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Les élections générales au Bangladesh discréditées par les attaques contre la presse libre

La voiture endommagé d'un journaliste après de l'assaut mené par une trentaine d'individus masqués, à Nawabganj, près de Dacca, Bangladesh, le 24 décembre 2018
La voiture endommagé d'un journaliste après de l'assaut mené par une trentaine d'individus masqués, à Nawabganj, près de Dacca, Bangladesh, le 24 décembre 2018

-/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 28 décembre 2018.

A la veille du scrutin législatif prévu ce dimanche, Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté les attaques contre les journalistes et les atteintes à la libre circulation de l'information constatées durant la dernière semaine de la campagne électorale.

Douze reporters blessés, un journaliste porté disparu… C'est le bilan alarmant de l'assaut mené par une trentaine d'individus masqués, lundi 24 décembre vers 22h30, contre les reporters du quotidien Jugantor et de la chaîne Jamuna TV. Ceux-ci s'étaient réunis dans un hôtel de Nawabganj, une circonscription située en banlieue de Dacca, afin d'y couvrir les derniers jours de la campagne des législatives ainsi que le scrutin prévu dimanche 30 décembre au Bangladesh.

Les journalistes ont fait face à un déchaînement de violence. Les assaillants, armés de crosses et de barres de fer, ont vandalisé une quinzaine de véhicules appartenant aux deux médias avant de s'en prendre aux journalistes, dont une partie a réussi à se barricader au troisième étage de l'hôtel. Les appels au secours adressés à la police sont restés sans réponse pendant plusieurs heures. Selon la rédaction de Jugantor, l'un de ses reporters, Shamim Khan, est toujours porté disparu depuis l'attaque. Plusieurs victimes ont reconnu leurs assaillants comme étant membres d'une organisation de jeunesse liée à la Ligue Awami, le parti au pouvoir.

"Ce dernier épisode de sauvagerie exercé contre les journalistes a d'ores et déjà fini de décrédibiliser le résultat des élections de dimanche, regrette Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. En menaçant quasi systématiquement les reporters trop curieux, en tentant de censurer toute information critique ou indépendante, le gouvernement de Sheikh Hasina a porté un coup fatal à la liberté de la presse, à la démocratie bangladaise et, partant, à sa propre légitimité future."


Emprise à tendance totalitaire

Les attaques physiques contre les journalistes s'accompagnent d'une volonté de contrôle étroit de l'information. Jeudi 27 décembre, la Commission de régulation des télécommunications du Bangladesh (CRTB) a ainsi ordonné aux fournisseurs d'accès aux réseaux mobiles et Internet de limiter la vitesse de circulation de l'information à la seule "2G" du 29 au 31 décembre. Une mesure qui va "gravement compromettre la couverture médiatique des élections", regrette auprès de RSF Elias Hossain, le président de l'Union des reporters de Dacca. "Les portails d'informations et les pages Facebook des médias vont être sévèrement affectés, et le live-stream sur les réseaux sociaux rendu impossible."

Cette emprise sur la diffusion des informations confine parfois aux méthodes de manipulations dignes des régimes totalitaires. Ainsi, la plateforme Facebook a récemment révélé avoir dû fermer neuf pages. Ressemblant à s'y méprendre à des pages de comptes officiels de médias bangladais - comme le site de la BBC en bengali ou celui de bdnews24.com -, elles diffusaient de fausses informations et des reportages fabriqués pour louer l'action du parti au pouvoir et décrédibiliser l'opposition. Selon Graphika, un sous-traitant du groupe californien, les administrateurs de ces fausses pages sont clairement associés au gouvernement.

Plus tôt dans le mois, la CRTB avait déjà ordonné le blocage de 54 sites d'information indépendants ou réputés proches de l'opposition.

Le Bangladesh se situe à la 146e place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2018 de RSF.

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