RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Les autorités célèbrent l'indépendance en réprimant les manifestants

Des manifestants à Minsk, au Bélarus, ont participé à une action silencieuse le 22 juin
Des manifestants à Minsk, au Bélarus, ont participé à une action silencieuse le 22 juin

Belarusian.com

Voici comment le Jour de l'Indépendance du Bélarus, le 3 juillet, a été souligné cette année : les autorités ont employé les gaz lacrymogènes et arrêté plus de 300 journalistes et manifestants antigouvernementaux à Minsk et dans d'autres villes, en plus de bloquer l'accès à Facebook, Twitter et autres sites de réseautage social utilisés par les organisateurs, indiquent Reporters sans frontières (RSF), Human Rights Watch et Index on Censorship. Cette journée marque l'anniversaire de la libération du Bélarus de l'occupation allemande en 1944.

Selon RSF et d'autres dépêches, les autorités ont organisé des concerts pour occuper les principaux squares et nier l'accès aux manifestants, et déployé des milliers de policiers et d'agents des services secrets en civil comme élément supplémentaire de dissuasion.

Cela toutefois n'a pas empêché au moins 800 personnes de se rassembler au centre de Minsk. Faisant appel à une nouvelle tactique inaugurée en début d'année par de jeunes militants, ces manifestants ne portaient pas de banderoles ni ne scandaient de slogans, mais ont plutôt frappé des mains à l'unisson toutes les deux ou trois minutes pour montrer leur opposition au Président Alexandre Loukachenko.

« Le Bélarus continue de piétiner les droits de la personne, mais ces dernières arrestations de masse et le recours aux gaz lacrymogènes contre des manifestants non violents montrent que les attaques contre la liberté d'expression semblent s'intensifier », dit Amnistie Internationale.

« Ces blocages des communications représentent une tentative pour isoler les manifestants les uns des autres et constituent clairement une violation du droit à la liberté d'expression », ajoute Amnistie.

Par ailleurs, le Président Loukachenko, qui a présidé un défilé militaire à Minsk marquant le Jour de l'Indépendance, a imputé les troubles à une intervention étrangère, selon ce que rapportent Amnistie et des dépêches. Il a prévenu qu'« une escalade d'intervention en matière d'information est en cours » au Bélarus, dans le cadre de plans dressés dans « les capitales de différents pays » à ce que l'on prétend dans le but de provoquer une révolution populaire.

« Nous comprenons le but de ces attaques. Il s'agit de semer l'incertitude et l'agitation, de détruire le consensus populaire, et... d'annuler les efforts accomplis pour gagner l'indépendance. Cela ne se produira jamais », a-t-il dit.

Soucieux d'éviter les manifestations le jour de la fête nationale, le gouvernement a commencé samedi à bloquer l'accès aux sites de médias sociaux, dont VKontakte, une version russe de Facebook. Selon RSF, ceux qui tentaient de se brancher sur VKontakte auraient été réorientés vers des sites web contenant des logiciels malveillants.

D'après RSF, parmi les personnes arrêtées se trouvaient 15 journalistes, dont les correspondants de Radio Free Europe/Radio Liberty et du journal indépendant « Nasha Niva ».

Un journaliste de la télévision locale qui a été arrêté pendant qu'il filmait la manifestation de protestation a dit à Human Rights Watch que la police l'avait agressé et avait brisé son appareil.

Alors que certains d'entre eux ont été relâchés, 340 autres personnes sont toujours détenues à Minsk et dans d'autres villes. Des procès sont en cours, et les détenus sont inculpés d'actes mineurs de vandalisme ou de participation à une assemblée non autorisée, délits passibles de brèves peines administratives de 10 à 15 jours de prison.

Des journalistes étrangers se sont fait annuler leurs visas à la dernière minute, comme cela a été le cas de l'équipe de la télévision de la BBC, qui prévoyait couvrir les festivités de l'Indépendance, dit RSF.

Le mécontentement public prend de l'ampleur tandis que le Bélarus vit sa pire crise financière depuis la chute de l'Union soviétique.

Lors d'une manifestation de protestation similaire le 29 juin à Minsk et à Brest, la police bélarusse s'est emparée de plus d'une dizaine de reporters qu'elle a agressés et dont elle a saccagé l'équipement, et a détenu 150 autres manifestants lors d'un rassemblement politique, selon ce que rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et RSF. D'après RSF, au moins neuf journalistes ont été arrêtés le 22 juin pendant une manifestation silencieuse.

Dans le cadre d'une campagne menée sous le thème « La Révolution par les réseaux sociaux », des militants se servent des réseaux sociaux tous les mercredis soirs depuis un mois pour organiser des rassemblements à travers le pays, qui ont attiré des milliers de manifestants - et susciter une répression à l'avenant.

« Bâillonner les manifestants non violents ne contribue en rien au règlement des causes profondes de leurs griefs, qui sont liés essentiellement à la situation économique », dit Amnistie.

D'après les dépêches, Moscou exercerait des pressions en faveur d'un contrôle plus serré de l'économie du Bélarus en échange de prêts pour aider le gouvernement Loukachenko à surmonter la tourmente financière, tandis que l'Union européenne menace d'étendre les sanctions imposées à Loukachenko à la suite de ses mesures de répression.

Dans un autre incident distinct, Andrzej Poczobut, correspondant du journal polonais « Gazeta Wyborcza » en poste dans la ville de Hrodna, située dans l'ouest du Bélarus, s'est vu infliger une peine de trois ans de prison avec sursis - après avoir passé trois mois en détention préalable - pour une affaire de diffamation contre Loukachenko liée à une série de reportages affichés sur son blogue et sur d'autres sites web.

« C'est uniquement en raison des pressions de l'Union européenne et de la communauté internationale que les autorités ne m'ont pas laissé moisir en prison », a déclaré Poczobut à RSF après le procès.

ADDITIONAL INFORMATION


Dernier Tweet :

EU foot-dragging puts rule of law at risk in Hungary and Poland, writes @hrw 's advocacy director for Europe and Ce… https://t.co/ZhgGMwRZ8F