler à la face du monde, “Je suis là, je suis là!” Pour ensuite décider d'être un enfoiré envers les journalistes. »



3) Emin Huseynov fuit l’Azerbaïdjan, interviewé sur CNN

Après des mois de négociations entre les autorités suisses et azerbaïdjanaises, l'éminent défenseur des droits de la personne, Emin Huseynov, a pu quitter l'Azerbaïdjan pour la Suisse sur le vol du ministre des Affaires étrangères helvétique.

Huseynov, qui est à la tête de l'organisation membre de l'IFEX, Institute for Reporters Freedom and Safety (IRFS), avait passé les dix derniers mois réfugié dans l'ambassade helvétique à Bakou.

Peu de temps après son évasion, le 12 juin dernier, soit le jour même des cérémonies d'ouverture à Bakou, Huseynov avait partagé son expérience au micro de Christiane Amanpour, célèbre animatrice de télévision sur CNN.

Malheureusement, la famille et les collègues de Huseynov n'ont pas bénéficié du même traitement et croupissent toujours en prison. Comme l'a justement remarqué Annie Game, directrice générale de l'IFEX : « Si le président Aliyev souhaite réhabiliter la réputation désastreuse de l'Azerbaïdjan, il doit protéger la famille d'Emin, poursuivre la libération des prisonniers de conscience, et mettre fin à sa campagne de harcèlement et d'emprisonnement menée contre les défenseurs de la libre expression, qui fut malheureusement très active au cours de l'année ».


4) L’infographie de Reporters sans frontières enflamme Twitter

Après avoir demandé qu'aucune délégation politique de haut niveau ne se rende à la cérémonie d'ouverture des Jeux, Reporters sans frontières (RSF), membre de l'IFEX, publie une infographie intitulée « Les Jeux européens de Bakou : Derrière le faste, un enfer pour les journalistes indépendants ». Les données comparent les numéros triés sur le volet par les organisateurs du « grand show médiatique » qu'est #Baku2015 avec des chiffres que les autorités azerbaïdjanaises préféreraient sans doute garder sous silence.

Par exemple, alors que l'Azerbaïdjan met en avant la venue de 800 journalistes étrangers pour assister aux Jeux européens, RSF donne la même importance au fait que le pays est « la plus grande prison pour journalistes du continent européen, » avec 12 journalistes actuellement derrière les barreaux. De même, alors que l'Azerbaïdjan annonce avoir dépensé près de 640 millions d'euros pour construire le stade olympique de Bakou, l'infographie de RSF indique en parallèle que le journal d'opposition Azadliq a dû s'acquitter de 1,4 million d'euros d'amendes au cours des dix dernières années.

L'infographie a immédiatement attiré l'attention de Wikileaks, lorsque l'IFEX l'a publiée sur Twitter le 13 juin 2015, et fut retweeté à ses 2,6 millions d'adeptes.


5) U2 souligne le sort des défenseurs des droits de la personne azerbaïdjanais lors d’un concert

« Six de nos amis, ce soir, sont derrière les barreaux pour avoir exprimé leur opinion. Chantez, pour Amnesty. Chanter. Chantez pour Emin, Khadija, Rasul, Intigam, Anar, et Leyla ».

C'est sur ces mots chargés d'émotion que le chanteur du groupe de rock irlandais U2, Bono, a entamé sa performance de la chanson Pride (In the Name of Love) lors des concerts du 12 et 13 juin 2015 à Montréal. À la demande de la campagne Sport for Rights, Bono — célèbre pour soutenir des initiatives de bienfaisance comme Abolissons la pauvreté et Live Aid — a dénoncé les autorités azerbaïdjanaises d'avoir interdit de séjour Amnistie Internationale avant la tenue des Jeux européens.

Puis en montrant du doigt un écran géant sur lequel étaient projetés les portraits de Rasul Jafarov, Leyla Yunus, Anar Mammadli, Khadija Ismayilova, Intigam Aliyev et Emin Huseynov — qui a récemment fui l'Azerbaïdjan —, il a déclaré : « Un message pour le président Aliyev. Ce message est le suivant : monsieur, nous vous tiendrons personnellement responsable, si quelque chose arrivait à l'un de nos amis! »


6) Lady Gaga critiquée sur sa présence aux Jeux européens.

Lady Gaga est connue et aimée pour son activisme entourant les droits et le harcèlement de la population LGBT.

Malheureusement, il semble qu'elle n'a pas eu la note de service concernant la situation désastreuse des droits de la personne en Azerbaïdjan avant d'accepter de jouer à la cérémonie d'ouverture des Jeux Européens.

Après avoir passé des journées cachée dans une chambre d'hôtel à Bakou, la pop star a surpris le public avec une interprétation d'« Imagine » de John Lennon – une prestation qui aurait coûté 2 000 000 $ à l'Azerbaïdjan.

La communauté des droits de la personne n'a pas tardé à la critiquer sur Twitter, avec des personnalités bien connues comme le directeur général de Human Rights Watch, Kenneth Roth, qui tweetait à quel point sa présence aux Jeux était honteuse :


La campagne de Sport for Rights – dirigée par Rebecca Vincent – a demandé à Lady Gaga de condamner la répression des droits de la personne en Azerbaïdjan et de donner ses gains aux familles des prisonniers politiques du pays. Vincent écrit : « Sciemment ou non, Lady Gaga est devenue partie prenante de la machine de propagande qui tente d'utiliser les jeux pour blanchir l'image en constante détérioration de l'Azerbaïdjan. Si elle se soucie réellement des droits qu'elle défend si souvent — et, en effet, sa propre réputation — Lady Gaga doit agir maintenant pour corriger ce grand méfait public et montrer que son silence sur les droits de la personne ne peut pas être acheté. »


7) Un jeu vidéo en ligne attire l’attention sur le « véritable Bakou »

La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a créé « Real Baku 2015 », un mini-jeu en ligne qui donne aux utilisateurs la possibilité de participer en tant que juristes, journalistes ou militants des droits de l'homme. Dans chaque cas, le résultat est un nombre extrêmement limité d'options de compétitions sportives, qui prennent toutes place dans une cellule de prison à l'étroit, y compris la course de 100 mètres en cellule, le saut en hauteur sur matelas et le tir de boule de papier.

Karim Lahidji, président de la FIDH, a déclaré : « Très peu de gens de l'extérieur de la région sont familiers avec l'Azerbaïdjan, et encore moins sont conscients de la situation des droits de la personne là-bas. Ce jeu utilise le contexte des Jeux européens pour offrir une nouvelle approche qui attire l'attention du public sur cette triste réalité. »

Cliquez ici pour jouer à ce jeu en anglais, en russe ou en français.


8) Index on Censorship met en lumière la campagne de RP derrière les Jeux Européens avec créativité

La campagne intitulée « L'Azerbaïdjan réduit les droits de la personne au silence » et menée par Index on Censorship, membre de l'IFEX, a sans conteste suscité l'intérêt de nombreux lecteurs au moyen d'une série d'articles créatifs allant d'études approfondies sur la mécanique de propagande derrière les Jeux Européens aux articles sous forme de liste détaillant avec ironie les situations au cours desquelles Ilham Aliyev a déclaré sa flamme à la liberté de la presse.


Cette organisation – qui a récemment honoré les prisonniers politiques azerbaïdjanais lors de #IndexAwards2015 – propose également des résumés rédigés par des journalistes et des défenseurs des droits de la personne qui ne seront pas aux Jeux européens, pour leurs propos critiques ou leur engagement politique.

Index on Censorship/capture d'écran

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