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La Coupe du Monde prend fin, mais la lutte pour la sécurité des journalistes au Brésil va en prolongation

Des manifestants hostiles à la tenue de la Coupe du Monde tiennent une banderole près du stade Maracana où se déroule le match de la finale à Rio de Janeiro, le 13 juillet 2014
Des manifestants hostiles à la tenue de la Coupe du Monde tiennent une banderole près du stade Maracana où se déroule le match de la finale à Rio de Janeiro, le 13 juillet 2014

AP Photo/Leo Correa

La Coupe du Monde est chose du passé, et les plus grands perdants ne sont pas les équipes qui sont rentrées chez elles sans la coupe, mais plutôt les nombreux journalistes et manifestants qui ont été agressés et détenus pendant le mois qu'a duré le tournoi. Comme il est inévitable qu'une partie de l'attention mondiale se détourne du Brésil pendant un certain temps – du moins jusqu'aux Jeux Olympiques d'été de 2016 – les membres de l'IFEX invitent les autorités du pays à mettre enfin en œuvre les mesures de sécurité qui auraient pu empêcher les attaques.

Les assauts contre les médias qui couvraient les manifestations ont défrayé les manchettes avant même le début de la Coupe du Monde, et se sont poursuivis jusqu'au jour de la grande finale, le 13 juillet – la pire journée du tournoi pour les journalistes, qui ont recensé 14 agressions lors d'une manifestation de protestation à Rio de Janeiro, toutes perpétrées par la police.

L'organisation locale Abraji (Associação Brasileira de Jornalismo Investigativo) a documenté 38 cas de violations commises contre des journalistes pendant la Coupe du Monde. Elle a constaté que 89 pour 100 de ces violations ont été commises par la police, qui suivait en cela une tendance dans les agressions des médias qui se poursuit depuis juin 2013.

Lors d'une réunion au palais présidentiel à Brasilia pendant la semaine du 7 juillet, le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire, s'est fait dire que le gouvernement n'exerce aucun contrôle direct sur la police militaire, c'est-à-dire les mêmes forces de l'ordre qui sont responsables de quelques-unes des agressions qui se sont produites lors des manifestations.

Un des travailleurs des médias attaqués par la police militaire juste avant le match de la finale est le documentariste canadien Jason O'Hara. Ce qui lui est arrivé est emblématique des passages à tabac non provoqués et du mépris affiché à l'égard des médias, incidents qui sont monnaie courante dans les rues du Brésil. O'Hara était en train de changer la carte-mémoire de son appareil lorsqu'il a été attaqué par un groupe d'officier de l'escouade antiémeute. Ses blessures ont nécessité son hospitalisation, car il a fallu fermer avec des points de suture une plaie sur une jambe. Il filmait des manifestations à des fins documentaires pour un film sur les évictions forcées reliées à la Coupe du Monde et aux Olympiques de 2016 à Rio.

La directrice du Bureau des Amériques à RSF, Camille Soulier, a déclaré que son organisation presse « les autorités pour qu'elles s'assurent que les violences commises contre les journalistes par les membres de la police militaire ne restent pas impunis ».

Quelques rares incidents contre les médias ont reçu quelque réparation. Quatre membres des forces policières de Rio ont été suspendus durant la semaine qui a suivi le match de finale après qu'eut été rendue publique une séquence vidéo les montrant en train d'agresser un groupe de journalistes pendant une manifestation contre la Coupe du Monde.

L'IIP et d'autres demandent qu'on en fasse plus pour protéger les journalistes. En mars, des recommandations élaborées par une coalition de groupes brésiliens de défense de la liberté de la presse, dont l'Abraji et un autre groupe membre de l'IFEX, Article 19, ont été approuvées par le Secrétariat de la Présidence aux Droits de la personne, dirigé par Maria do Rosário. Malheureusement, aucun des organismes du gouvernement désignés pour appliquer les recommandations ne l'a fait.

Vanessa I. Garnica, Conseillère de l'IIP à la liberté de la presse pour l'Amérique latine et les Caraïbes, a déclaré que « l'IIP est extrêmement déçu de l'échec du gouvernement, qui se montre incapable de mettre en œuvre les recommandations des groupes locaux de défense de la liberté de la presse (…) qui pourraient faire éviter d'inutiles agressions et détentions de journalistes ».

On vient de mettre en branle un plan en vue de créer un organisme qui surveillera les incidents de violence contre les travailleurs des communications au Brésil, en attendant la signature d'une ordonnance par l'actuel Secrétariat aux Droits de la personne, dirigé par Ideli Salvatti, et par le Ministre de la Justice Jose Eduardo Cardozo. La question est de savoir quand cet organisme se matérialisera-t-il – des réunions prévues pour les 24 juin et 22 juillet ont été reportées, ce qui laisse les médias du pays à la merci du système actuel, du moins pour le moment.

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