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Les artistes vivement critiqués; le magazine « Irrawaddy » se souvient du soulèvement de 1988

Le magazine « Irrawaddy » se bat depuis 17 ans contre la censure de la junte
Le magazine « Irrawaddy » se bat depuis 17 ans contre la censure de la junte

En Birmanie, un photojournaliste risque de passer 23 ans derrière les barreaux, un artiste hip hop politique récemment libéré de prison a été interdit de donner un spectacle à une fête de charité, et une troupe de danse est contrainte de donner un spectacle devant une commission de censure, selon ce que rapporte Mizzima News. À l'extérieur du pays, le rédacteur en chef en exil du magazine « Irrawaddy » marque l'anniversaire, en août, du soulèvement de 1988 qui fut écrasé impitoyablement par le même régime qui continue de réduire au silence artistes et écrivains dissidents, rapporte Reporters sans frontières (RSF).

Le photojournaliste Sithu Zeya ne faisait que son travail lorsqu'il prenait des photos des séquelles des explosions survenues lors d'un festival de l'eau à Rangoon en 2010. Mais la junte birmane l'a jeté en prison après lui avoir infligé une peine de huit ans de réclusion, invoquant pour ce faire sa Loi draconienne sur l'immigration et la Loi sur les associations illégales. Il risque maintenant une peine supplémentaire de sept à quinze ans en plus de la peine originale, aux termes de la Loi sur les transactions électroniques - qui empêche un citoyen de diffuser électroniquement des informations considérées comme une menace pour la sécurité de la junte. Son appel de la première condamnation a été rejeté le 9 août. Les membres de sa famille disent que Zeya a été torturé et qu'il est maintenant détenu à la Prison Insein.

En février, le père de Zeya et son collègue journaliste Maung Maung Zeya qui travaille à la Voix démocratique de la Birmanie (DVB), basée en Norvège, ont été condamnés à 13 ans de prison en vertu des mêmes lois. En juillet, les associations de journalistes ont rapporté que Sithu Zeya avait été torturé pour lui faire avouer que Maung Maung Zeya est un journaliste clandestin.

Par ailleurs, l'artiste Zay Yar Thaw, qui est membre de « Génération Vague », un groupe clandestin de jeunes qui diffuse des messages en faveur de la démocratie au moyen de l'art visuel et de chansons hip hop, a été prévenu que s'il se donnait en spectacle lors d'une fête de charité, celle-ci serait annulée par les autorités. L'événement était prévu pour le 6 août et visait à recueillir des fonds destinés à une résidence pour personnes âgées et malades vivant à Rangoon et qui sont dépourvues de famille.

En réponse, Zay Yar Thaw a répliqué : « Le gouvernement a déclaré qu'il est un gouvernement démocratique; il a donc la responsabilité d'expliquer qui m'impose un interdit, et pourquoi. »

Zay Yar Thaw a été arrêté en 2008 pour possession de devises étrangères et pour avoir fondé « Génération Vague », qui a été déclarée illégale. Il a été condamné à quatre ans de prison puis a été libéré récemment, le 17 mai, après que le président de la Birmanie eut commué sa peine. La plupart des membres de « Génération Vague » ont aussi été arrêtés.

En juillet, le président de la Société cinématographique du Myanmar a décrété que les troupes de danse traditionnelle qui voulaient faire une vidéo d'un spectacle doivent désormais présenter une répétition générale costumée devant des officiels de la commission de censure trois jours avant le spectacle. Le président a déclaré qu'il avait l'intention d'en extirper les blagues vulgaires sur les officiels du gouvernement.

Dans la Thaïlande voisine, le rédacteur en chef en exil du magazine birman de nouvelles « Irrawaddy », Aung Zaw, était en vedette dans une entrevue avec RSF sur l'histoire de la publication et sur la façon dont celle-ci couvre la situation politique et celle des droits de la personne en Birmanie.

Aung Zaw a participé au soulèvement de 1988 contre l'homme fort du régime birman, le général Ne Win, qui a été contraint de démissionner.

« Mes camarades et moi-même avons participé à ce mouvement politique, sans précédent en Birmanie. J'ai coudoyé lors des manifestations un grand nombre des personnalités dirigeantes du mouvement pro-démocratie de Birmanie. J'ai absorbé les idées de ces journalistes et écrivains respectés », dit Aung Zaw.

Mais un grand nombre de militants de la démocratie et de journalistes, dont Aung Zaw, ont dû rapidement fuir le pays, chassés par le coup d'État militaire qui a fait 3 000 morts.

« Irrawaddy » a été lancé en 1993 par des journalistes birmans vivant en exil à Bangkok; il a mis à nu la corruption de la junte birmane et dénoncé les procédés violents utilisés pendant 17 ans pour faire taire les dissidents. Le magazine est maintenant basé à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande. Le magazine emploie 35 personnes, dont des journalistes, des vidéo-reporters, des photographes, des concepteurs de sites web et du personnel administratif. Les reporters se rendent régulièrement à la frontière de la Thaïlande et de la Birmanie ainsi qu'à celle qui sépare l'Inde de la Birmanie pour recueillir des informations en provenance de l'intérieur du pays. Les reporters obtiennent en outre des informations de sources qui travaillent pour le régime.

Un petit groupe de correspondants de l'« Irrawaddy » travaillent dans la clandestinité en Birmanie. C'est un travail très dangereux. Un journaliste a par exemple été condamné à sept ans de prison en 1995 rien que parce qu'il était reporter.

Le magazine couvre aussi la vie des réfugiés birmans qui vivent dans les régions sans foi ni loi le long de la frontière birmane.

Bien que le magazine soit censuré en Birmanie, ses articles sont lus avec attention par la junte et les membres de l'opposition. Les citoyens birmans contournent la censure gouvernementale en faisant appel à des sites web miroirs, et plus de 35 000 Birmans à l'intérieur du pays consultent chaque mois le site web Irrawaddy.org.

Le magazine se heurte actuellement à un environnement médiatique restreint et à un manque de financement. Ces derniers mois, le gouvernement birman a interdit d'utiliser le logiciel Skype et a effectué des descentes dans les cafés Internet à travers le pays. Dans ce climat de peur et de censure, « Irrawaddy » a besoin de votre aide. Pour faire un don, prière de communiquer avec : news (@) irrawaddy.org

Vous pouvez aussi vous joindre à la campagne pour faire libérer l'acteur et comédien emprisonné Zarganar en signant la pétition.
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