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Les journalistes et les candidats sont tabassés et arrêtés le jour du scrutin

La police anti-émeute bloque les partisans de l’opposition lors d’un rassemblement où l’on dénonçait les résultats des élections présidentielles près du Parlement, au centre de Minsk
La police anti-émeute bloque les partisans de l’opposition lors d’un rassemblement où l’on dénonçait les résultats des élections présidentielles près du Parlement, au centre de Minsk

Vasily Fedosenko/Reuters

Des dizaines de milliers de partisans de l'opposition se sont rassemblés au centre de Minsk le 19 décembre pour protester contre la fraude électorale au Bélarus et exiger la démission de l'autoritaire Président Alexander Loukachenko après sa réélection le même jour. La manifestation a été rapidement réprimée par la police, des centaines d'activistes, de journalistes et des candidats d'opposition ont été matraqués et arrêtés, selon ce que rapportent des membres de l'IFEX et l'Association des journalistes du Bélarus (AJB).

D'après les dépêches, Loukachenko a annoncé que 639 manifestants ont été détenus. Sept candidats à l'élection présidentielle ont été arrêtés, dont le principal concurrent, Vladmir Neklyaïev, 63 ans, ancien président du Centre du Bélarus du PEN International, rapportent le Comité des écrivains en prison du PEN International (WiPC) et Human Rights Watch. Neklyaïev a été sauvagement passé à tabac par les services de sécurité, transporté à l'hôpital en raison de graves blessures à la tête, puis enlevé. Le Centre du Bélarus du PEN International a lancé un appel pour qu'il reçoive tous les soins médicaux nécessaires et pour qu'il soit immédiatement remis en liberté.

L'AJB, qui est affiliée à la Fédération internationale des journalistes (FIJ), a dénoncé la brutalité policière déployée contre les journalistes biélorusses et étrangers, et a recensé environ 25 journalistes détenus et agressés. Elle a recensé 22 autres journalistes blessés par la brigade anti-émeute, et constaté la couverture déformée de la manifestation rapportée par les médias d'État.

Dans son assaut, la police n'a pas fait de distinction entre journalistes et manifestants, rapportent l'AJB et le CPJ. Un photographe du « New York Times » a été frappé lorsqu'il a tenté de montrer sa carte de presse. Des journalistes biélorusses se sont fait intimer l'ordre de cesser de travailler et de s'étendre sur le sol, le visage dans la neige, tandis qu'ils couvraient l'arrestation de Neklyaïev et de ses partisans. L'éminente journaliste biélorusse Irina Khalip, correspondante locale du journal indépendant « Novaïa Gazeta », de Moscou, a été passée à tabac et emmenée par la police anti-émeute. Plusieurs journalistes ont été emmenés en des lieux inconnus.

La répression de l'opposition s'est poursuivie le 20 décembre, rapporte l'AJB. Les autorités ont fouillé le quartier général de campagne de Neklyaïev et détenu plusieurs activistes et membres de l'AJB qui appuyaient sa campagne. La présence de journalistes étrangers au quartier général avait tout d'abord bloqué la descente de la police.

Lors d'une autre descente le même jour, la police a fait irruption dans les bureaux du site web de nouvelles charter97.org, d'opposition, et détenu sa rédactrice en chef, Natallia Radzina, et quelques-uns de ses collègues. Radzina a aussi été sauvagement tabassée par la police lors du rassemblement. Le personnel au complet de Charter97 est actuellement détenu, selon ce que rapporte Index on Censorship.

Environ 150 des personnes détenues ont été traduites rapidement le 20 décembre devant des tribunaux administratifs, et chacune d'elles a été condamnée à 10 à 15 jours de détention, indique Human Rights Watch. Un activiste qui a été relâché, et qui se cache maintenant, a déclaré à Index que les détenus se sont vu refuser de l'eau et des aliments, en plus d'être privés de sommeil.

Par ailleurs, des sites web indépendants et d'opposition ont été rendus inaccessibles, les réseaux mobiles ont été paralysés et les sites de réseautage social ont été bloqués, rapportent les membres de l'IFEX. « Les attaques contre l'Internet et les sites de réseaux mobiles donnent à penser qu'on fait des efforts pour camoufler la fraude dans les bureaux de scrutin », dit Freedom House. « Les forces démocratiques dans le monde doivent se porter à la défense des milliers de personnes courageuses présentes au Square Octobre pour protester contre la tentative de Loukachenko pour rester au pouvoir quoi qu'il arrive.»

Ces dernières années, le régime de Loukachenko, souvent qualifié de dernière dictature d'Europe, a détruit l'opposition et réduit au silence les journalistes critiques et les activistes. Index a été informé de 31 détentions avant les manifestations. Mike Harris, du groupe Index, explique que « les ministres des Affaires étrangères d'Allemagne et de Pologne ont proposé un programme d'aide de l'UE d'une capacité potentielle de 3,5 milliards de $US, en échange d'élections “libres et équitables” » et que Loukachenko n'avait que « peu à perdre » avec une opposition déjà systématiquement affaiblie par sa police d'État.

De plus, souligne Harris, on a constaté de graves irrégularités électorales, des groupes fidèles au Président ayant voté dans plus d'une circonscription.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et l'Union européenne ont critiqué le déroulement de l'élection, notamment l'absence de transparence pendant le décompte des voix.

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