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L'information menacée au Burkina Faso

Un manifestant portant un drapeau du Burkina Faso participe à une manifestation à Ouagadougou, le 16 septembre 2015
Un manifestant portant un drapeau du Burkina Faso participe à une manifestation à Ouagadougou, le 16 septembre 2015

REUTERS/Joe Penney

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 17 septembre 2015.

Reporters sans frontières (RSF) est préoccupée par la situation au Burkina Faso où des militaires opérant un coup de force ont coupé la plupart des radios et télévisions privées et contrôlent la télévision nationale.

Dès les premiers instants du coup d'Etat par des militaires du régiment de sécurité présidentielle (RSP), dans l'après-midi du 16 septembre, les radios et télévisions de Ouagadougou ont été réduites au silence et plusieurs journalistes ont été violentés. Des hommes de cet ancien bras armé du régime Compaoré ont pris d'assaut hier le palais présidentiel de Kosyam pendant le Conseil des ministres et retiennent depuis le président de la transition, Michel Kafando, son Premier ministre, Isaac Zida, ainsi que plusieurs membres du gouvernement.

Dans le même temps, d'autres militaires du RSP ont encerclé les locaux de la télévision nationale, la RTB. Ce matin, un militaire de l'armée a lu une déclaration à l'antenne officialisant le coup d'Etat au nom du "Conseil national de la démocratie" (CND).

"Reporters sans frontières appelle le RSP et les militaires à faire preuve de retenue à l'encontre de la population et des journalistes et à laisser les médias travailler librement, déclare Clea Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Dans leur allocution, l'armée dit vouloir des élections inclusives. Il est indispensable pour cela que les médias de tous bords soient autorisés à émettre librement et que leurs journalistes puissent aller sur le terrain couvrir l'actualité. Des ordres fermes doivent être donnés en ce sens".

Les médias privés parmi les premières cibles des hommes du RSP

A la Radio Oméga, l'une des principales radios de Ouagadougou, connue pour sa couverture équilibrée des évènements d'octobre 2014, les militaires du RSP ont intimé l'ordre au rédacteur en chef, Albert Nagréongo, de cesser la diffusion en direct s'il ne voulait pas voir la radio brûler. L'équipe a obtempéré mais sur leur départ les militaires ont néanmoins tiré en l'air et mis le feu à plusieurs motos qui se trouvaient dans la cour. Ils ont prévenu que "s'ils revenaient ,ce sera pire". Le matériel et le personnel de la radio ont été épargnés. Le directeur de la radio Alpha Barry demande aux "têtes du RSP de faire entendre raison à leurs troupes".

Au moins deux télévisions privées ont été fermées de force. Les journalistes de BF1 ont été brutalisés et fouettés par des hommes du RSP. La télévision est maintenant fermée. Une autre télévision privée, Burkina Info est également fermée.

Plusieurs journalistes en reportage ont fait l'objet de violences de la part du RSP. La rédaction de Burkina 24 a alerté qu'un de ses reporters a été blessé suite à une intervention de militaires pour disperser des personnes non loin de la télévision BF1 à Ouaga 2000, près du palais présidentiel. Les journalistes de l'équipe de Droit Libre TV sur le terrain pour couvrir les évènements ont été brutalisés et leurs caméras saisies.

Le signal des radios émettant à Ouagadougou, dont RFI, avait été coupé hier dans la journée. Selon certaines sources, RFI aurait repris depuis ce matin. Les titres de presse sont parus, mais il est peu probable que les habitants de Ouagadougou puissent sortir les acheter au kiosque.

Le Burkina Faso, qui occupe la 46ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse possède un paysage médiatique diversifié et de bonne qualité. Malheureusement, les troubles qui secouent le pays depuis la chute de l'ancien président Blaise Compaoré en octobre 2014, ont fragilisé cette situation.

En juillet 2015, le rédacteur en chef du journal Le Reporter, Boureima Ouédraogo avait été condamné à trois ans de prison et 300 euros d'amende à l'issue d'un procès en diffamation. Une décision surprenante alors le gouvernement de transition adoptait une semaine plus tard un projet de loi sur la dépénalisation des délits de presse.

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