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Journalistes et protestataires non violents violemment réprimés

Des femmes et des enfants étaient au nombre des manifestants à Bahreïn pendant la « Journée de colère », le 14 février
Des femmes et des enfants étaient au nombre des manifestants à Bahreïn pendant la « Journée de colère », le 14 février

BCHR

Le renversement du Président Hosni Moubarak d'Égypte a revigoré les protestations à travers le monde arabe, ce qui a entraîné des heurts entre les forces de sécurité et les manifestants en Algérie, à Bahreïn, en Iran et au Yémen, selon ce que rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Human Rights Watch et les membres de l'IFEX dans la région.

Répondant aux appels en faveur d'un « Jour de colère » le 14 février, les forces de sécurité de Bahreïn ont lancé des gaz lacrymogènes, tiré des balles de caoutchouc et des balles réelles dans un certain nombre de villages pour disperser les manifestants qui marchaient contre la mainmise exercée sur le pouvoir par la famille Al-Khalifa, dénonçant la discrimination qui serait pratiquée à l'encontre de la population du pays à majorité chiite, ainsi que contre la détention continue de prisonniers politiques, rapportent le Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights. BCHR) et Human Rights Watch. Le BCHR et la Société des jeunes de Bahreïn pour les droits de la personne (Bahrain Youth Society for Human Rights, BYSHR) ont documenté deux décès et plus de vingt blessés à la suite des attaques de la police antiémeute.

Dans cette séquence vidéo, la police antiémeute fonce sur un rassemblement paisible de manifestants dans le village de Diraz :

D'après le BCHR, la police a par la suite utilisé des fourgonnettes et d'autres véhicules pour bloquer les routes principales menant à Manama, la capitale, afin d'empêcher un rassemblement de masse que les organisateurs avaient l'intention de tenir pour rendre hommage aux manifestants de la pace Tahrir du Caire. Mais ils n'ont pas réussi et les manifestants sont restés au centre de Manama aujourd'hui, 16 février.

« En dépit des journalistes étrangers présents sur les lieux, on constate le recours à de plus en plus de violence en ce moment-ci. Les officiels doivent prendre conscience de la situation. Les médias internationaux doivent être mis au fait de cette situation injuste et inéquitable, où des manifestants non violents sont agressés de plus en plus fréquemment avec violence », dit le BCHR.

Les sites des médias sociaux connaissent une affluence sans précédent à Bahreïn en raison des appels du BCHR, du BYSHR et d'autres groupes de jeunes et de défense des droits à se joindre aux manifestations, en ce jour qui est symbolique à Bahreïn car il s'agit de l'anniversaire de la constitution de 2002, qui a mené à des réformes démocratiques, entre autres à un parlement élu.

Par ailleurs, 25 militants de l'opposition subiront le 24 février un procès pour terrorisme, dont les blogueurs Abdul-Jalil Al-Singace et Ali Abdulemam, ainsi que Mohamed Said, qui siège au Bureau du BCHR.

La plupart des chefs d'accusation particuliers ont trait aux opinions politiques et aux écrits des accusés, et portent notamment sur le fait que d'avoir « répandu de fausses informations » et d'avoir « incité à la haine du gouvernement ». Ils ne sont pas autorisés à rencontrer privément leurs avocats, et beaucoup d'entre eux disent avoir été torturés pendant les interrogatoires.

Ils comptent parmi au moins 450 activistes politiques bahreïnis, défenseurs des droits de la personne et personnalités religieuses chiites et 110 enfants en prison, dit le BCHR.

Pour l'opposition en Iran - qui ne s'est pas beaucoup manifestée dans les rues depuis plus d'un an - le succès de l'Égypte est devenu une occasion de se rétablir. Des dizaines de milliers de protestataires se sont heurtés le 14 février aux forces de sécurité sur certains des principaux boulevards de Téhéran, qui se sont couverts de nuages de gaz lacrymogènes.

« Il y a quelques jours à peine le gouvernement iranien prétendait appuyer les aspirations populaires des millions de Tunisiens et d'Égyptiens qui exigeaient pacifiquement la fin de la dictature », dit Human Rights Watch. « Aujourd'hui, les forces de sécurité iraniennes ont recours aux bâtons et aux gaz lacrymogènes pour disperser les Iraniens qui manifestaient paisiblement leur appui à leurs voisins arabes. »

Les autorités iraniennes ont tenté d'empêcher les manifestations - qui ont eu lieu dans plus de 35 villes et villages - avant même qu'elles ne commencent, rapporte le CPJ. Elles ont annoncé qu'elles répondraient par la force à toute manifestation, elles ont bloqué presque totalement les connections à l'Internet afin d'entraver le téléchargement des vidéos et des photographies des manifestations, et ont placé en résidence surveillée les dirigeants de l'opposition qui avaient demandé l'autorisations de tenir un rassemblement de solidarité avec l'Égypte, rapportent le CPJ et Human Rights Watch.

Le 11 février, la BBC a annoncé que son service de télévision perse était brouillé de l'intérieur de l'Iran à la suite de la couverture des troubles politiques en Égypte.

Et, d'après les dépêches, au moins cinq journalistes ont été arrêtés au cours de la semaine dernière.

Toujours la semaine dernière, le CPJ et plus de 1 000 défenseurs de la liberté de la presse ont signé une pétition exigeant que l'Ayatollah iranien Sayed Ali Khamenei libère les journalistes iraniens emprisonnés. Selon le CPJ, l'Iran arrive ex-aequo avec la Chine comme les pires pays du monde pour l'emprisonnement des journalistes, chacun comptant 34 journalistes actuellement derrière les barreaux. La pétition a été transmise à la mission permanente de l'Iran aux Nations Unies.

Au Yémen, entre-temps, les manifestations visent à accélérer la sortie du Président allié des États-Unis, Ali Abdullah Saleh, qui a promis de se retirer en 2013. Plus de 1 000 personnes, dont des journalistes, ont participé pour une quatrième journée consécutive à des manifestations de protestation dans la capitale, Sana'a, le 14 février - le lendemain du jour où la police a attaqué des manifestants hostiles au gouvernement à coups de bâton, de dague, de matraque paralysante et de gourdin, indique Human Rights Watch.

Le Syndicat des journalistes du Yémen rapporte des actes de violence et d'intimidation contre les journalistes lors des récents troubles, dit le CPJ. Des hommes en civil ont renté d'enlever la journaliste Samia al-Aghbry, dit le CPJ, mais en ont été empêchés par un groupe de manifestants – mais non sans qu'elle n'ait été frappée et qu'elle eut perdu connaissance. Al-Aghbry figure parmi les courageuses femmes journalistes en première ligne des manifestations au Yémen, comme Tawakkol Karman, qui se trouve à la tête du groupe des Femmes journalistes sans chaînes (Women Journalists Without Chains, WJWC).

En Algérie, les forces de sécurité ont empêché les journalistes de couvrir le 12 février des manifestations hostiles au gouvernement dans les principales villes du pays. Kamel Amarni, secrétaire général du Syndicat national algérien, a dit au CPJ que les forces de sécurité avaient arrêté et fouillé plusieurs journalistes avant de confisquer leur équipement. Le service Internet a été coupé pendant plusieurs heures pendant la journée et des comptes Facebook ont été effacés à travers le pays.

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