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Les femmes n'ont pas droit de cité dans les médias bangladais, selon un groupe islamiste

AP Photo/ A. M. Ahad

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 21 octobre 2015.

Reporters sans frontières (RSF) condamne les menaces proférées par le groupe extrémiste Ansarullah Bangla Team à l'encontre d'une vingtaine de médias et de blogueurs bangladais. L'organisation exhorte le gouvernement à adopter des mesures concrètes pour protéger tous ceux - et celles - qui sont visés.

Le lundi 19 octobre 2015, une vingtaine de médias - de la presse écrite et de l'audiovisuel - ont reçu un mail de menaces provenant du groupe islamiste Ansarullah Bangla Team (ABT), qui a revendiqué l'assassinat de quatre blogueurs cette année. Portant la signature d'Abdullah bin Salim, chargé de la communication du groupe, et diffusé en langue bengali, le message est un avertissement clair aux médias qui ne respecteraient pas la loi islamique. Le mail exige donc des médias visés qu'ils licencient leurs salariées. Et évidemment, leur interdit formellement de publier des photos de femmes dans les pages de publicités des journaux, ainsi que toute photo de femme ne portant pas la burqa...

« Un tel appel au licenciement des salariées de médias est révoltant, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Les femmes journalistes représentent déjà une minorité au sein des rédactions et font face à des difficultés et des menaces supplémentaires du fait qu'elles sont femmes. Il est nécessaire que les autorités se mobilisent pour empêcher qu'elles soient réduites au silence. Par ailleurs, les blogueurs continuent eux aussi d'être ciblés par les Islamistes. Le gouvernement bangladais doit se montrer particulièrement vigilant et abandonner une passivité coupable, puisqu'elle a déjà coûté la vie à quatre blogueurs depuis le début de l'année. Il est impératif que l'enquête ouverte sur ces nouvelles menaces porte rapidement ses fruits et aboutisse à l'arrestation des membres du groupe extrémiste. »

De fait, le mail profère des menaces de mort à l'encontre de quinze blogueurs - neuf en exil et six résidant au Bangladesh - qui auraient participé à une « campagne anti-islam » sur les médias sociaux. L'avertissement s'étend à tous ceux qui « soutiendraient des athées » ou ceux dont « la liberté d'expression franchirait les limites (...) fixées » par le groupe islamiste. Dans un avertissement macabre, Ansarullah Bangla Team évoque explicitement le sort de Niloy Neel, Washiqur Rahman et Avijit Roy, trois des quatre blogueurs défenseurs de la laïcité assassinés en 2015, et prévient que « les conséquences seront sévères si [les médias] n'empruntent pas la voie de l'Islam ».

Le mail se poursuit avec une série de directives interdisant toute critique ou publicité négative à l'encontre des « soldats de l'Islam » et la publication de tout contenu contraire à la Charia. Enfin, les médias condamnant des groupes extrémistes à la suite de l'assassinat d'un « athée » seront considérés comme encourageant l'athéisme et devront en « subir les conséquences ».

Le 17 octobre 2015, Imran H. Sarker, l'un des blogueurs les plus populaires au Bangladesh, avec près d'un million de followers sur les réseaux sociaux, a reçu des menaces de mort similaires provenant d'un compte Facebook semblant entretenir des liens avec le groupe Etat islamique.

Quatre blogueurs ont été assassinés depuis le début de l'année 2015. Le fondateur du site d'information Mukto-mona, Avijit Roy, et les blogueurs Washiqur Rahman, Ananta Bijoy Das et Niloy Neel : tous étaient connus pour leurs écrits en faveur de la tolérance, de la liberté d'expression et de pensée et contre le fondamentalisme religieux.

Le Bangladesh figure à la 146ème place sur 180 pays au Classement de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières.

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