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DANS SA DERNIÈRE VAGUE DE RÉPRESSION DE LA LIBRE EXPRESSION, LA JUNTE DÉCERNE DES PEINES DE PRISON RIDICULES

Qu'obtenez-vous pour avoir aidé des survivants du cyclone Nargis, qui a déchiré Rangoon et le delta de l'Irrawaddy, en mai? Une peine de prison extrême, à ce qu'il semble. Un populaire comédien, militant actif du mouvement pour la démocratie en Birmanie, a été condamné le 21 novembre à 45 ans de prison pour avoir critiqué la lenteur de la réponse de la junte au cyclone, pour avoir filmé sur vidéo les dommages et avoir organisé ses propres efforts de secours - ce que les membres de l'IFEX qualifient de « nadir historique » de la libre expression en Birmanie.

Quelques semaines à peine avant la visite prévue du Secrétaire général des Nations Unies, le régime a condamné Zarganar, l'équivalent birman de Charlie Chaplin, à 45 ans de prison pour avoir « semé le mécontentement à l'égard de l'État et du gouvernement » et avoir violé la Loi sur l'électronique, qui réglemente les communications électroniques.

Le chroniqueur sportif Zaw Thet Htwe et Thant Zin Aung ont pour leur part été condamnés à 15 ans d'emprisonnement chacun, et Tin Maung Aye à 29 ans de prison, pour des rôles similaires dans les efforts de secours après le passage du cyclone. Les quatre activistes doivent toujours répondre à des accusations dans des procès qui devraient commencer dès cette semaine.

Human Rights Watch qualifie l'incarcération de Zarganar (qui signifie « brucelles ») de « farce cruelle infligée au peuple birman », et ajoute que ce fut « une farce encore plus drôle pour ceux à l'étranger qui pensent toujours que ne faire aucun cas de la répression en Birmanie apportera des changements positifs ».

Critique satirique de la junte, Zarganar a été arrêté en juin, peu après avoir accordé des entrevues à des médias d'informations étrangers comme la BBC, au cours desquelles il a critiqué la réponse de la junte au désastre. Le lendemain de son arrestation, les médias contrôlés par l'État ont publié des avertissements contre l'envoi aux agences de nouvelles étrangères de bandes vidéos sur les efforts de secours, dit le CPJ.

Le gouvernement semble expédier les procès des journalistes, des juristes, des poètes et des militants, dont un grand nombre ont participé aux efforts de secours ou aux manifestations de protestation de l'an dernier, dont les moines avaient été le fer de lance, dit le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Plus de 100 militants ont été condamnés à de lourdes peines de prison au cours des deux dernières semaines, dont des peines de 65 ans aux principaux membres du groupe de militants Génération 88, et une peine de 68 ans à Ashin Gambira, chef de l'alliance des moines qui ont dirigé le soulèvement de l'an dernier contre le gouvernement.

« Les peines que nous voyons imposer en Birmanie ce mois-ci ne sont rien de moins qu'une agression contre la libre expression », dit le CPJ. « Que cette agression soit suscitée par la couverture de la nouvelle d'intérêt public constitue un terrible mise en accusation de la junte au pouvoir. »

D'après des membres de l'IFEX, les peines disproportionnées indiquent clairement que la junte ne tolérera pas d'opposition à l'approche de ses élections « démocratiques » de 2010. Et il y a bien d'autres affaires qui attendent - dont une notamment contre le rédacteur en chef de magazine Zaw Thet Htwe, le défenseur des droits de la personne U Myint Aye et le moine militant U Gambira.

Selon Amnistie Internationale, la junte détient plus de 2 100 prisonniers politiques, une augmentation considérable par rapport à juin 2007, où on recensait 1 200 prisonniers politiques, avant les manifestations en faveur de la démocratie. Souvent, les procès se déroulent devant des tribunaux spéciaux qui siègent dans les prisons, « dénués de toute forme d'ouverture ou de transparence », disent ARTICLE 19 et Index on Censorship. D'après Reporters sans frontières (RSF), les familles et les procureurs des défendeurs sont rarement avisés des procès, tandis que les témoins pour la défense ne sont pas admis.

La junte ne semble pas se soucier non plus de ce que pense la communauté internationale. La vague de procès est dénoncée par les Nations Unies, ainsi que par les États-Unis et les pays européens, mais certains critiques affirment que leur condamnation ne suffit pas.

Dans le sillage du cyclone Nargis, Zarganar a déclaré au magazine de nouvelles « the Irrawaddy » : « Je ne suis pas content des Nations Unies. Pourquoi se préoccupent-elles autant de l'appui du gouvernement pour leurs efforts de secours? Elles auraient dû courir plus de risques. »

Pour leur part, Human Rights Watch et RSF demandent au Conseil de sécurité des Nations Unies de se pencher sur la détérioration de la situation des droits de la personne en Birmanie et d'étendre les sanctions internationales actuelles au gouvernement militaire et à ses dirigeants. RSF appelle en outre l'Union européenne à créer de nouvelles sanctions ciblées dirigées contre le chef du système judiciaire et contre les juges qui président ces procès.

RSF et l'Association des médias de Birmanie (Burma Media Association) appuient aussi l'appel lancé par U Win Tin, éminent journaliste et membre de la Ligue nationale pour la démocratie, d'opposition, au Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, pour le dissuader, dans les circonstances actuelles, de se rendre en Birmanie.

Par ailleurs, ARTICLE 19 et Index on Censorship font remarquer que les États ayant le plus d'influence sur la junte birmane - la Chine, l'Inde et la Thaïlande - ont gardé le silence. Ils pressent ces pays et d'autres membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) de soulever ces violations auprès des autorités birmanes. Ils exigent en outre que les États membres de l'Union européenne profitent du 11e Sommet UE-Chine qui commencera bientôt à Lyon, en France, pour mettre ces questions sur la table devant le gouvernement chinois.

Consulter les sites suivants :
- ARTICLE 19/Index : http://tinyurl.com/6zfeas
- CPJ : http://www.ifex.org/en/content/view/full/98774/
- RSF : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=29381
- Human Rights Watch (courriel) : hrwpress (@) hrw.org
- PEN International : http://tinyurl.com/69vczf
- Mizzima News : http://tinyurl.com/588bj8
- « The Irrawaddy » : http://tinyurl.com/5u55rj
- Page de l'IFEX sur la Birmanie : http://www.ifex.org/fr/content/view/full/575/
(Photo : Le comédien et opposant à la junte militaire Zarganar organise des secours pour les rescapés du cyclone Nargis en mai. Jules Motte/ABACAUSA)

(26 novembre 2008)

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