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PROFIL

Iryna Khalip

En dépit des menaces, des agressions et de l'emprisonnement, la journaliste biélorusse Iryna Khalip demeure une farouche pourfendeuse du « dernier dictateur » européen.

Le 16 mai 2011. Iryna Khalip quitte le palais de justice à Minsk. Photo AP / Sergei Grits

Réfléchir n'est pas autorisé. Si [vous] l'oubliez, les policiers anti-émeute en charge de la sécurité vous le rappelleront rapidement.


Iryna Khalip parlant en 2016

Pour les défenseurs des droits humains, l'assassinat en 2006 de la journaliste russe Anna Politikovskaya occupe une place de choix dans la longue liste des attaques contre la liberté d'expression en Russie. Mais pour ceux qui veulent faire taire les journalistes trop curieux - en particulier les femmes journalistes – « Anna Politikovskaya" sert de modèle funeste pour « garder la bouche fermée ».

La journaliste biélorusse primée, Iryna Khalip, le sait très bien. « Il y a quelques années, j'étais en train d'enquêter sur les relations entre le Président Loukachenko, le KGB biélorusse et le défunt magnat russe Boris Berezovsky », a-t-elle raconté dans une interview de 2014. « J'ai fait un article que j'ai envoyé à mon bureau de Moscou. Dix minutes plus tard, j'ai reçu une lettre disant: 'Vous allez connaitre le sort d'Anna Politikovskaya'». Politikovskaya était mon collègue au journal Novaya Gazeta ... Le lendemain, j'ai reçu un appel anonyme me disant: 'Tu auras été avertie. Tu seras tuée demain, salope' ».

Khalip, 48 ans, est journaliste depuis près de vingt ans. Pour avoir mis à nu et dénoncé la corruption politique, elle a reçu le Prix 2009 du Courage en Journalisme. Mais ses reportages lui ont également valu des menaces de mort, des intimidations, des nuits d'interrogatoires et des passages à tabac par la police et le KGB (les services secrets) biélorusse.

La première expérience personnelle de Khalip de la brutalité des services de sécurité du Bélarus est intervenue en 1997, quand elle couvrait une manifestation contre l'unification proposée du pays avec la Russie. Bien que les manifestants fussent pacifiques, la police ne l'était pas. Khalip a été plaquée au sol et traînée par les cheveux à travers la rue. Son père, un documentariste âgé qui couvrait également le rassemblement, a été battu jusqu'à perdre connaissance. Sans surprise, l'expérience l'a laissée traumatisée.

La Biélorussie est souvent désignée comme étant la dernière dictature d'Europe. Le président Alexandre Loukachenko y est au pouvoir depuis 1994 grâce à un enchainement de répression violente et d'élections truquées. La presse est contrôlés, les activités politiques et religieuses sont étroitement réglementées et les dissidents sont emprisonnés et torturés. Le régime de Loukachenko a été régulièrement condamné pour ses violations des droits humains par l'Union européenne, interdite au Conseil de l'Europe et critiquée en 2016 par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains en Biélorussie pour son « harcèlement systématique de ceux qui ont tenté d'exercer leurs droits individuels, civils, politiques et autres ».

L'expérience la plus traumatisante de la carrière de Khalip est intervenue en 2010, lorsque le régime biélorusse a intensifié sa répression contre l'opposition. Le 19 décembre de cette année-là, pendant qu'elle accordait une interview à une station de radio russe, Khalip a été battue par la police et arrêtée. Elle était entrain de parler d'une manifestation des anti-Loukachenko que la police a dispersée à l'aide des matraques et des grenades étourdissantes. Khalip était l'une des quelque 600 personnes arrêtées. Son mari, le candidat de l'opposition à l'élection présidentielle, Andrei Sannikov, a également été brutalement battu et arrêté. Ils ont été tous deux conduit dans un centre de détention du KGB.

Après son arrestation, Khalip a été placé en isolement, avec interdiction des visites et des soins médicaux. Sa maison a été saccagée par des agents du KGB qui ont également visé sa mère et son fils de trois ans, les contraignant à passer des tests de dépistage des maladies sexuellement transmissibles.

Khalip a été faussement accusée d'avoir « organisé des troubles de masse » et a été placée en résidence surveillée stricte pendant cinq mois alors qu'elle attendait son procès. « Essaie d'imaginer une chambre avec moi, mon petit garçon et deux officiers du KGB qui nous observent 24 heures par jour. Je ne suis pas autorisée à travailler, à écrire des lettres [ou] à avoir un contact quelconque avec le monde extérieur », a-t-elle dit en 2014. » Khalip n'avait droit qu'à quelques rares visites étroitement réglementées de sa mère et il lui était interdit de regarder par les fenêtres. «Les [officiers du KGB] me suivaient partout. Ils venaient dans ma chambre toutes les nuits pour s'assurer que j'étais encore là », a-t-elle encore ajouté.

Le 16 mai 2011, Khalip a été reconnue coupable des accusations portées contre elle et condamnée à deux ans de prison avec sursis. Sa condamnation a provoqué une sorte de soulagement ironique dans la mesure où elle l'a libérée des restrictions d'assignation à résidence. Son mari a été reconnu coupable des mêmes chefs d'accusation et condamné à une peine de prison de cinq ans. Il a été gracié et libéré en avril 2012.

Depuis l'expiration de sa peine en juillet 2013, Khalip a poursuivi sa critique inlassable du pouvoir de Loukachenko. Sa colère contre les tentatives de la Biélorussie de « moderniser » son image publique sans aborder la question de la corruption qui gangrène le régime est palpable dans un article de 2016 qu'elle a écrit pour Charter97. Khalip ne permettra pas que la vérité soit édulcorée:

« Je ne peux toujours pas comprendre ce flux sans fin de mots sucrés répandus par les réseaux sociaux et même certains médias: « Minsk est une ville européenne! Le Bélarus c'est l'Europe! Nous sommes autorisés à écouter du jazz les samedis! ... Vous pouvez boire et danser légalement ici, le DJ est sur le balcon - c'est l'Europe, les filles ivres se penchent hors d'une voiture! ... Est-ce que ces gens instruits oublient-ils qu'il n'y a pas Liberté dans un ghetto? ... Qu'il n'y a pas de valeurs européennes dans la dictature … Les règles sont [simples] pour tout le monde: rester assis et ne pas interférer. L'alcool les vendredis, la musique les samedis, le sexe les dimanches, l'exécution les lundis; réfléchir n'est pas permis. Si [vous] l'oubliez, les policiers anti-émeute en charge de la sécurité vous le rappelleront rapidement ».

Dernière mise à jour: 18 novembre 2016

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