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Des journalistes sont inculpés, les raids de la police se poursuivent dans la répression post-électorale

Irina Bogdanova, soeur du candidat d'opposition emprisonné Andreï Sannikov, proteste devant l'ambassade du Bélarus à Londres le 21 décembre contre les élections biélorusses
Irina Bogdanova, soeur du candidat d'opposition emprisonné Andreï Sannikov, proteste devant l'ambassade du Bélarus à Londres le 21 décembre contre les élections biélorusses

Guy Corbishley/Grey Photography

Des dizaines de journalistes arrêtés dans une opération policière dirigée contre les manifestations qui ont suivi la réélection du Président Alexandre Loukachenko le mois dernier restent toujours en prison; certains d'entre eux pourraient être passibles de 15 ans d'emprisonnement pour avoir organisé des troubles publics, rapportent des membres de l'IFEX ainsi que l'Association des journalistes du Bélarus (AJB). Depuis l'élection, les forces de sécurité ont aussi effectué des descentes aux domiciles et dans les bureaux de journalistes bélarusses critiques et ont confisqué de l'équipement.

Selon l'AJB, groupe affilié à la Fédération internationale des journalistes (FIJ), 24 journalistes ont été arrêtés dans la répression, et 21 autres ont été agressés physiquement. Un certain nombre d'entre eux ont été condamnés à des peines allant jusqu'à deux semaines de détention, d'autres restent « sous enquête ».

Irina Khalip, correspondante du journal « Novaya Gazeta » de Moscou et lauréate l'an dernier du Prix du Journalisme d'enquête décerné par l'Initiative Centre-européenne (ICE) et l'Organisation des médias du Sud Est de l'Europe (ICE-SEEMO), et Natalya Radina, rédactrice au site web de nouvelles « Charte 97 », favorable à l'opposition, ont été inculpées d'avoir organisé des troubles sociaux et d'y avoir participé, selon ce que rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Elles sont détenues depuis le 20 décembre dans un centre de détention du KGB et sont passibles en cas de culpabilité d'une peine pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison.

Radina a subi des blessures à la tête et à une oreille lorsque la police a dispersé violemment une manifestation post-électorale qu'elle couvrait, mais n'a reçu aucun soin médical pendant sa détention, dit le CPJ. L'AJB a confirmé que les autorités bélarusses tentent de placer le fils de trois ans de Khalip dans un foyer d'accueil, contre la volonté des grands-parents.

Le mari de Khalip, le candidat d'opposition à l'élection présidentielle Andreï Sannikov, est détenu lui aussi par le KGB, d'après le CPJ. Sannikov a été torturé en détention - ses jambes semblent avoir été fracturées, et son élocution et son comportement dénotent des blessures à la tête, a déclaré son avocat à Amnistie Internationale.

Par ailleurs, les agents du KGB ont poursuivi leurs descentes aux domiciles et dans les bureaux des journalistes indépendants et favorables à l'opposition et ont saisi de l'équipement, apparemment à la recherche de photographies et de séquences vidéo des manifestations de protestation contre le résultat de l'élection.

Le 28 décembre, des agents de sécurité ont fait une descente dans les bureaux que partagent la « Nasha Niva » et le Centre du PEN au Bélarus, qu'ils soupçonnaient d'organiser les troubles publics et de profaner les symboles nationaux, dit l'AJB. Les agents du KGB ont confisqué une dizaine d'ordinateurs et de nombreux appareils d'entreposage numérique. Le même jour, des agents de sécurité ont fouillé le domicile du rédacteur en chef de la « Nasha Niva », Andreï Skurko, ont contraint celui-ci à signer une ordonnance de garder le silence et ont emporté son ordinateur, dit le CPJ.

De la même manière, des agents du gouvernement ont confisqué les ordinateurs et d'autres équipements lors d'un raid survenu le 25 décembre aux bureaux de Minsk de European Radio for Belarus (Evroradio), selon ce que rapporte le CPJ, ce qui a eu pour effet d'interrompre les retransmissions en provenance de Minsk. Evroradio a poursuivi la radiodiffusion à partir de son quartier général à Varsovie. Les reportages de la presse locale indiquent que la descente pourrait avoir été organisée en représailles à des interviews d'Evroradio avec des analystes politiques russes qui se montraient extrêmement critiques à l'égard de Loukachenko.

Des agents ont effectué également des descentes dans les installations de Belsat mais n'ont pu en saisir les biens; à ce qu'il semble, des journalistes appréhensifs auraient démantelé l'équipement de la station et l'auraient emporté chez eux pendant le temps des fêtes, a fait savoir le CPJ.

Plusieurs journalistes qui travaillaient pour ces médias indépendants continuent de voir leurs domiciles être perquisitionnés et de se faire confisquer de l'équipement, rapportent l'AJB, le CPJ et Index on Censorship.

Dans une rare déclaration conjointe émise le 23 décembre, la Secrétaire d'État des États-Unis Hillary Rodham Clinton et la Haut-Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique en matière de sécurité, Catherine Ashton, a condamné la violence post-électorale et demandé la remise en liberté immédiate de plus de 600 détenus politiques arrêtés après la tenue du scrutin. « Le respect de la démocratie et des droits de la personne demeure l'élément central de l'amélioration des relations entre le Bélarus et les États-Unis et l'Union européenne. Sans des progrès substantiels dans ces domaines, il n'y aura pas d'amélioration des relations », indique la déclaration.

Freedom House invite l'UE à renouveler la plénitude des sanctions contre le Bélarus si Loukachenko néglige de prendre des mesures réparatrices. « La situation actuelle est bien plus mauvaise qu'en 2006, lorsque l'UE et les États-Unis ont, ensemble, imposé des sanctions contre le régime. »

D'après le CPJ, la Commission centrale des élections a rapporté que Loukachenko avait remporté un quatrième mandat avec un peu moins de 80 pour 100 des voix. Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont critiqué l'absence de transparence dans le décompte des voix et la répression des médias d'informations.

C'est un Loukachenko provoquant qui a déclaré lors d'une conférence de presse le 20 décembre que les détenus arrêtés après le scrutin étaient des « pogromistes et des bandits ». Puis, dans ce qui apparaît comme une menace explicite contre la presse, il s'est engagé à faire « répondre (les journalistes) de chacun des mots qu'ils écrivent », rapporte le CPJ.

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    Des dizaines de milliers de partisans de l'opposition se sont rassemblés au centre de Minsk le 19 décembre pour protester contre la fraude électorale au Bélarus et exiger la démission de l'autoritaire Président Alexander Loukachenko après sa réélection le même jour. La manifestation a été rapidement réprimée par la police, des centaines d'activistes, de journalistes et des candidats d'opposition ont été matraqués et arrêtés, selon ce que rapportent des membres de l'IFEX et l'Association des journalistes du Bélarus (AJB).



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