RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Les membres de l'IFEX lancent un appel aux leaders du monde pour qu'ils agissent contre les violations des droits

Le président du BCHR, Nabeel Rajab, risque d’être arrêté pour avoir alerté les lecteurs sur Twitter au sujet de photos du cadavre torturé d’un homme mort en garde à vue. Il avait récemment été interdit de voyager
Le président du BCHR, Nabeel Rajab, risque d’être arrêté pour avoir alerté les lecteurs sur Twitter au sujet de photos du cadavre torturé d’un homme mort en garde à vue. Il avait récemment été interdit de voyager

BCHR

Même si le Roi de Bahreïn promet la fin de l'état d'urgence qu'il a imposé à la mi-mars afin d'étouffer les manifestations antigouvernementales, les journalistes, les défenseurs des droits et les dirigeants de l'opposition continuent d'être arrêtés, des dizaines d'entre eux subissant des procès expéditifs. Quarante-deux groupes membres et quinze partenaires de l'IFEX en appellent à la communauté internationale pour qu'elle mette fin à son silence et exige du gouvernement de Bahreïn qu'il prenne des mesures contre les violations des droits.

Dans une lettre adressée au Président des États-Unis Barack Obama, au vice-président de l'Union européenne, la baronne Catherine Ashton, et à la Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, les membres attirent l'attention sur des affaires de journalistes, de blogueurs et de défenseurs des droits arrêtés, traduits devant des tribunaux militaires et torturés, quelques-uns d'entre eux même étant morts en détention. L'action commune était menée sous la direction du Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI), qui fait des campagnes et de la surveillance de procès à Bahreïn.

Membre fondateur du journal « Al Wasat », Karim Fakhrawy a été déclaré mort le 12 avril dans des circonstances suspectes - deux jours après avoir été arrêté. Le 18 mai, trois des rédacteurs principaux du journal doivent subir un procès pour « avoir publié de fausses nouvelles et des histoires inventées... susceptibles de nuire à la sécurité publique et aux intérêts nationaux », selon ce que rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Un militant en ligne, Zakarïa al-Aushayri, fondateur et administrateur du forum en ligne Al Dair, est mort le 9 avril dans des circonstances mystérieuses tandis qu'il se trouvait en garde à vue.

Le Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahreïn Center for Human Rights, BCHR) note que quatre personnes sont mortes récemment en garde à vue, et que 35 personnes ont perdu la vie jusqu'à maintenant dans les manifestations - dans un pays dont la population n'est que de 570 000 personnes.

Abdulhadi Al-Khawaja, ancien président du BCHR, a été roué de coups au point de perdre connaissance lorsque 15 individus masqués ont fait irruption au domicile de sa fille le 9 avril. Human Rights Watch et le BCHR rapportent que tandis qu'il était détenu, Al-Khawaja a été tabassé au point de devenir méconnaissable. En compagnie du blogueur Abduljalil Al-Singace et de treize autres détenus, il a été soudainement mené devant un tribunal pour répondre à une douzaine d'accusations, dont celle d'avoir tenté de « renverser et de changer la constitution du pays et le pouvoir du Roi par la force », et d'avoir organisé sans autorisation des rassemblements. Sept autres personnes ont été jugées in absentia. Le procès a été ajourné au 12 mai. Le BCHR appelle les observateurs internationaux à assister aux procès.

Le président actuel du BCHR, Nabeel Rajab, est poursuivi pour avoir alerté les lecteurs sur Twitter au sujet de photographies du cadavre torturé d'un homme décédé en détention, ce que le gouvernement qualifie de nouvelle « fabriquée de toutes pièces ». Il a constaté récemment qu'il lui est toujours interdit de sortir du pays.

Par ailleurs, des dizaines de journalistes subissent des mises à pied, des arrestations et des menaces à cause de leur travail. D'après l'ANHRI, 30 journalistes des journaux « Al Watan », « Al Ayam » et « Al Bilad » ont été mis à pied, tandis que de nombreux reporters ont été arrêtés ou sont entrés dans la clandestinité par crainte d'être arrêtés.

Les reporters étrangers se voient imposer des restrictions à leurs déplacements. Cette semaine, les autorités ont décidé d'expulser le journaliste allemand Frederik Richter, correspondant de Reuters à Manama depuis 2008, en raison d'un parti pris allégué dans sa couverture des manifestations, indique Reporters sans frontières (RSF). On lui a donné une semaine pour partir.

« Nous sommes consternés par le silence des gouvernements à travers le monde devant les violations en cours, ce qui semble particulièrement difficile à comprendre étant donné la condamnation générale des violations des droits de la personne en Libye, devant les manifestations en faveur de la démocratie », disent les membres dans la lettre.

Les membres demandent aux dirigeants mondiaux de prier les autorités de Bahreïn d'enquêter sur les décès survenus en garde à vue; de libérer sans condition les prisonniers politiques; d'abandonner les accusations à motif politique contre le journal « Al Wasat »; et de permettre aux journalistes et aux défenseurs des droits, qu'ils soient locaux ou internationaux, d'effectuer librement leur travail.

Selon le « New York Times », l'annonce du Roi que l'état d'urgence sera levé le 1er juin est le signe que Bahreïn cherche à assurer les banques et les gouvernements étrangers que le chaos est terminé et que le royaume, qui dépend fortement des activités du secteur financier, tente de revenir à la normale.

« C'est aussi un signe que les nombreuses arrestations et les procès expéditifs des personnalités d'opposition devant des tribunaux militaires pourraient suivre leur cours. Certaines personnalités d'opposition étaient traduites devant un tribunal au moment même où l'annonce était faite », dit le « Times ».

« Il s'agit d'une mesure symbolique en vue de montrer à la communauté internationale que tout est revenu à la normale alors qu'il n'en est rien », a déclaré Rajab au « Times ». « Je ne vois là rien d'une véritable initiative qui réglera les problèmes. Autrement, ils libéreraient les prisonniers politiques. Le conflit entre l'élite au pouvoir et le peuple est plus grave maintenant qu'il ne l'était il y a un mois. »

ADDITIONAL INFORMATION
Alertes liées au même sujet sur ifex.org
  • L'IFEX se porte à la défense de son organisation membre dans le pays, le BCHR, devant les violations de la libre expression

    La semaine dernière, le président du Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR), Nabeel Rajab, a établi un précédent en devenant la première personne poursuivie dans la monde arabe pour un texte publié sur Twitter, selon ce que rapporte le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI). Rajab a été inculpé pour avoir alerté sur Twitter les lecteurs à l'existence de photos « truquées » du cadavre d'Ali Isa Saqer, lequel présentait des marques de torture, et qui selon Rajab serait mort aux mains des forces de sécurité dans une prison de Bahreïn. Pendant que Bahreïn se transforme rapidement en un État policier, l'IFEX exprime son inquiétude pour Rajab et la soudaine escalade des arrestations et des menaces contre les autres défenseurs de la libre expression à Bahreïn.



Dernier Tweet :

Malaysia: Repeal of Anti-Fake News Act must be followed by broader reforms https://t.co/5RvDjPffuC @article19orgis… https://t.co/oQKuqyc22j