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L'IFEX se porte à la défense de son organisation membre dans le pays, le BCHR, devant les violations de la libre expression

Des manifestants hostiles au gouvernement tiennent des photos d’Ali Isa Saqer, un Bahreïni mort en garde à vue la semaine dernière, lors de ses obsèques à Manama le 10 avril
Des manifestants hostiles au gouvernement tiennent des photos d’Ali Isa Saqer, un Bahreïni mort en garde à vue la semaine dernière, lors de ses obsèques à Manama le 10 avril

REUTERS/Hamad I Mohammed

La semaine dernière, le président du Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR), Nabeel Rajab, a établi un précédent en devenant la première personne poursuivie dans la monde arabe pour un texte publié sur Twitter, selon ce que rapporte le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI). Rajab a été inculpé pour avoir alerté sur Twitter les lecteurs à l'existence de photos « truquées » du cadavre d'Ali Isa Saqer, lequel présentait des marques de torture, et qui selon Rajab serait mort aux mains des forces de sécurité dans une prison de Bahreïn. Pendant que Bahreïn se transforme rapidement en un État policier, l'IFEX exprime son inquiétude pour Rajab et la soudaine escalade des arrestations et des menaces contre les autres défenseurs de la libre expression à Bahreïn.

Le 10 avril, le ministère de l'Intérieur de Bahreïn a émis une déclaration accusant Rajab d'avoir distribué des images truquées de Saqer, et il a annoncé qu'il serait poursuivi par l'armée.

« Être persécuté pour avoir publié des images sur Twitter démontre le mépris grandissant des autorités bahreïnies à l'égard de la liberté d'expression et de la liberté sur Internet », dit l'IFEX dans une déclaration publique à la défense du BCHR.

D'autres membres du BCHR sont également visés. Le 9 avril, Abdulhadi Alkhawaja, ancien président du BCHR et directeur de Front Line, a été tabassé au point de perdre connaissance lorsque 15 individus masqués ont fait irruption au domicile de sa fille Zainab, qui elle aussi a été passée à tabac. C'est un Alkhawaja ensanglanté qui a été traîné à l'extérieur par les autorités, nu-pied, avec deux de ses beaux-fils. On ne sait rien des allées et venues des trois hommes. Zainab a entrepris depuis une grève de la faim. (Suivez-la sur Twitter à Angry Arabiya.)

Mohammad Al-Maskati, l'autre beau-fils de Alkhawaja et président de la Société des jeunes de Bahreïn pour les droits de la personne (Bahreïn Youth Society for Human Rights, BYSHR), documente les violations depuis le début des protestations et a été tabassé lui aussi dans la maison mais n'a pas été arrêté.

Maintenant que des soldats saoudiens sont présents dans le pays pour soutenir le roi Hamad bin Isa al-Khalifa, l'attaque contre le BCHR illustre la répression qui se déroule ailleurs dans le petit royaume.

Au cours des deux derniers mois, des foules euphoriques ont rempli le square de la Perle à Manama, la capitale, pour écouter des discours dans lesquels on réclame la liberté et on célèbre la libération des prisonniers politiques. Mais alors que le mouvement démocratique ne montre aucun signe d'essoufflement, les troupes ont vidé le square le 16 mars au moyen de gaz lacrymogènes et de tirs à balles réelles, puis ont fermé l'endroit au bulldozer.

Le rythme des détentions et des descentes effectuées avant l'aube s'est intensifié, même au moment où les manifestations de masse ont virtuellement cessé. Près de 800 personnes ont été congédiées du gouvernement et de sociétés indépendantes, apparemment parce qu'on les soupçonnait d'avoir participé aux rassemblements. On rapporte des cas de torture, des passages à tabac aux postes de contrôle, voire de retrait par la force des hôpitaux de personnes gravement blessées qui auraient subi leurs blessures aux mains de la police.

Depuis que les manifestations pro-démocratie ont commencé à la mi-février, le BCHR a recensé plus de 460 personnes qui ont été incarcérées ou qui ont disparu. Rien qu'au cours des dix derniers jours, quatre personnes sont mortes en garde à vue, dit le BCHR.

La semaine dernière, le blogueur Zakariya Rashid Hassan al-Ashiri est mort dans des circonstances mystérieuses pendant qu'il se trouvait en garde à vue. Il avait été inculpé d'avoir répandu de fausses nouvelles et d'incitation à la haine. Les affirmations du gouvernement selon lesquelles al-Ashiri est mort de complications dues à une anémie drépanocytaire ont été niées avec vigueur par sa famille, selon ce que rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Le gouvernement n'a fourni aucun registre des détenus. D'après Human Rights Watch, ceux-ci sont maintenus virtuellement au secret. On ne leur permettrait tout au plus qu'un ou deux brefs appels téléphoniques pour demander des vêtements de rechange. Les familles des détenus affirment qu'on ne leur permet pas de voir les leurs ni des avocats. Ceux qui ont été remis en liberté ont déclaré au BYSHR que des détenus ont été torturés à l'électricité, passés à tabac et agressés sexuellement.

Un « état de sécurité nationale », instauré depuis le 15 mars, habilite les forces de sécurité à arrêter toute personne soupçonnée de menacer « la sécurité des citoyens », à fouiller les maisons à volonté sans mandat, à censurer la presse et à dissoudre toute organisation, y compris les partis politiques légaux, dont on estime qu'elle constitue un danger pour l'État.


Après la fermeture, pendant une journée, par exemple, du principal quotidien indépendant de Bahreïn, « Al-Wasat », le rédacteur en chef du journal, Mansoor al-Jamri, et deux autres rédacteurs, a été contraint de quitter son poste le week-end dernier afin de garder le journal ouvert. On l'a accusé d'avoir publié des histoires fausses pour inciter les chiites à se soulever contre le gouvernement. Al-Jamri soutient que les histoires fausses ont été « plantées ». Deux ressortissants irakiens qui avaient été désignés pour le remplacer ont alors été déportés. Le journal « Al Wasat » est devenu depuis la voix du gouvernement, indique Human Rights Watch.

Deux éminents blogueurs bahreïnis, Mahmood al-Yousif et Mohammed al-Maskati, ont aussi été détenus brièvement, rapporte le BCHR.

Dans une déclaration conjointe, le BCHR, l'ANHRI et l'Institut du Caire pour les études sur les droits de la personne (Cairo Institute for Human Rights Studies, CIHRS), ainsi que 15 autres groupes de la région, demande la suspension de l'appartenance de Bahreïn au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. « Le fait de ne pas agir devant les violations grossières et systématiques des droits de la personne commises par le gouvernement de Bahreïn mine gravement la crédibilité et l'efficacité du Conseil dans son ensemble », disent-ils.

Les groupes attirent en outre l'attention sur la « complicité et l'absence de volonté politique » de la part des acteurs internationaux, en particulier des États-Unis et de l'Union européenne. L'administration Obama, qui considère Bahreïn comme un allié d'une importance cruciale, a émis des critiques molles face à la répression mais n'a pas insisté sur un changement de gouvernement. Bahreïn est l'hôte de la cinquième flotte de la marine des États-Unis, et sa monarchie bénéficie du soutien massif de l'Arabie saoudite, rappelle Human Rights Watch.

Pour avoir des mises à jour en temps réel de l’évolution de la situation à Bahreïn, suivre l’équipe du BCHR sur Twitter ici
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